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Homme. L’éclairage depuis l’aube de l’humanité à nos jours (1/2)

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Depuis que les premiers humains ont osé s’aventurer dans les profondeurs des grottes, la question de la lumière s’est posée avec une urgence vitale. Dans cette première partie, nous allons suivre les archéologues et les expériences de terrain pour comprendre comment torches, lampes en pierre et foyers de bois fonctionnaient concrètement et porter un regard sur ce qui se faisait dans la Chine antique.

L’éclairage dans les grottes ?

Les archéologues distinguent trois grands systèmes d’éclairage : torches, petites lampes en pierre et foyers de bois. L’équipe de Madame Ángeles Medina-Alcaide de l’université de Cantabrie a reconstitué ces trois types de lumière à partir de vestiges découverts dans plusieurs grottes ornées du sud-ouest de l’Europe. Les torches servaient surtout à explorer et à se déplacer, les lampes plutôt à travailler sur place (peinture, activités autour d’un espace restreint), tandis que les foyers donnaient une lumière fixe pour la vie quotidienne et la cuisine.

L’éclairage depuis l’aube de l’humanité à nos jours (1/2)
Ces torches étaient composées de petites branches de bois résineux, liées avec du lierre. (Image : Catherine Keller / image générée par IA)

De quoi étaient faites les torches et pourquoi ?

Selon les reconstitutions expérimentales, ces torches étaient composées de petites branches de bois résineux, liées avec du lierre, parfois avec de l'écorce de bouleau, de la résine de pin et un ajout de graisse animale pour améliorer la durée et la luminosité. Les bois résineux brûlent plus longtemps et donnent une flamme vive, adaptée à l’exploration de grands volumes souterrains.

Traces laissées par les torches et durée de combustion

L’ouvrage scientifique Le temps des lumières à la Grande Grotte d’Arcy  (Yonne) décrit des amas charbonneux au sol et des lignes noirâtres sur les parois comme des marqueurs typiques de torches et foyers du Paléolithique supérieur. L’étude de Medina-Alcaide montre que les torches paléolithiques ont une durée de combustion assez limitée. Les foyers, eux, peuvent durer une trentaine de minutes, mais produisent beaucoup de fumée lorsqu’ils sont mal placés dans les courants d’air de la grotte.

L’éclairage depuis l’aube de l’humanité à nos jours (1/2)

L’éclairage des lampes en pierre

Les lampes en pierre sont de petits récipients (souvent en calcaire ou en grès) contenant de la graisse animale avec une mèche. Le site Hominides décrit par exemple la lampe de la Chaire à Calvin (Charente), retrouvée en 1854 par A. Trémeau de Rochebrune, comme étant l’une des premières lampes à graisse identifiées.

Ces lampes produisent une lumière plus faible, comparable à celle d’une bougie, mais elles brûlent longtemps, souvent plus d’une heure d’affilée. Elles dégagent peu de fumée, ce qui les rend adaptées à des espaces confinés et à des activités stationnaires. Des synthèses comme l’article Éclairage des grottes préhistoriques soulignent que les plus anciennes lampes à graisse connues remontent au Gravettien, vers – 31 000 ans.

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Dans l’Antiquité, l’huile d’olive remplace la graisse dans le bassin méditerranéen. (Image : wikimedia/ FotoosvanRobin / CC BY-SA 2.0)

L’éclairage des lampes à huile de l’Antiquité

Dans de nombreuses régions du monde antique, on utilise des lampes à huile en pierre, en métal ou en argile. Elles sont remplies d’huile d'olive, avec une mèche végétale qui brûle. Progressivement, les lampes grecques et romaines ont développé un réservoir fermé et un « bec » d’où sort la mèche. L’atout majeur de la lampe à huile est la disponibilité du combustible dans le bassin méditerranéen. Plus au nord, on utilise d’autres huiles ou graisses. L’article ajoute que la lumière reste rougeâtre et vacillante, et qu’il faut surveiller la mèche pour éviter qu’elle fume trop ou ne se consume trop vite.

À quoi servaient ces lampes?

Dans le monde grec et romain, la lampe à huile sert à la fois à la vie quotidienne (éclairage des maisons, ateliers, rues) et à la religion (lampes déposées dans les temples, sur les tombes, dans les sanctuaires domestiques). Ces lampes deviennent tellement courantes qu’on en trouve des milliers dans les fouilles, souvent décorées de motifs (animaux, scènes mythologiques, symboles chrétiens pour la fin de l’Antiquité).

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Le suif est un produit résiduel obtenu par la fonte de la graisse d'animaux. (Image : wikimedia/ FotoosvanRobin / CC BY-SA 2.0)

Les premières chandelles dans l’Antiquité

En parallèle des lampes à huile, certaines civilisations utilisent déjà des sortes de chandelles. Il s’agit d’une mèche entourée de graisse ou de cire, que l’on peut transporter facilement. Ces bougies rudimentaires apparaissent en Égypte vers 3000 av. J.-C.. Les Romains fabriquent des chandelles en suif (graisse animale) moulées autour d’une mèche, notamment pour les processions religieuses et certains usages domestiques. Ces premières chandelles servent autant à la lumière qu’au culte, aux prières et aux rituels. Elles restent coûteuses lorsqu’elles sont en cire d’abeille, ce qui les réserve surtout aux temples et aux élites, tandis que le peuple continue d’utiliser surtout l’huile et le suif.

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Les lampes à huile étaient aussi utilisées en Chine. Ici, une lampe offerte au Bouddha. (Image : Musée National du Palais de Taïwan / @CC BY 4.0)

L’éclairage dans la Chine antique

L’éclairage chinois suit la même grande logique que l’Occident, mais avec des matériaux et des formes propres à sa culture. Dans le Livre des Rites, on peut lire « Autrefois, on utilisait des torches pour éclairer la nuit.» Pendant la dynastie Zhou de l’Ouest (1046 à 771 av. J.-C), les Chinois enrobent des bandes de tissu sur un bâton, trempées dans du miel et des graisses parfumées, destinées à réduire l’odeur désagréable de la graisse brûlée. Dès environ 200 av. J.-C. les Chinois fabriquent des bougies à partir de graisse de baleine, alors que l’Europe antique reste dominée par les lampes à huile.

Les plus anciennes lampes à huile chinoises connues datent de la période des Royaumes combattants (481 av. J.-C - 221 av. J.-C), avec un petit réservoir rechargeable et une mèche fibreuse contrôlant la flamme. Ces lampes sont réalisées en jade, bronze, céramique, bois, pierre, selon le statut social et l’époque.

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La lampe du palais Changxin (Han), en forme de servante tenant une lumière. (Image : Musée National du Palais de Taïwan / @CC BY 4.0)

Un article universitaire  A short history of Chinese lamps  décrit l’âge d’or des lampes en bronze sous les dynasties Qin et Han, présentant des formes très élaborées, souvent réservées à la cour et à l’aristocratie. L’exemple classique est la lampe du palais Changxin (Han), en forme de servante tenant une lumière : le bras sert de cheminée, la manche de pare-flamme, et le couvercle permet d’ajuster la lumière, tout en captant la fumée dans le corps de la lampe. Un article sur la culture de l’éclairage chinois explique que, durant la dynastie Tang (618-907) jusqu’aux Song (960-1279) et au-delà, la céramique, puis la porcelaine, deviennent les matériaux dominants pour les lampes domestiques.

Les porcelaines sont fines, très décorées, avec une fonction équivalente à celle des lampes à huile et des lampes à pétrole européennes, mais avec une esthétique de porcelaine peinte ou monochrome. Une lampe de porcelaine Ming retrouvée dans une tombe montre un amalgame de combustibles : huile de lin, suif de mouton et cire d’abeille, pour obtenir une flamme plus vive, moins de fumée et moins de rancissement.

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