Depuis la maîtrise du feu préhistorique jusqu’aux lampes à huile de l’Antiquité, en passant par les lanternes chinoises, l’humanité apprivoise peu à peu la nuit. Cette deuxième partie suit le fil de l’éclairage, du suif médiéval aux LED et à l’éclairage intelligent qui transforment nos nuits et imitent le jour.

Quel était l’éclairage au Moyen Âge en Europe
Le Dictionnaire historique de la Suisse explique qu’on utilisait principalement des chandelles de graisse animale (suif), bon marché mais fumantes, qui éclairaient peu. Un article de Gloubik Sciences précise que le terme chandelle désigne dans un premier temps, aussi bien la chandelle de suif que la bougie de cire. Puis les mots se spécialisent. La chandelle désigne la bougie de suif, le cierge la cire d’église et la bougie désigne la cire plus fine utilisée dans les maisons fortunées.

Un site de reconstitution médiévale rappelle que les gens du peuple brûlaient des chandelles de suif, malodorantes et noircissantes, tandis que la noblesse et le clergé s’éclairaient avec des cierges de cire d’abeille, plus chers mais plus propres et plus lumineux. On trouve aussi des lampes à huile végétales, différentes selon les régions. Mais elles semblent moins utilisées que les chandelles dans les maisons de la fin du Moyen Âge.
Comment étaient fabriquées les chandelles
Le travail des chandeliers consistait à clarifier le suif ou la cire. Ils coupaient et ajustaient des mèches de coton et de chanvre. Puis ils les attachaient à une baguette et les plongeaient dans le suif ou la cire fondue. Ils les ressortaient, les laissaient refroidir avant de les replonger, plusieurs fois, jusqu’à obtenir la bonne grosseur.

Où et comment s’éclairer au Moyen Âge
Le Dictionnaire historique de la Suisse mentionne des lampes en fer à suspendre découvertes dans des châteaux-forts (Nänikon, Madeln). Il y avait également des niches pour lampes ou chandelles dans les salles de réception. Cela montre un éclairage ponctuel, principalement le soir et pour certaines pièces. L’intérieur des maisons paysannes reste sombre. On allume seulement quand c’est nécessaire, car la graisse et la cire coûtent cher.
Quant aux rues, elles restent presque toujours dans l’obscurité. Parfois, des torches ou des lampes à huile éclairent certaines maisons, mais sans système organisé. Ce n’est qu’à la fin du Moyen Âge et surtout à l’époque moderne qu’apparaissent des ordonnances obligeant les habitants à mettre des lanternes à leurs fenêtres.
Révolution de la bougie
La stéarine et la paraffine sont deux nouvelles cires du XIXᵉ siècle qui permettent de remplacer les chandelles de suif par des bougies plus propres, plus dures et moins chères.
La stéarine, découverte par le chimiste français Michel-Eugène Chevreul, est une matière blanche et dure, obtenue en extrayant certains acides gras des graisses animales, surtout du suif.
La paraffine est une cire issue du pétrole ou de schistes bitumineux, obtenue en séparant certains composants solides lors du raffinage. Vers 1850, des chimistes mettent au point des procédés pour extraire cette cire de paraffine du pétrole brut, ce qui permet de l’utiliser massivement pour les bougies.
Ces bougies remplacent progressivement les chandelles de suif. Elles éclairent mieux, durent plus longtemps et ne remplissent plus les maisons de fumée et de mauvaises odeurs. Moins chères et plus accessibles, elles rendent possible une production de masse et une consommation beaucoup plus large au XIXᵉ siècle.

Au XIXᵉ siècle, trois grandes innovations transforment l’éclairage
Le gaz dans les rues, l’arc électrique très puissant et des lampes à huile beaucoup plus efficaces que celles de l’Antiquité changent l’éclairage. Le gaz d’éclairage vient d’abord du charbon, mis au point par l’ingénieur écossais William Murdoch à la fin du XVIIIᵉ siècle pour illuminer usines et ateliers. En 1807, les premiers réverbères à gaz sont installés dans la rue de Pall Mall à Londres. C’était la première grande ville éclairée régulièrement au gaz. Cela change la nuit en ville, avec des rues plus sûres, des activités possibles après le coucher du soleil, le développement des commerces et des spectacles du soir.

L’arc électrique de Humphry Davy
La chronologie des techniques d’éclairage rapporte qu’en 1808, dans les sous-sols de la Royal Institution, le chimiste britannique Humphry Davy relie plus de 800 petites piles à deux bâtons de charbon et obtient un arc électrique extrêmement lumineux entre leurs extrémités.
Davy montre ainsi qu’on peut produire une lumière très intense uniquement avec l’électricité, sans combustion de gaz ou d’huile, mais ses dispositifs restent compliqués et trop puissants pour les maisons.
Ces lampes à arc servent plus tard pour l’éclairage extérieur, les phares et les grandes salles, avant d’être supplantées par des ampoules plus douces.

Les lampes à huile d’Argand
En 1783, le Suisse Ami Argand invente un nouveau brûleur pour lampe à huile. Il s’agit d’une mèche cylindrique entourée de deux tubes concentriques, avec une cheminée en tôle puis en verre pour augmenter le tirage d’air.
Ce système de double courant d’air permet une combustion presque complète. La flamme fume beaucoup moins et donne une lumière jusqu’à dix fois plus intense qu’une simple bougie.
En 1800, l’horloger français Bernard-Guillaume Carcel ajoute un mécanisme d’horlogerie avec une petite pompe qui fait monter l’huile vers la mèche. Le réservoir peut être placé sous le brûleur, sans gêner la lumière. Ces lampes Argand et Carcel éclairent mieux, plus régulièrement, et deviennent la référence dans les intérieurs bourgeois jusqu’à l’arrivée des lampes à pétrole à partir des années 1850–1860. Elles améliorent concrètement la lecture, le travail du soir et la vie domestique.

L’électricité marque une rupture
Avec l’ampoule, l’éclairage devient abondant, stable et facile à distribuer dans toutes les maisons et dans les rues.
L’ampoule à incandescence
En 1879, Thomas Edison met au point une ampoule à incandescence vraiment commercialisable. C’est un filament enfermé dans un bulbe de verre presque vide d’air, alimenté par un courant électrique. Edison et son équipe testent des milliers de matériaux avant de retenir un filament en bambou carbonisé, capable de durer jusqu’à environ 1 200 heures. Cela permet, pour la première fois, d’avoir une lumière artificielle relativement durable, sûre (sans flamme nue) et facile à allumer ou éteindre avec un simple interrupteur.
La généralisation de l’éclairage électrique
Au début du XXᵉ siècle, les villes construisent des réseaux électriques. Des centrales produisent l’électricité, des câbles la transportent vers les quartiers, et les ampoules à incandescence deviennent peu à peu le standard dans les logements, les commerces, les usines et l’éclairage public. Cela change la vie quotidienne. On peut travailler, lire, produire dans les usines et se divertir bien après la tombée de la nuit, avec une lumière plus propre et plus régulière que le gaz, les bougies ou les lampes à huile.
L’arrivée des lampes fluorescentes
Dans les années 1930–1940, on développe et diffuse les lampes fluorescentes (tubes ou compacts). À l’intérieur du tube, un gaz est excité par l’électricité et émet des rayons ultraviolets, qui frappent une poudre fluorescente déposée sur la paroi et produisent de la lumière visible. Ces lampes consomment nettement moins d’énergie que l’incandescence pour la même quantité de lumière. Au milieu du XXᵉ siècle , elles sont privilégiées dans les bureaux, écoles, hôpitaux, magasins et nombreux lieux publics.

Les LED et l’éclairage intelligent
À partir de la fin du XXᵉ siècle, les diodes électroluminescentes (LED) sortent des voyants et petits afficheurs pour devenir de véritables sources d’éclairage. Une LED produit de la lumière lorsque le courant traverse un composant électronique (semi-conducteur), sans chauffer un filament ni un gaz comme les technologies précédentes. Elles durent très longtemps, consomment beaucoup moins d’électricité que les ampoules à incandescence et souvent moins que de nombreux fluorescents. Elles peuvent être fabriquées dans différentes couleurs ou combinées pour produire une lumière blanche réglable.
Au XXIᵉ siècle, les LED deviennent dominantes. On les trouve dans les lampes domestiques, l’éclairage public, les phares de voitures, les écrans, etc. Elles se prêtent bien aux systèmes intelligents en pouvant varier d’intensité et de couleur. Elles sont pilotées par des smartphones ou des capteurs. Lorsqu’elles sont synchronisées avec la lumière du jour, cela permet de réduire encore la consommation et d’adapter l’éclairage au confort des habitants.
Comme en Europe, la Chine passe de l’huile et des bougies à l’électricité, mais elle conserve longtemps ses formes propres d’éclairage (lanternes en papier, lampes de porcelaine décorées) qui coexistent avec les ampoules, néons, puis LED. Aujourd’hui, les LED et l’éclairage intelligent dominent aussi en Chine. Mais on continue d’utiliser lanternes et bougies dans les contextes festifs et religieux, comme l’Europe garde cierges et photophores dans les églises ou les fêtes.
Si l’humanité a toujours trouvé le moyen de s’éclairer, depuis l’ère industrielle jusqu’à nos jours, l’éclairage est devenu de plus en plus abordable, rendant nos nuits si lumineuses qu’il est possible de vivre de jour comme de nuit, peut-être au détriment de la santé.
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