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Culture. La gare de Limoges-Bénédictines, quand l’emblème d’une ville devient un joyau du patrimoine

FRANCE > Culture

Connaissez-vous la gare de Limoges-Bénédictins et savez-vous pourquoi les Limougeauds vouent une admiration sans borne à ce symbole de leur patrimoine ferroviaire ? Notre propos du jour consiste à évoquer l’histoire et l’impact d’un édifice remarquable à plus d’un titre.

Une première gare mise en service

L’histoire de la gare de Limoges-Bénédictins commence au XIXe siècle. Elle correspond au développement du chemin de fer et à l’expansion de la ville de Limoges, capitale du Limousin.

Un bâtiment constitué de planches fut d’abord construit sur le site d’un ancien monastère bénédictin datant du Xe siècle fermé après la Révolution, d’où le nom attribué. Les lieux donneront place au chemin de fer actuel. Le premier train en direction de Limoges est mis en service en 1856. Cette gare s’avérera trop exigüe et insalubre, donnant une image peu reluisante de la ville.

Construction d’une seconde gare inaugurée en 1929

C’est l’architecte Roger Gothier qui est chargé de mettre en œuvre le projet d’une nouvelle gare. Il imagine un bâtiment monumental en surélévation qui est construit au-dessus des voies ferrées, une conception sur pilotis des plus inédites. 

Après 16 années d’étude, les travaux démarrent en 1924 avec une inauguration finale le 2 juillet 1929. Dès l’abord, les réactions, loin de faire l’unanimité ne sont que moqueries et quolibets. Elles rappellent l’accueil réservé à la tour Eiffel lorsqu’elle fut découverte par le public. Les étudiants de l’époque ont inventé le poème suivant à ce propos :

Quand on observ’ ce monument,
En l’détaillant soigneusement,
On s’aperçoit ma chère,
Qu’on l’a bien loupé.
Il est mastoc et trop épais,
on dirait un immens’ pâté
De sable et puis de pierre.
La verrière en haut,
Vraiment peut-on trouver ça beau :
On dirait la boss’ d’un chameau.

Quant au journaliste et écrivain André Thérive, en 1926, avant la fin des travaux il écrivait dans le journal Le Limousin : « Gare cyclopéenne, à la mode de 1910 et bâtie vingt ans trop tard, avec beffrois et nefs pachydermiques, rampes praticables, escaliers, passages souterrains, à l’instar de ce qui est le plus laid en France. »

La gare de Limoges-Bénédictines, quand l’emblème d’une ville devient un joyau du patrimoine
La particularité du dôme est d’être décoré à l’intérieur de cariatides, ces statues de femmes grecques allégoriques. (Image : wikimedia / Babsy / CC-BY-3.0)

 Le dôme de la gare de Limoges-Bénédictins : une conception grandiose

Le dôme de la gare de Limoges, son campanile, ses vitraux passent pour les éléments les plus emblématiques de la gare de Limoges-Bénédictins. Le dôme mesure 33 mètres de diamètre pour une hauteur de 31 mètres. Sa particularité est d’être décoré à l’intérieur de cariatides, ces statues de femmes grecques allégoriques. Les sculptures ont été réalisées par Henri-Frédéric Varenne. L’intérieur de la gare de Limoges représente les quatre provinces françaises qui étaient desservies par la compagnie du chemin de fer Paris-Orléans.

Les feuilles de châtaignes visibles tiennent lieu d’emblèmes du Limousin tandis que les coquillages et les poisons évoquent la Bretagne par exemple. Ce langage allégorique souligne l’identité régionale correspondant au réseau ferroviaire du moment.

La gare de Limoges-Bénédictines, quand l’emblème d’une ville devient un joyau du patrimoine
Le terme campanile désigne une tour indépendante construite à côté d’une église, d’une cathédrale, et par extension d’un édifice public. Rappelons que la gare de Limoges-Bénédictins est souvent considérée comme une gare-cathédrale. (Image : Capture d’écran / Youtube)

Un campanile qui domine la ville à perte de vue

Qu’est-ce qu’un campanile ? Le terme désigne une tour indépendante construite à côté d’une église, d’une cathédrale, et par extension d’un édifice public. Rappelons que la gare de Limoges-Bénédictins est souvent considérée comme une gare-cathédrale.

Jadis décrié lors de l’inauguration, affublé de tous les noms à cause de son gigantisme, le campanile de la gare culmine à une hauteur de 67 mètres et surplombant le dôme de 33 mètres. Ce campanile par sa hauteur occupe un point stratégique. Il peut être vu de tous les points de la ville. Il est parfois appelé phare. Sa conception fut réalisée par l’architecte Roger Gonthier. L’intérieur comprend plusieurs étages mais les visites sont rares afin de préserver la sécurité. En effet, l’accès au public n’est pas autorisé.

La gare de Limoges-Bénédictines, quand l’emblème d’une ville devient un joyau du patrimoine
Les vitraux occupent une superficie globale de 775 m2 notamment dans la vaste salle des pas perdus. (Image : Capture d’écran / Youtube)

Les vitraux : magie et harmonie des couleurs

Terminons notre présentation de la gare de Limoges-Bénédictins par les vitraux, élément emblématique du site lui aussi. Ils occupent une superficie globale de 775 m2 notamment dans la vaste salle des pas perdus. C’est le maître- verrier Francis Chigot, originaire de Limoges qui réalise les verrières de la gare en 1927-1928. Les vitraux se présentent sous la forme de divers feuillages et végétaux, en particulier les châtaignes, évoquant le Limousin.

Sur le site de l’association Francis Chigot, nous pouvons lire qu’il s’agit d’une œuvre « reconnue en France et dans le monde » où les verrières diffusaient « une lumière douce et légère grâce à la coloration des verres imprimés en jaune et brun ». Les visiteurs soulignent souvent combien la magie du verre et des couleurs opèrent. Serait-ce dû aux secrets de l’Art déco utilisé ?

La plus belle gare de France ?

Il existe une relation très étroite entre les habitants de Limoges et leur gare. La construction propre à un véritable chef- d’œuvre a su allier divers matériaux : le métal, la pierre, le béton armé. La diversité des styles classiques et Art déco n’est pas en reste.

Plus qu’un édifice, la gare de Limoges-Bénédictins s’est avérée un joyau du patrimoine dont les Limougeauds reconnaissent volontiers la valeur. En1999, la gare a reçu le label du Patrimoine du XXe siècle. En 1975, elle avait obtenu le titre de « Monument historique ». Souvent considérée comme la plus belle gare de France, la gare de Limoges-Bénédictins compte sans doute parmi les plus emblématiques.

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