Suite à la pandémie, la pauvreté se propage à travers le monde

Par Christine Modock
Le 10/08/2020
Dans les pays économiquement faibles, le critère de la pauvreté fait parfois référence à l’instinct de survie. (Image : Bixapro Trí Tuệ Vàng / Pixabay)
Dans les pays économiquement faibles, le critère de la pauvreté fait parfois référence à l’instinct de survie. (Image : Bixapro Trí Tuệ Vàng / Pixabay)
 

Le dictionnaire « Trésor de la langue française » définit la pauvreté comme étant « l’état, la condition d’une personne qui manque de ressources, de moyens matériels pour mener une vie décente »

Le Conseil européen de décembre 1984 apporte une autre définition et précise que « sont considérées comme pauvres  " les personnes dont les ressources (matérielles, culturelles et sociales) sont si faibles qu’elles sont exclues des modes de vie minimaux acceptables dans la société " ».

Cependant, d’un pays à l’autre, les critères de pauvreté diffèrent. Le niveau de croissance des pays développés est tel que la notion de pauvreté concerne les inégalités économiques entre individus dans une même région. En revanche, dans les pays économiquement moins développés, le critère de la pauvreté s’apparente à l’instinct de survie. Cette comparaison est édifiante, quand on sait qu’une personne seule est considérée comme pauvre en Europe, si elle perçoit moins de 1 015 euros par mois, alors que dans les pays pauvres, une récente estimation a évalué que plus de 10 % de la population mondiale vivait avec moins de 1,90 dollar par jour, soit environ 60€ par mois, et que cela concernerait 734 millions d'habitants.

L’arrivée du coronavirus, qui a plongé la quasi-totalité des pays du monde dans l’inactivité pendant 2 à 3 mois, devrait rajouter 10% de plus de la population mondiale dans une situation d’extrême pauvreté. Une situation qui se révèle être des plus critiques et attire l’attention de tous les pays du monde, mais surtout des organismes comme le FMI et de la Banque Mondiale qui ont financé la crise économique actuelle.

Le Covid-19 a fait basculer le monde dans la pauvreté

Le Coronavirus a déjà engendré de graves conséquences économiques pour l’ensemble de la planète. En effet, un nombre considérable d’entreprises, qui étaient déjà en situation de survie, se voient obligées de licencier leur personnel et de clôturer leur activité. Malgré les efforts constants des différents gouvernements pour limiter les fermetures d’entreprises, malgré la prise en charge des indemnités accordées aux employés et salariés à l’occasion du confinement, la situation économique mondiale se révèle être des plus alarmantes. Les pays développés souffrent d’un véritable manque d’oxygène aggravé par l’incertitude d’une seconde vague de propagation du virus.

Dans les pays économiquement moins développés, qu’en est-il de la crise sanitaire ? En Afrique, en Inde ou en Amérique du sud que se passe-t-il ? Les indicateurs laissent apparaître une situation catastrophique avec 1 million de personnes qui devraient disparaître pour cause de manque de subsistance. Il faut dire que ce virus provoque la mort, la maladie et le désespoir économique. Actuellement, la pauvreté s’accroit au niveau mondial, touchant près de 40 à 60 millions de personnes supplémentaires.

En effet, selon le rapport de l’Oxfam : « Le nombre de personnes au bord de la famine pourrait doubler en 2020 à cause de la pandémie du coronavirus »

 

Selon le rapport de l’Oxfam : « Le nombre de personnes au bord de la famine pourrait doubler en 2020 à cause du coronavirus ». (Image : Stephan Westphal / Pixabay)
Selon le rapport de l’Oxfam : « Le nombre de personnes au bord de la famine pourrait doubler en 2020 à cause du coronavirus ». (Image : Stephan Westphal / Pixabay)
 

Selon les analystes de la crise alimentaire cités dans le rapport de l’Oxam, le nombre de personnes en situation de famine avait déjà augmenté en 2019, passant de 113 à 135 millions de personnes. Ce chiffre alarmant devrait considérablement augmenter d’ici décembre 2020 et atteindre les 250 millions de personnes. L’économie indienne, celle de l’Afrique, du Moyen Orient, de l’Amérique du Sud et de l’Asie du sud, sont concernées par cette problématique.

Bien que l'Afrique subsaharienne soit moins touchée par le virus au niveau sanitaire, elle est la région la plus affectée en termes d'augmentation de l'extrême pauvreté. Il est prévu que 23 millions de personnes en Afrique subsaharienne et 16 millions en Asie du Sud, basculent dans la pauvreté extrême.

L’Oxfam évoque également un recul de 30 ans dans la lutte contre la pauvreté dans les pays à risque, tandis que dans les pays développés ce recul serait de 10 ans.

Jose Maria Vera, directeur par intérim d'Oxfam International, a déclaré : « Les retombées économiques dévastatrices de la pandémie se font ressentir partout dans le monde. Mais les populations des pays pauvres, qui peinent déjà à survivre avec des emplois précaires peu rémunérés, ne peuvent compter sur presque aucun filet de sécurité pour ne pas sombrer dans la pauvreté. »

Des inégalités criantes seraient hors de contrôle

La crise du Covid-19 met en exergue un grand nombre d’inégalités sociales, économiques, générationnelles, scolaires. Mais les inégalités sont plus criantes au niveau mondial.

On assiste maintenant à une paupérisation des populations issues autant des pays en voie de développement que des pays développés, qui sombrent pour les uns dans l’extrême pauvreté et pour une plus grande couche de la population, dans l’abîme de la pauvreté. Parallèlement, le constat d’un accroissement des richesses des plus fortunés, accentue les inégalités mondiales.

Les observateurs dénoncent les inégalités mondiales, entre une minorité d’ultra-riches et le reste de l’humanité. « Les femmes et les filles sont les premières à payer le prix de ce système économique injuste et défaillant. Dans ce constat, la France est loin d’être épargnée et s’engage elle-aussi sur la voie des inégalités croissantes. »

 

« La richesse des 1% les plus riches de la planète, correspond à la richesse de 90% de la production mondiale, soit 6,9 milliards de personnes » Oxfam. (Image : S K / Pixabay)
« La richesse des 1% les plus riches de la planète, correspond à la richesse de 90% de la production mondiale, soit 6,9 milliards de personnes » Oxfam. (Image : S K / Pixabay)
 

Nul doute que les « écarts de richesse donnent le vertige ». Et les chiffres énoncés en janvier 2020 seront inévitablement modifiés à la fin de cette année 2020 compte tenu des implications catastrophiques du Covid-19.

  • « La richesse des 1% les plus riches de la planète correspond à la richesse de 90 % de la population mondiale, soit 6,9 milliards de personnes.
  • Près de la moitié de la population mondiale, soit près de 3,8 milliards de personnes, vit toujours avec moins de 5 dollars par jour. Le rythme de réduction de la pauvreté s’est ralenti de moitié depuis 2013.
  • L’accaparement des richesses mondiales par une minorité se fait au détriment des plus vulnérables. »

Le FMI et la Banque Mondiale aident les pays pauvres, mais est-ce la meilleure solution ?

Beaucoup de pays riches ont développé des plans de relance économique de plusieurs milliards de dollars pour aider leurs entreprises à garder le cap. Mais dans les pays pauvres, le niveau de détresse économique déjà existant, n’a pas permis aux Etats de faire de même.

Depuis de nombreuses années, et plus particulièrement en ce début d’année 2020, avec la crise économique due au Covid-19, la Banque mondiale concentre son attention sur le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Inde pour tenter de prévenir la pauvreté sous toutes ses formes.

Mais, la pauvreté touche particulièrement les zones sujettes aux conflits et à la violence. Une dernière étude de la Banque mondiale estime que « l’extrême pauvreté augmente dans les pays où l’Etat et le contrat social sont fragiles, où les conflits persistent et où les niveaux de violence sont élevés ».

 

« L’extrême pauvreté augmente dans les pays où l’Etat et le contrat social sont fragiles, où les conflits persistent et où les niveaux de violence sont élevés », selon la Banque Mondiale. (Image : Михаил Мамонтов / Pixabay)
« L’extrême pauvreté augmente dans les pays où l’Etat et le contrat social sont fragiles, où les conflits persistent et où les niveaux de violence sont élevés », selon la Banque Mondiale. (Image : Михаил Мамонтов / Pixabay)
 

Face à ce constat, la Banque mondiale évoque dans son rapport les facteurs de décadence au niveau social et préconise que les Etats s’impliquent effectivement… « Nous devons nous attaquer de front aux situations de fragilité, de conflit et de violence, et nous consacrer à la rude tâche de soutenir le développement à chaque étape de ce processus…Il s’agit en premier lieu de remédier aux causes profondes de la fragilité et des conflits, comme les inégalités, l'exclusion et la corruption. En mettant l'accent sur des aspects tels que la transparence, la responsabilisation des pouvoirs publics, la justice et l'État de droit, il est possible d'éviter que les mécontentements se transforment en véritables crises ».

Mais, comment assurer la stabilité et la prospérité dans les zones à risque touchées par un conflit ? La tâche est ardue et demande l’implication de tous les pays…. Il semble maintenant qu’il n’y ait plus le choix…. La Banque Centrale, le FMI et la grande majorité des pays européens pensent qu’il faut s’attaquer de front et de toute urgence à ces situations.

Comment instaurer une paix durable dans les pays en conflits ? Comment répondre aux aspirations de ceux pour qui la situation de pauvreté devient chronique ?

Le Comité du développement qui s’est réuni virtuellement le 17 avril 2020, a mis en exergue toutes les difficultés rencontrées par l’ensemble des pays. Il a évoqué l’aide massive accordée aux pays économiquement faibles et la nécessité d’orienter leur développement sur les ressources qu’elles détiennent pour en faire une richesse à court et moyen terme. Certaines options ont été prévues : « Un plan directeur pour la reprise verte au Moyen-Orient et en Afrique du Nord », « le secret du succès de l’électricité en Côte d’Ivoire », « Mauritanie : le secteur de l’éducation comme moteur de l’éducation inclusive », « République du Congo : bataille culturelle contre le mariage précoce », etc. Autant d’orientations qui seraient porteuses d’emplois et d’espoir pour le développement des pays pauvres concernés.

Mais est-ce suffisant ? Arrivera-t-on à transmettre l’éducation du partage des richesses d’un pays pour le bien-être et l’augmentation du niveau de vie d’un peuple démuni ? La tâche est ardue et complexe, car elle nécessiterait un changement des mentalités et l’implication de chacun au processus de développement.