Considéré comme le père de l'agronomie moderne, Olivier de Serres théorisa et systématisa de nouvelles méthodes et productions agricoles à la fin du XVIe siècle. Il eut le soutien d'un roi passionné d'agriculture, Henri IV. Les bons résultats obtenus, sur son domaine et dans le développement agricole en France, inspirèrent les agronomes des siècles suivants. Une de ses initiatives permit de ne plus dépendre des importations de soie chinoise, le problème se posait déjà à l'époque !
Olivier de Serres naquit en Ardèche en 1539, dans une famille de commerçants drapiers prospères. Jeune, il eut une excellente éducation humaniste, apprenant le latin et le grec. Il étudia les sciences naturelles et l'agriculture, et fut interessé par les agronomes de l'antiquité. Voyageant dans plusieurs pays d'Europe, il enrichit sa vision de l'agriculture en observant les pratiques agricoles locales. Il était soucieux d'améliorer la condition paysanne.

De famille protestante, très impliqué dans sa foi, il vécut les guerres de religion qui commencèrent en 1562, puis la pacification de la France et l'édit de Nantes en 1598, sous le règne d'Henri IV. Pendant ces troubles, il aida de diverses manières les protestants de sa région. En 1598, il recueillit chez lui les neufs enfants de son frère Jean et sa femme, morts prématurèment.
Une passion de l'agriculture, la connaissance des anciens, l'innovation, l'expérimentation et un travail consciencieux
Cependant, globalement, il se tint à l'écart de ces conflits religieux et se consacra à ses expérimentations agronomiques. Il fit, à 19 ans, l'acquisition d'un domaine agricole d'une centaine d'hectares en Ardèche, le domaine de Pradel. Deux ans après, il se maria à Marguerite d'Harcourt, ils eurent ensemble sept enfants. Au Pradel, il visa à l'amélioration des techniques culturales agricoles, transformant son domaine en ferme modèle.
La plupart de ses nombreuses innovations agricoles sont encore utilisées aujourd'hui. On peut citer, entre autres, le drainage des terres et l'irrigation des cultures, le compostage des déchets organiques, la rotation des cultures sans jachère, la sélection des semences, le soufrage de la vigne pour lutter contre les maladies.

Il mit aussi au point des outils pratiques, tels qu'un rouleau à pointes pour travailler et affiner la terre plus facilement. Il fabriqua également un semoir en ligne à profondeur constante.
Il fut le premier à faire la promotion de la culture de la pomme de terre, qui avait une mauvaise réputation en France. Il encouragea également la culture de la tomate et du maïs.
Il défendait une agriculture diversifiée et une gestion rationnelle des ressources, loin parfois de certaines pratiques de ses contemporains. Il travailla aussi à la sélection et l'amélioration de races ovines et bovines.
À propos de la rotation des cultures, Olivier de Serres promouvait une rotation triennale. Dans cette rotation, il remplaça l'année de jachère habituelle (terre non cultivée), par la production d'une plante fourragère comme la luzerne ou le trèfle. Cette production de légumineuses avait le grand avantage d'enrichir la terre en nutriments azotés, dont les cultures suivantes profiteraient, et en même temps de mieux nourrir le bétail avec un fourrage de qualité.
La culture des mûriers en France pour stopper l'importation de la soie de Chine
En 1599, Olivier de Serres publia un ouvrage La cueillette de la soye par la nourriture des vers qui la font, dont on discuta jusqu'à la cour du roi. Henri IV était passionné d'agriculture et il prenait des mesures pour la moderniser et la développer. Il fut fortement intéressé par les projets de l'agronome du Pradel.
La culture des mûriers et l'élevage des vers à soie qu'entreprit Olivier de Serres sur son domaine et qu'il introduisit dans le sud-est de la France, lui valurent la reconnaissance du roi. Henri IV ne voulait plus être dépendant des coûteuses importations de soies chinoises. Car, selon l'article Olivier de Serres, père de l'agronomie, dans le média Le Dauphiné : « l'importation de la soie coûte une fortune au royaume, " 4 millions d'or tous les ans ", affirme le roi ».
Convaincu par l'Ardéchois, Henri IV aurait fait planter entre 15 et 20 000 mûriers blancs dans les jardins des Tuileries et à Fontainebleau. « En même temps, les magnaneries poussent comme des champignons entre Cévennes et Vivarais pour le plus grand bonheur des soyeux lyonnais », souligne l'article du Dauphiné.

Le théâtre d'agriculture et mesnage des champs, l'ouvrage majeur d'Olivier de Serres
Une des plus grandes contributions d'Olivier de Serres à l'agriculture française est son ouvrage majeur : Le théâtre d'agriculture et mesnage des champs. Ce livre de plus de mille pages fut le chef-d'œuvre de l'agronome. Ce fut la référence incontournable de l'époque. L'auteur avait une approche systémique et pragmatique de l'agriculture.
Selon diverses sources, Henri IV s'en faisait lire un passage quotidiennement et il lut l'intégralité de l'ouvrage. Depuis sa publication en 1600, le texte fut réédité de nombreuses fois dont la dernière en 2019, à l'occasion des 400 ans du décès de l'auteur. Des agriculteurs et des agronomes découvrent encore aujourd'hui le bien-fondé et la pérennité des enseignements de ce livre !
L'ouvrage est divisé en huit parties distinctes où sont étudiées de nombreuses activités de l'agriculture. L'agronome s'inspira de son expérience personnelle, de l'administration de son domaine du Pradel mais aussi de techniques anciennes et d'auteurs anciens, souvent cités. Le livre abonde en conseils de bon sens, dans le respect des lois de la nature et de la société humaine.

La poule au pot d'Henri IV est restée célèbre. Le roi avait décrété : « Je veux qu’il n’y ait si pauvre paysan en mon royaume qu’il n’ait tous les dimanches sa poule au pot ». Dans sa « bible » de l'agriculture, Olivier de Serres lui réplique indirectement : « La terre est un trésor qui ne s'épuise point, si on la cultive avec art. »
Collaboration Eve Saint-Michel
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