Depuis plus de mille ans, une petite baie rouge soigne, nourrit et ravit discrètement les Chinois. L’aubépine de Chine, ou Crataegus pinnatifida : connue sous le nom de shan zha (山楂) en médecine traditionnelle chinoise, possède une histoire aussi riche et complexe que la culture qui a découvert ses propriétés remarquables.
Un jeune garçon des montagnes découvre par hasard son pouvoir guérisseur. Une concubine impériale retrouve l’appétit grâce à sa saveur douce-amère. Les récits qui entourent ce fruit modeste révèlent la beauté de la sagesse ancestrale et son influence sur la vie quotidienne.
Vous avez peut-être déjà aperçu ces baies rouge vif enfilées sur des bâtonnets sur un marché chinois ou des tranches d’aubépine séchées dans une épicerie asiatique. Quoi qu’il en soit, ce fruit recèle bien des secrets.
Dans cet article, nous explorerons les légendes fascinantes qui entourent l’aubépine de Chine, ses bienfaits éprouvés par la médecine traditionnelle chinoise, les découvertes de la science moderne et trois recettes simples à réaliser chez vous.
La légende de l’aubépine chinoise (山楂)

Un garçon, une belle-mère et une baie de montagne
L’une des histoires les plus populaires concernant l’aubépine chinoise commence avec un riche homme d’affaires qui se remarie après le décès de sa première épouse.
Malheureusement, sa nouvelle femme nourrissait une profonde rancune envers son jeune fils issu d’un précédent mariage. Pendant que l’homme d’affaires voyageait pour affaires, la belle-mère ourdit un plan cruel. Elle commença à préparer les repas du garçon avec du riz à moitié cuit, espérant que cette nourriture indigeste le rendrait malade à petit feu. Semaine après semaine, la santé du garçon se détériora. Il devint pâle et maigre, et souffrait constamment de maux d’estomac.
Mais le destin en avait décidé autrement. Le garçon, envoyé travailler dans les montagnes, découvrit un arbre portant des grappes de petites baies rouge vif. Affamé et désespéré, il les mangea. Le fruit acidulé et légèrement sucré apaisa son estomac comme rien d’autre n’avait pu le faire. Jour après jour, il retourna à l’arbre et mangea les baies avec ses repas.
À la grande surprise de sa belle-mère, le garçon ne dépérit pas. Au contraire, ses joues reprirent des couleurs. Il retrouva ses forces. Sa digestion, jadis perturbée par le riz à moitié cuit, fut rétablie grâce aux petites baies rouges qu’il avait trouvées dans la nature.
Lorsque l’homme d’affaires rentra chez lui et apprit ce qui s’était passé, il s’intéressa vivement à ces baies aux vertus médicinales. Il les rapporta en ville, où elles devinrent rapidement prisées pour leurs remarquables propriétés digestives. Ces baies étaient, bien sûr, de l’aubépine de Chine, et cette légende est l’un des premiers récits expliquant comment le shan zha fit son entrée dans le monde de la médecine traditionnelle chinoise.
L’histoire d’amour des aubépines du Shandong

Dans la province du Shandong, où les aubépines poussent en abondance au pied des montagnes, le folklore local raconte une tout autre histoire, empreinte de romantisme.
Il y a longtemps, une belle jeune femme vivait avec sa famille au bord d’une rivière, au pied des montagnes. Plus en aval vivait un jeune homme bienveillant. Ils partageaient le même paysage, buvaient à la même source limpide et, tout naturellement, tombèrent amoureux. Mais la beauté de la jeune femme attira l’attention de la cour impériale, et un édit lui ordonna d’entrer au palais comme concubine.
Les amants furent anéantis. La jeune femme gagna du temps en déclarant qu’elle devait veiller cent jours sur la tombe de sa mère. Selon les versions, le récit varie. Mais dans chacune d’elles, l’aubépine symbolise l’amour éternel et la résistance silencieuse.
Aujourd’hui encore, les Chinois associent l’aubépine à l’amour et à la bonne fortune. Cet arbre est l’espèce indigène la plus connue de Pékin : il pousse à l’état sauvage dans les collines qui entourent la Cité interdite. Ses fleurs éclosent lors des mariages et des fêtes, porteuses de la vieille promesse du Shandong : l’amour, à l’image de l’aubépine, est éternel.
De la médecine royale à la gourmandise de rue : comment l’aubépine chinoise est devenue le tanghulu

Comment les baies d’aubépine ont sauvé une concubine impériale
L’histoire la plus célèbre de l’aubépine chinoise remonte sans doute à la dynastie Song du Sud (1127-1279) et à l’origine du tanghulu, cette confiserie emblématique à base d’aubépine.
L’empereur Song Guangzong avait une concubine impériale très chère, Huang Guifei. Un jour, elle tomba gravement malade. Elle refusait de manger et de boire, et les médecins du palais étaient impuissants à lui redonner l’appétit. Jour après jour, elle dépérissait, tandis que l’empereur était de plus en plus désespéré.
Finalement, on fit appel à un herboriste traditionnel. Après l’avoir examinée, il lui proposa un remède d’une simplicité surprenante : peler et évider des baies d’aubépine fraîches, les enrober de sucre candi cristallisé et en faire manger cinq à dix à la concubine avant chaque repas pendant une semaine.
À la stupéfaction générale, le remède fonctionna. Non seulement Huang Guifei apprécia ces friandises aigre-douces, mais son appétit revint en quelques jours. Elle retrouva ensuite des forces. Les cuisiniers du palais, ravis par ce remède, commencèrent à enfiler les baies sucrées sur des bâtonnets de bambou pour faciliter leur consommation.
La gourmandise emblématique de Pékin

La nouvelle de ce remède se répandit bien au-delà des murs du palais. Les vendeurs ambulants se mirent à reproduire la recette chinoise à base d’aubépine, et le bingtang hulu (冰糖葫芦), que nous appelons aujourd’hui tanghulu, était né. Ce qui avait commencé comme une prescription médicinale devint la friandise de rue adorée de tous les enfants pékinois. Les vendeurs la proposaient dans les ruelles des hutongs lors des froides journées d’hiver.
Aujourd’hui, le tanghulua conquis le monde entier, bien au-delà des frontières chinoises, et des créateurs culinaires partagent leurs propres versions. Mais au fond, cette gourmandise chinoise à base d’aubépine reste ce qu’elle a toujours été : un délicieux rappel que, dans la culture chinoise, la frontière entre alimentation et médecine a toujours été ténue.
L’aubépine en médecine traditionnelle chinoise

Qu’est-ce que le shan zha (山楂) ?
En médecine traditionnelle chinoise (MTC), la baie d’aubépine, ou shan zha, fait partie des plantes qui soulagent la stagnation digestive. Elle est un pilier de la phytothérapie chinoise depuis au moins 659 ap. J.-C., ce qui en fait l’un des remèdes digestifs les plus anciens de l’histoire.
Propriétés de l’aubépine en médecine traditionnelle chinoise (MTC) :
- Nature : Chaude
- Saveur : Acidulée, sucrée
- Organes cibles : Cœur, Foie, Rate, Estomac
- Catégorie : Plantes soulageant la stagnation alimentaire
- Action principale : Favorise la digestion, tonifie le sang
- Utilisation de l’aubépine en MTC pour la digestion
En MTC, l’aubépine est principalement utilisée pour soulager la stagnation alimentaire, notamment après des repas riches, gras ou copieux. Si vous avez déjà ressenti cette lourdeur désagréable après un repas copieux, un praticien de MTC pourrait vous recommander l’aubépine.
La célèbre formule Baohe Wan (Pilules pour préserver l’harmonie), mentionnée pour la première fois en 1481, contient de l’aubépine comme ingrédient principal. Depuis plus de cinq siècles, cette formule est l’un des remèdes digestifs les plus utilisés en médecine chinoise, prescrit pour les ballonnements, l’indigestion et le manque d’appétit.
Imaginez votre système digestif comme un feu qui décompose les aliments : l’aubépine contribue à maintenir ce feu allumé de façon constante. Elle ne force pas la digestion, mais la soutient, en la déclenchant en douceur lorsqu’elle est ralentie.
Soutien du cœur et de la circulation
Outre ses bienfaits sur la digestion, les praticiens de la médecine traditionnelle chinoise utilisent depuis longtemps l’aubépine pour stimuler la circulation sanguine et traiter la « stase sanguine », un état de ralentissement de la circulation. Cet usage traditionnel pour la santé cardiovasculaire, comme nous le verrons, a suscité l’intérêt des chercheurs modernes.
La science moderne confirme les bienfaits de l’aubépine chinoise

Que disent les recherches sur les bienfaits de l’aubépine ?
La science moderne commence à confirmer les observations des guérisseurs chinois il y a des siècles. L’aubépine chinoise (Crataegus pinnatifida)est aujourd’hui l’une des plantes médicinales traditionnelles les plus étudiées pour la santé cardiovasculaire et métabolique.
1- Santé cardiovasculaire
Une revue systématique a révélé que l’aubépine est présente dans plus de 50 % des préparations de médecine traditionnelle chinoise approuvées pour le traitement de l’hypercholestérolémie. Cela en fait la plante médicinale traditionnelle chinoise la plus utilisée pour l’hyperlipidémie. Une autre étude, menée en 2020, a montré que les compléments alimentaires à base d’aubépine réduisaient la pression artérielle chez les personnes souffrant de préhypertension ou d’hypertension de stade 1.
2- Riche en composés protecteurs
Les feuilles, les fruits et les graines d’aubépine contiennent des flavonoïdes, des acides triterpéniques et des sesquiterpènes. Ces polyphénols sont de puissants antioxydants qui contribuent à protéger les cellules des dommages oxydatifs.
3- Soutien digestif et métabolique
Une revue exhaustive a examiné les effets de l’aubépine chinoise sur le syndrome métabolique. Des chercheurs ont trouvé des preuves prometteuses de son rôle dans le maintien d’un taux de cholestérol sain et la régulation de la glycémie.
Mise en garde
Bien que l’aubépine chinoise soit reconnue depuis longtemps pour son innocuité , il est important de l’utiliser avec la même prudence que n’importe quel autre remède. Selon le Memorial Sloan Kettering Cancer Center, les effets indésirables sont rares, les étourdissements légers étant l’effet secondaire le plus fréquemment rapporté. Des doses allant jusqu’à 1 800 mg par jour pendant 16 semaines maximum sont considérées comme sûres pour la plupart des gens.
Cela dit, l’aubépine ne remplace pas un traitement médical. Si vous souffrez d’une maladie cardiaque, d’hypertension ou si vous prenez des médicaments, consultez votre médecin avant d’intégrer l’aubépine à votre routine. Mieux vaut être bien informé.
Trois recettes faciles à base d’aubépine chinoise à essayer chez soi

1. Boisson aigre-douce à l’aubépine (boisson estivale classique)
Cette boisson rafraîchissante à l’aubépine chinoise est un incontournable des foyers depuis des générations. L’association de l’aubépine et des prunes noires crée une saveur aigre-douce parfaitement équilibrée, idéale par temps chaud.
Ingrédients :
- 200 g d’aubépine séchée
- 50 g de prunes noires séchées (wu mei)
- 3 cuillères à café de sucre roux (ajuster selon votre goût)
- 1 litre d’eau
Préparation :
- Faites tremper l’aubépine séchée dans de l’eau froide pendant 30 minutes.
- Rincez-la deux fois pour éliminer toute trace de terre ou de résidus.
- Portez 1 litre d’eau à ébullition dans une casserole.
- Ajoutez l’aubépine et les prunes noires.
- Baissez le feu et laissez mijoter pendant une heure, afin que les saveurs se développent pleinement.
- Incorporez le sucre roux en remuant jusqu’à dissolution complète.
- Filtrez, mettez au réfrigérateur et servez frais.
Cette boisson est particulièrement appréciée pendant l’été en Chine. L’acidité de l’aubépine stimule naturellement l’appétit et facilite la digestion, conformément aux principes de la médecine traditionnelle chinoise.
2. Tisane d’aubépine (山楂茶) : un bienfait quotidien en toute simplicité
Pour une boisson légère et facile à préparer au quotidien, la tisane d’aubépine est idéale : rapide à préparer et parfaite après un repas.
Ingrédients :
- 10 à 15 tranches d’aubépine séchées
- 500 ml d’eau chaude
- Miel (facultatif)
Préparation :
- Rincez brièvement les tranches d’aubépine séchées à l’eau.
- Placez-les dans une théière ou une grande tasse.
- Versez 500 ml d’eau bouillante sur les tranches.
- Laissez infuser 10 à 15 minutes, jusqu’à ce que l’eau prenne une belle couleur ambrée.
- Ajoutez du miel si vous le souhaitez, mais beaucoup l’apprécient nature.
- Buvez cette tisane après les repas pour faciliter la digestion. Sa légère acidité éveille les papilles et aide l’estomac à digérer les aliments plus riches – une pratique ancestrale des familles chinoises.
3. Tanghulu maison (冰糖葫芦) : un remède impérial devenu gourmandise

Apportez un morceau d’histoire de la dynastie Song dans votre cuisine avec cette recette simple de baies d’aubépine confites sur bâtonnet.
Ingrédients :
- 20 baies d’aubépine fraîches (ou de grosses baies séchées, réhydratées)
- 200 g de sucre blanc
- 50 ml d’eau
- Une cuillère à soupe de sirop de maïs (pour éviter la cristallisation)
- Brochettes en bambou
Préparation :
- Lavez les baies d’aubépine et séchez-les. Retirez les tiges et, si vous le souhaitez, retirez le cœur.
- Enfilez trois à cinq baies sur chaque brochette en bambou.
- Mélangez le sucre, le sirop de maïs et l’eau dans une petite casserole. Remuez jusqu’à ce que le mélange soit homogène.
- Portez à ébullition à feu moyen, puis baissez le feu et laissez mijoter doucement.
- Ne remuez plus une fois à ébullition. Surveillez le sucre jusqu’à ce qu’il prenne une couleur dorée claire et que la vapeur cesse de s’échapper : cela signifie que l’eau s’est évaporée et que les bonbons sont prêts.
- Travaillez rapidement, trempez chaque brochette dans le sucre chaud en la faisant tourner pour bien l’enrober.
- Déposez sur du papier sulfurisé ou une surface légèrement huilée et laissez durcir (environ 30 secondes).
La coque du bonbon doit être fine, translucide et craquer agréablement sous la dent. Ce contraste – le croquant sucré de l’enrobage et l’éclat acidulé de l’aubépine chinoise à l’intérieur – est ce qui rend les tanghulu irrésistibles depuis près de mille ans.
Comment choisir et conserver l’aubépine chinoise

L’aubépine fraîche est disponible en automne dans les épiceries asiatiques et sur certains marchés de producteurs. Choisissez des baies fermes, d’un rouge vif, sans taches molles ni rides. Les baies fraîches se conservent jusqu’à deux semaines au réfrigérateur.
Les tranches et les baies entières d’aubépine séchées sont disponibles toute l’année dans les épiceries asiatiques et en ligne. Elles doivent être d’un brun rougeâtre foncé et avoir un arôme légèrement acidulé. Conservez-les dans un récipient hermétique, dans un endroit frais et sec, où elles se conserveront jusqu’à un an. Lors de vos achats, vous trouverez peut-être l’aubépine sous les appellations shan zha, shanzaou encore par son nom botanique, Crataegus pinnatifida. Il s’agit du même fruit.
L’aubépine de Chine : une baie à connaître

De la faim tenace d’un jeune garçon des montagnes à la perte d’appétit d’une concubine impériale, l’aubépine de Chine a discrètement prouvé ses bienfaits depuis plus de mille ans.
Ce que la médecine traditionnelle chinoise savait déjà il y a des siècles : c’est-à-dire que cette petite baie acidulée favorise la digestion, nourrit le cœur et tonifie le corps, est aujourd’hui confirmé par la recherche moderne.
La beauté du shan zha réside dans sa simplicité. Nul besoin de compléments coûteux ni de préparations compliquées. Une tasse de tisane d’aubépine après le dîner. Une boisson estivale rafraîchissante à partager en famille. Un bâtonnet de tanghulufait maison qui vous relie à une tradition remontant à la dynastie Song. Ces petites habitudes régulières permettent à la sagesse ancestrale de s’intégrer à la vie moderne.
Essayez l’une de ces recettes à base d’aubépine chinoise cette semaine. Votre estomac, et peut-être aussi votre émerveillement, vous en remercieront.
Rédacteur Charlotte Clémence
Source : Chinese Hawthorn: Legend, Health Benefits and 3 Easy Recipes
www.nspirement.com
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