Guirec Soudée est parti de l'île d'Ouessant en Bretagne, le mardi 23 décembre 2025, pour boucler son tour du monde à la voile, en solitaire, sans escales. Cependant, il le fait d'est en ouest, à rebours des courants et vents dominants, et là c'est une histoire compliquée! C'est certainement la course au large la plus difficile et la plus périlleuse, que très peu de marins expérimentés ont osé entreprendre. Cinq seulement, dont une femme, ont réussi cet exploit.
Une passion irrésistible pour la mer et l'aventure
Ce n'est pas le premier défi original et de haute exigence du navigateur Guirec Soudée. Il a hiverné, avec son amie la poule rousse, pendant 130 jours au Groenland, alors que son voilier monocoque était pris dans la glace. Puis à la fonte des glaces, il a été le plus jeune marin à traverser en solitaire le passage du Nord-Ouest, rejoignant l'Océan Pacifique. Ensuite il a pris la direction du sud, longeant l'Amérique et franchissant le redouté Cap Horn à l'extrême pointe du Chili.

Guirec Soudée a participé a plusieurs grandes courses à la voile connues comme la Route du Rhum, le Vendée Globe, et bien d'autres encore. Il a de plus ajouté à son palmarès une double traversée de l'Atlantique à la rame. C'était aussi avec des conditions rigoureuses : sans assistance ni moyens de communication. Dans la traversée du retour, son bateau s'est retourné dans une tempête.
Il a bien failli se noyer cette fois-ci. Ses instruments de navigation étaient fichus, mais il n'a pas abandonné et a refusé d'appeler des secours. Cela lui a pris des heures pour remettre son bateau à l'endroit et en ordre pour continuer. Il a réussi grâce à sa force de caractère, son habileté et sa résilience aux épreuves. Au total sur sa barque de 8m, il a parcouru, à la force de ses bras et à raison de 10h par jour, environ 10 300 km en 181 jours.
"Sans moyens de communication, on est coupé de tout contact avec la terre. J'aime cette osmose, cette harmonie avec la nature. On est obligé de se débrouiller par soi-même", confie-t-il dans l'article de Chloé Torterat : Guirec Soudée, une carrière d'aventurier de la mer guidée par les défis, sur le site bateaux .com. L'appel du large est toujours présent chez lui. « Quand je suis rentré du Vendée Globe, je n’étais pas très partant pour repartir en 2028. [Le Vendée Globe se tient tous les 4 ans, ndlr]. Moi, j’ai plus le profil de l’aventurier que du régatier », rapporte Marina Abello Buyle, dans l'article Tour du monde à la voile à l'envers, sur le média Outside.fr.

Guirec Soudée connaît ce qu'est la solitude pendant des semaines et des mois. Il a aussi maintes fois éprouvé sa persévérance et son endurance en ne pouvant compter que sur ses propres ressources physiques et morales. Mais quelle force intérieure le motive et le pousse dans de tels défis extrêmes et périlleux ?
Peut-être simplement sa passion de la mer et son goût de l'aventure : « J’aime bien me retrouver seul et dans l’élément qui me parle le plus, qui est la mer. J’aime bien me retrouver face à tout ce qui m’entoure, c’est là où je me sens vivant et moi-même », confie-t-il dans l'article de Martin Couturié, Après le Vendée Globe, Guirec se lance dans le défi ultime (..), sur lefigaro.fr.
Un maxi-trimaran qui a fait ses preuves et donne confiance à Guirec Soudée
Le voilier sur lequel navigue Guirec, pour cette course dangereuse, est un ancien bateau d'Olivier de Kersauson, un maxi-trimaran de 32 par 21 mètres. En revanche sa cabine, avec coin cuisine, couchette et bureau ne fait que 3 mètre carrés. Guirec voit les choses positivement et il est satisfait de son lieu de vie où il a une vue à 360 degrès !

« Le bateau est très stable, très rapide. À la barre, je prends un plaisir immense. Je pense qu’on a tout pour réussir. Il y aura forcément des aléas, mais je suis optimiste », disait-il quelques jours avant le départ. Son voilier avance à 20-22 nœuds (soit 37 à 40 km/h), contre 10-12 nœuds pour le monocoque de Jean-Luc Van Den Heede, détenteur du record de ce tour depuis 2004 en 122 jours.
Le vieux marin ne serait pas surpris de se faire détrôner et il dit : « En vingt ans, tout a évolué : la météo, la vitesse des bateaux, les pilotes automatiques, les foils… Aujourd’hui, tout est beaucoup plus précis, et on va beaucoup plus vite. Ça fait partie des progrès de la civilisation. Le monde est comme ça. ». Guirec prévoit de faire la boucle en moins de 100 jours. Son parcours est plus long, remontant plus au nord de l'Océan Pacifique, pour éviter les vents trop violents du sud.
Dans cette partie du Pacifique sud, les vents sont souvent irréguliers avec des phases rapprochées d'accalmie et de reprises violentes et imprévisibles. Guirec doit donc voiler son bateau très modérément pour ne pas risquer de se faire surprendre et de chavirer. Le bateau est alors moins rapide, autour de 12 à 15 nœuds de vitesse, mais l'objectif est d'arriver dans un temps correct en ménageant le voilier. Le bon déroulement de la course est un équilibre entre vitesse, trajectoire, préservation du bateau et maintien en forme du marin.

« C’est un record qui est plus engagé que les autres. Tu ne prends pas le chemin normal, tu es toujours à l’inverse des vents portants. Cela rallonge la route et il faut avoir envie d’aller au front. Moi, cela me plaît bien » explique le jeune navigateur dans l'article Faire le tour du monde à l’envers en moins de 100 jours, le défi fou de Guirec Soudée, sur le média sudouest.fr. Guirec est aussi soutenu par une équipe à terre dans ses compétitions sportives.
Deux trimarans ont déjà tenté cette aventure, mais ont dû l'arrêter. Ainsi, le bateau d'Yves Le Blévec en 2017 s'est retourné après le passage du Cap-Horn et le marin a dû être évacué en hélicoptère. Celui de Romain Pilliard et Alex Pella s'est échoué sur les côtes chiliennes en 2021, et ils ont dû recourir à l'assistance des gardes-côtes chiliens, ce qui les disqualifiait pour la course.

Le passage du Cap Horn, une étape particulièrement risquée
Le Cap-Horn est le passage maritime le plus dangereux au monde. Guirec Soudée l'a déjà passé deux fois d'ouest en est, avec son amie poule et lors du dernier Vendée Globe. Peu de navigateurs en solitaire l'ont fait d'est en ouest et sur un trimaran c'est encore plus rare. Guirec serait le deuxième, après Yves le Blévec.
« Quand les vagues du large arrivent sur le plateau continental devant le Horn, la profondeur passe de 4000 m à 300 m en moins d’un kilomètre », est-il écrit dans l'article Guirec soudée a passé le Cap Horn ! sur le site presse.macs.fr. On imagine les énormes courants de fond que cela peut créer !

Guirec a eu la chance de trouver, avec son équipier météorologue à terre, une fenêtre météo avec des conditions « acceptables », c'est-à-dire, pour le Cap-Horn, « musclées ». Après l'avoir passé, il s'est écrié : « Très heureux, c'est une belle première étape ! (..) Mais je me réjouirai vraiment dans 3, 4 jours parce que là, j'ai des systèmes assez forts qui vont m'arriver dessus, avec 5 mètres de mer et des vents très forts (..) Mais je suis très serein, le bateau est très costaud, je me sens très bien dessus, je l'ai bien pris en main ».
Entre le XVIII et le début du XXe siècle, les navires pouvaient mettre entre trois et quatre semaines pour passer le Cap-Horn, en raison de conditions météorologiques trop difficiles. Beaucoup devaient renoncer. « 800 navires y auraient été emportés et 10 000 hommes y seraient décédés », selon le site presse.macs.fr.
Quelques petits aperçus de la vie de Guirec Soudée
Guirec a vécu son enfance en un lieu bien particulier, qui a certainement eu sur lui une grande influence : la petite île d'Yvinec, seulement accessible à marée basse, sur la côte bretonne du nord. Après le divorce de ses parents, il reste là avec son père « Stanis » et sa fratrie dans la maison familiale. Son père lui laisse une grande liberté. Très confiant, il lui offre son premier bateau vers l'âge de huit ans.

Et Guirec part bientôt seul explorer les environs avec son bateau. « Le soir, au coin du feu, Stanis l’abreuve d’histoires de marins. Jeune, le patriarche a traversé plusieurs fois l’Atlantique en équipage avec Eugène Riguidel (célèbre navigateur des années 1970) », écrit Julien dans l'article Guirec Soudée : Une vie d'aventures, de l'île d'Yvinec au Vendée Globe, en passant par la paternité, sur le blog gambin.co.
Cette enfance libre et riche d'expériences a forgé son caractère, son esprit d'indépendance et sa passion pour la mer. L'aventurier a maintenant une famille, deux enfants en bas-âge et c'est un moment déchirant pour lui de les quitter pour plusieurs semaines ou plusieurs mois. Il confie que c'est ce qui lui manque le plus pendant ses longues aventures en solitaire.
Bien que très indépendant d'esprit et habitué à de longues périodes de solitude, Guirec Soudée est paradoxalement très communicatif et joyeux. Il partage généreusement ses aventures et ses découvertes de toutes sortes sur les réseaux sociaux. Des milliers d'internautes sont captivés par ses récits et ses vidéos, et naviguent ainsi avec lui.

C'est peut-être ce qu'il y a de plus beau, humainement, dans cette course : la générosité du navigateur d'offrir en direct cette performance au monde et de faire vibrer le cœur des gens. C'est un peu au risque de sa vie, mais lui en retire aussi beaucoup de soutien et d’amitié ! De plus, il y a la magnifique coopération d'une équipe technique avec lui.
Il reste encore plusieurs zones maritimes compliquées à traverser pour Guirec Soudée. Jusqu'au bout il doit rester vigilant, la pression ne se relâchera vraiment que dans le port d'arrivée. Si Guirec réussit sa course, Jean-Luc Van Den Heede viendra certainement accueillir avec bonheur celui qui aura enfin réussi à vaincre son record.
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