Connaissez-vous la soie de mer ? Avez-vous entendu parler d’un tissu né au fond des océans ? D’où vient cette appellation ? Si vous voulez obtenir des éléments de réponse à ces questions, cet article est pour vous.
Comment définir la soie des mers ?
La soie de mer désigne le nom du tissu fabriqué à partir du byssus ou « ensemble de fibres sécrétées par certains mollusques pour adhérer aux surfaces. »
Le byssus concerné est celui de la grande nacre, coquillage abondamment pêché dans le bassin méditerranéen dès l’Antiquité. Son usage est mentionné dans la Bible. « David était revêtu d’un manteau de byssus, il en était de même de tous les Lévites qui portaient l’arche, des chantres et de Kenania, chef de musique parmi les chantres de David et David avait sur lui un éphod en lin. (1 Chroniques 15, 27)
Par ailleurs la soie de mer est parfois appelée « lin des mers » ou « or des mers ». Sa texture extrêmement fine, sa teinture dorée en faisaient un produit de luxe réservé aux vêtements royaux en particulier et à l’élite en général.
Un mystérieux coquillage à l’origine d’une fibre prestigieuse
La grande nacre, à l’origine de la fibre prestigieuse est un coquillage endémique de la Méditerranée, où elle vit depuis 5 millions d’années…
De son nom scientifique, Pinna nobilis, la grande nacre peut atteindre jusqu’ à 1, 20 m de hauteur, ce qui fait d’elle le plus grand coquillage de la mer Méditerranée, et le deuxième plus grand du monde après le bénitier tropical, Tridacna gigas. Elle ressemble à une grosse moule. Son pied doté de filaments appelés « byssus » lui permettent de se déplacer sur des distances assez importantes. Son habitat le plus fréquent est constitué de milieux sableux et graveleux.
Sa nourriture de base, les phytoplanctons peut s’associer également « aux matières organiques puisées dans les sédiments » précise le site Naturdive. Nous apprenons en outre selon la même source que la grande nacre joue un rôle de filtre : « Un individu est capable à lui seul de filtrer entre 150 et 200 litres d’eau par jour et contribue à maintenir une certaine clarté dans son environnement. »
Malheureusement, la pêche intensive a eu raison de son succès. La Pinna nobilisexploitée depuis l’Antiquité est devenue une espèce protégée en 1992 afin d’éviter sa totale disparition.

Comment passer du byssus à la soie de mer ?
Fleuron du bassin méditerranéen, la fibre prestigieuse garde un terrain de prédilection sur l’île de San’t Antioco en Sardaigne. Sa fabrication basée sur des techniques ancestrales y trouve encore droit de cité. Ailleurs, la soie de mer est vouée à la disparition.
Le passage du byssus à la soie de mer nécessite un long cheminement axé sur la patience et le savoir-faire. Plusieurs étapes sont de mise avant la création du « produit fini ». Nous allons en retenir quelques-unes :
- le nettoyage
Il faut laver et dessaler les fibres entièrement.
- le séchage
Pour un séchage complet, il faut exposer celles-ci les à la lumière. Dans l’Antiquité, les fibres étaient plongées dans l’urine de vache. De nos jours, les artisans ont choisi d’utiliser le jus de citron ou l’acide citrique. L’objectif est d’obtenir cette teinte dorée si caractéristique et si recherchée.
- le cardage

Après un nouveau lavage, il faut passer au cardage. Dans quel but ? Obtenir des mèches comparables à des « cheveux » plus lisses qui auront à ce stade perdu une bonne partie de leur poids. La phase finale consiste à acquérir un fil résistant conçu pour la broderie et le tissage.

Où se perpétue la confection de la soie marine de nos jours ?
La pollution, la pêche intensive ont voué à la destruction la soie marine issue de la grande nacre. Nous l’évoquions dans un chapitre précédent. De nos jours, la fabrication de la soie des mers obtenue dans la plus pure tradition existe uniquement en Sardaigne dans la presqu’île de San’t Antioco. Une seule femme, Chiara Vigo peut prétendre être « l’une des dernières tisseuses de soie de mer de la planète ».
Cette septuagénaire aura consacré toute sa vie à transmettre son savoir-faire dans l’art du byssus. Le musée-atelier qu’elle a créée en ce sens en témoigne. Pour elle, il s’agit d’une mission empreinte d’un certain mysticisme. Sur le site openedition, dans un article intitulé : Chiara Vigo ou la maîtrise de soie, nous découvrons le témoignage suivant d’un observateur :« Je l’ai observée plusieurs fois produire et reproduire ses gestes devant un public sans cesse renouvelé, l’ai interrogée et écoutée me dire à chaque fois ni tout à fait la même chose ni tout àfaitune autre, jouer son rôle d’ambassadrice d’une tradition sacrée en voie de disparition et mettre en scène sa démonstration comme le ferait une grande prêtresse ou une prestidigitatrice.
Chiara Vigo vit très modestement. Elle ne vend pas ses créations artistiques d’origine marine mais préfère les offrir. Dans son atelier, on peut lire : « Ici, la précipitation n’a pas de place ». À l’opposé, avec la soie des mers la patience est de mise, pourrait-elle commenter.
Collaborateur Evelyne Boilève
Soutenez notre média par un don ! Dès 1€ via Paypal ou carte bancaire.












