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Culture. L’Arche de l’Éternité : décryptage des mythes du Pont des Soupirs de Venise

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De manière générale, il semble que chaque ville possède son propre lieu de pèlerinage pour les amoureux, comme la fontaine de Trevi à Rome, le Pont des Arts à Paris ou l’Empire State Building à New York.Au milieu des eaux scintillantes et des reflets de pierre de Venise, la cité romantique italienne, le Pont des Soupirs se dresse comme un lieu sacré qui captive le cœur des amoureux. 

L’Arche de l’Éternité : décryptage des mythes du Pont des Soupirs de Venise
À l’origine c’est un simple pont de pierre de style baroque qui enjambe paisiblement le canal. Pourtant, une belle légende romantique a transformé ce petit pont de pierre en l’un des ponts les plus romantiques au monde. (Image : wikimedia / Jean-Christophe BENOIST, CC BY 3.0)

À l’origine c’est un simple pont de pierre de style baroque qui enjambe paisiblement le canal. Pourtant, une belle légende romantique a transformé ce petit pont de pierre en l’un des ponts les plus romantiques au monde.

Le Pont des Soupirs : une légende romantique à propos d’un baiser

Si vous visitez Venise, les Vénitiens vous raconteront cette légende : si vous attendez patiemment le coucher du soleil et que des amoureux s’embrassent sur une gondole sous le Pont des Soupirs, leur amour sera éternel. Cette légende a été portée à l’écran en 1979 dans la comédie romantique A Little Romance, I love you, je t’aime en français, adapté du roman de Patrick Gauvin E=mc2 mon amour.

Dans le film, deux adolescents vivants à Paris : Lauren, une Américaine de 13 ans vivant, et Daniel, un Français du même âge, se rencontrent par hasard et tombent immédiatement amoureux. Cependant, leur relation se heurte à l’opposition farouche de la mère de la jeune-fille, qui tente de les séparer. Finalement, Lauren et Daniel décident de s’enfuir à Venise.

L’Arche de l’Éternité : décryptage des mythes du Pont des Soupirs de Venise
Dans A Little Romance, le réalisateur américain George Roy Hill, a donné vie à cette légende romantique, transformant le Pont des Soupirs de Venise en un lieu sacré de l’amour et façonnant les idéaux romantiques d’une génération de jeunes en Europe et en Amérique. (Image : wikimedia / Jean-Pol GRANDMONT, CC BY 4.0)

Poussés par cet appel de l’amour, les jeunes gens sont déterminés à réaliser leur souhait à tout prix. Ils ont donc parcouru le long chemin de Paris à Venise, uniquement pour s’embrasser sous le Pont des Soupirs au coucher du soleil : tandis que les cloches du campanile de Saint-Marc résonnaient au loin, afin d’atteindre l’amour éternel. 

Le réalisateur américain de renommée mondiale, George Roy Hill, a donné vie à cette légende romantique, transformant le Pont des Soupirs de Venise en un lieu sacré de l’amour et façonnant les idéaux romantiques d’une génération de jeunes en Europe et en Amérique.

Qui a poussé ce fameux soupir ?

Le Pont des Soupirs (Ponte dei Sospiri) de Venise fut construit vers 1600, au crépuscule de la République de Venise. Son architecte principal, Antonio Contino, était le neveu du concepteur du pont du Rialto. Le goût inné de la famille pour l’opulence fit que, même en tant qu’extension d’une prison, le pont fut imprégné d’une esthétique baroque raffinée. Autre point crucial : il s’agit d’un pont en arc couvert.

L’Arche de l’Éternité : décryptage des mythes du Pont des Soupirs de Venise
Pourtant, cette beauté est paradoxale. Pour empêcher les prisonniers de s’évader ou de se jeter dans le Tibre, le pont était entièrement recouvert de calcaire, seules deux petites fenêtres en pierre sculptée 
permettant d’observer l’extérieur. (Image : wikimedia / Dimitris Kamaras from Athens, Greece, CC BY 2.0 & Andrzej Otrębski, CC BY-SA 4.0)

Pourtant, cette beauté est paradoxale. À une extrémité du pont se dresse le palais des Doges, cœur du pouvoir dans le monde méditerranéen de l’époque, orné d’or, de marbre et de chefs-d’œuvre du Titien ; à l’autre extrémité se trouvent les Prigioni Nuove, un cachot capable d’inspirer la peur même aux plus endurcis. Pourquoi est-il clos ? Précisément pour empêcher les prisonniers de s’évader ou de se jeter dans le Tibre, le pont est entièrement recouvert de calcaire, seules deux petites fenêtres en pierre sculptée permettant d’observer l’extérieur.

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Ainsi, chaque fois qu’un condamné était conduit au cachot ou au lieu d’exécution, il jetait un dernier coup d’œil par les petites ouvertures des fenêtres de pierre pour apercevoir une dernière fois les eaux scintillantes de Venise, ses citoyens libres, les gondoles glissant sur l’eau et les flèches des églises au loin. (Image : wikimedia / The original uploader was Mkleine at German Wikipedia., CC BY-SA 3.0 & pjt56 ---, CC BY-SA 3.0)

Ainsi, chaque fois qu’un condamné était conduit au cachot ou au lieu d’exécution, il jetait un dernier coup d’œil par les petites ouvertures des fenêtres de pierre pour apercevoir une dernière fois les eaux scintillantes de Venise, ses citoyens libres, les gondoles glissant sur l’eau et les flèches des églises au loin.

À travers ces fenêtres, il contemplait les derniers rayons du soleil et la liberté qui s’éteignaient dans la ville : mille mots inexprimés montaient en lui, se dissolvant finalement en un long soupir. Avec le temps, le pont reçut un nom poétique : le Pont des Soupirs (Ponte dei Sospiri). Mais à l’époque, ce long soupir était à la fois une lamentation pour la vie abandonnée et un adieu éternel à la liberté.

L’Arche de l’Éternité : décryptage des mythes du Pont des Soupirs de Venise
Une autre légende raconte une histoire tout à fait différente : un prisonnier s’avança sur le Pont des Soupirs, et le geôlier lui permit de jeter un dernier regard par la fenêtre. Sur le fleuve en contrebas, une gondole élancée glissait sous le pont. Un couple à bord s’embrassait, et la femme n’était autre que la bien-aimée du prisonnier. (Image : wikimedia / Paulu, CC0 & Dimitris Kamaras from Athens, Greece, CC BY 2.0)

Une autre légende raconte une histoire tout à fait différente : un prisonnier s’avança sur le Pont des Soupirs, et le geôlier lui permit de jeter un dernier regard par la fenêtre. Sur le fleuve en contrebas, une gondole élancée glissait sous le pont. Un couple à bord s’embrassait, et la femme n’était autre que la bien-aimée du prisonnier. Ce dernier, fou de rage, se frappa frénétiquement la tête contre les pierres du pont, mais ceux qui se trouvaient en contrebas n’entendirent rien.

Plus tard, les générations suivantes ont transformé cette tragédie en une comédie, frôlant le mythe. La légende raconte qu’au coucher du soleil, si deux personnes qui s’aiment vraiment s’embrassent sous le pont, leur amour restera éternel. Et c’est là que nous retrouvons la scène du film mentionné au début de cet article.

Une légende historique d’évasion

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Cependant, la nuit la plus légendaire de l’histoire vénitienne n’a pas été dépeinte à travers le prisme romantique d’un film hollywoodien, mais a bel et bien été orchestrée par un coureur de jupons. (Image : wikimedia / Another Believer, CC BY-SA 4.0)

Cependant, la nuit la plus légendaire de l’histoire vénitienne n’a pas été dépeinte à travers le prisme romantique d’un film hollywoodien, mais a bel et bien été orchestrée par un coureur de jupons. 

Dans l’histoire européenne, il y eut un Vénitien célèbre pour ses « séductions » du nom de Giacomo Casanova (1725 - 1798). Né à Venise, Casanova était un aventurier et écrivain légendaire, un playboy invétéré et le plus célèbre coureur de jupons d’Europe au XVIIIe siècle. En 1755, cet homme de lettres, connu pour sa vie privée tumultueuse et soupçonné de pratiquer la divination et de posséder des livres interdits, fut emprisonné dans la tristement célèbre prison San Marco de Venise pour « outrage à la religion ».

Le désespoir sous les soupirs

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Casanova était détenu dans les étages supérieurs de la prison, connus sous le nom de « Piombi » (cellules de plomb), où les étés étaient caniculaires et les hivers glaciaux. Après leur procès, les prisonniers devaient traverser le Pont des Soupirs pour y accéder. (Image : wikimedia / Derbrauni, CC BY 4.0)

Casanova était détenu dans les étages supérieurs de la prison, connus sous le nom de « Piombi » (cellules de plomb), où les étés étaient caniculaires et les hivers glaciaux. Après leur procès, les prisonniers devaient traverser le Pont des Soupirs pour y accéder. Dans ses mémoires, Casanova raconte qu’en traversant le pont et en regardant par les étroites fentes des fenêtres de pierre le canal scintillant en contrebas, il laissa échapper un profond soupir. Cependant, on dit que ce soupir n’était pas dû aux caprices du destin, mais plutôt au fait qu’il « n’avait pas encore eu l’occasion de faire ses adieux à toutes les jeunes femmes de la ville ».

En 1756, Casanova, de mèche avec un prêtre, perça un trou dans le plafond à l’aide d’une barre de fer pointue. Ils grimpèrent sur le toit de plomb du Palais des Doges. Le toit était extrêmement glissant et pentu : le moindre faux pas aurait pu les précipiter dans les profondeurs marines.

Un retournement de situation surprenant

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Plus tard, à la fin de sa vie, Casanova se consacra à l’écriture d’un roman autobiographique intitulé Histoire de ma vie. Il y inclut cette évasion légendaire, laissant derrière lui une légende romantique dans l’histoire littéraire. (Image : wikimedia / Teresa, CC BY-SA 4.0)

Après s’être échappé sur le toit, Casanova n’escalada pas le mur comme un voleur ordinaire. Au contraire, il revêtit d’élégants vêtements de soie et traversa d’un pas assuré le hall du palais du gouverneur. Les gardes, impressionnés par son allure audacieuse, le prirent pour un conseiller matinal et lui ouvrirent les portes ! Il sauta aussitôt dans une gondole et s’enfuit du pays.

Plus tard, à la fin de sa vie, Casanova se consacra à l’écriture d’un roman autobiographique intitulé Histoire de ma vie. Il y inclut cette évasion légendaire, laissant derrière lui une légende romantique dans l’histoire littéraire. Cette évasion le rendit non seulement célèbre, mais imprégna également le « Pont des Soupirs », qui mène à la prison, d’une aura de défi légendaire à l’autorité, renforçant son atmosphère déjà mystérieuse.

Nombreux sont ceux qui comparent Casanova au Don Juan de Lord Byron (1788 - 1824), car tous deux ont séduit d’innombrables femmes au cours de leur vie. Cependant, Don Juan est une œuvre de fiction, tandis que Casanova était un personnage historique réel. Ce qui le distingue également de Don Juan, c’est que Casanova aimait profondément toutes ses conquêtes et entretenait avec elles des relations amicales et durables.

L’influence de Byron : du réalisme au romantisme

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Cependant, malgré les légendes romantiques qui entourent le Pont des Soupirs , la vérité est qu’avant le XIXe siècle, ce pont ne portait pas de nom officiel. C’est le poète romantique britannique Lord 
Byron qui lui a véritablement conféré l’appellation littéraire de « Pont des Soupirs ». (Image : wikimedia / Derbrauni, CC BY 4.0 & Matthias Süßen, CC BY-SA 4.0)

Cependant, malgré les légendes romantiques qui entourent le Pont des Soupirs , la vérité est qu’avant le XIXe siècle, ce pont ne portait pas de nom officiel. C’est le poète romantique britannique Lord Byron qui lui a véritablement conféré l’appellation littéraire de « Pont des Soupirs ». Dans le quatrième chant du Pèlerinage de Childe Harold, il écrit : « Je me tenais à Venise, sur le Pont des Soupirs, un palais et une prison de chaque côté ».

Il faut dire que le talent de Byron pour « vendre » un lieu était tout simplement surprenant. Après avoir lu ses poèmes, les gentlemen victoriens affluaient à Venise. Le pont de pierre, qui symbolisait à l’origine une justice implacable, se transforma instantanément, ​​sous l’influence du romantisme. En un instant, un simple trait en fit un lieu incontournable pour les bohèmes. Dès lors que la souffrance est esthétisée, elle devient art.

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Le vin de Venise et les élégies convergent finalement dans cette silhouette de pierre arquée. Comme le disait Jorge Luis Borges (1899-1986), le monde est un labyrinthe, et le pont en est la sortie la plus douce. (Image : wikimedia / Jean-Pol GRANDMONT, CC BY 4.0)

Le vin de Venise et les élégies convergent finalement dans cette silhouette de pierre arquée. Comme le disait Jorge Luis Borges (1899-1986), le monde est un labyrinthe, et le pont en est la sortie la plus douce. 

L’Arche de l’Éternité : décryptage des mythes du Pont des Soupirs de Venise
Quelles que soient vos aspirations en ce moment, souvenez-vous : même sur le pont de pierre le plus clos, deux fenêtres de pierre restent ouvertes sur le monde. Tant qu’il y a des fenêtres, il y a de la lumière. (Image : wikimedia / Bruno Rijsman, CC BY-SA 2.0)

Quelles que soient vos aspirations en ce moment, souvenez-vous : même sur le pont de pierre le plus clos, deux fenêtres de pierre restent ouvertes sur le monde. Tant qu’il y a des fenêtres, il y a de la lumière.

Rédacteur Charlotte Clémence

Source : The Arch of Eternity: Decoding the Myths of Venice’s Bridge of Sighs
www.nspirement.com

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