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Monde. Pourquoi la visite de Marco Rubio en Ouzbékistan pourrait être importante pour la stratégie américaine en Asie centrale ?

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Suite à la visite du secrétaire d’État américain Marco Rubio en Ouzbékistan, le Dr Waiel Awwad examine la nouvelle offensive de Washington pour étendre son influence, sécuriser ses ressources minérales critiques et renforcer ses liens économiques dans une région située entre la Russie et la Chine.

Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a effectué une visite diplomatique en Ouzbékistan du 18 au 20 octobre afin de renforcer les liens économiques et stratégiques avec les pays d’Asie centrale. Cette visite a abouti à la signature d’accords économiques américano-ouzbeks d’une valeur de 12 milliards de dollars et à la proposition de projets.

L’Ouzbékistan est également devenu, lundi 20 octobre, le 77ème pays à signer les accords Artemis avec l’administration Trump. Ces accords constituent un cadre international, sous l’égide des États-Unis, pour une exploration spatiale pacifique et responsable. Ils ont été signés par M. Rubio et le ministre ouzbek des Affaires étrangères, Bakhtiyor Saidov.

Lundi, à Samarcande, Marco Rubio a rencontré ses homologues de cinq pays d’Asie centrale : l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et le Turkménistan. Selon Reuters, les responsables américains y voyaient une occasion de renforcer leur influence culturelle dans la région.

« Écoutez, c’est de la concurrence », a déclaré M. Rubio aux journalistes après une promenade sur la place du Registan, où se dressent trois immenses médersas aux faïences bleues datant de l’empire timouride. « Nous avons des produits, nous avons des entreprises, elles fabriquent des choses, et nous voulons simplement une concurrence loyale et des opportunités.»

La journaliste de Vision Times, Venus Upadhayaya, a évoqué la récente visite de Marco Rubio en Asie centrale avec le Dr Waiel Awwad, journaliste international et analyste politique d’origine syrienne. Il a travaillé pour plusieurs grands médias internationaux, notamment pour la chaîne Al Arabiya et au Middle East Broadcasting Center (MBC).

Le Dr Awwad a présenté ce voyage comme une initiative « renouvelée » des États-Unis visant à renforcer leurs intérêts stratégiques dans une région géopolitiquement enclavée entre la Russie et la Chine.

Venus Upadhayaya (V U) : Comment analysez-vous la récente visite de Marco Rubio en Ouzbékistan et qu’est-ce qu’elle révèle de la politique américaine en Asie centrale ?

Dr Waiel Awwad (Dr. W A) : Les États-Unis lorgnent sur les pays de la CEI depuis des décennies. En réalité, même la guerre en Afghanistan s’inscrivait dans la stratégie américaine d’accéder à la CEI et d’utiliser des corridors pour le transport du pétrole et du gaz de ces pays riches.

Rappelons que l’intérêt américain pour l’Asie centrale ne date pas de la visite de Marco Rubio. Il remonte aux années 1990, lorsque Washington cherchait déjà à développer des corridors énergétiques destinés à relier le pétrole et le gaz de la mer Caspienne aux marchés mondiaux, tout en réduisant la dépendance aux routes contrôlées par la Russie et en évitant l’Iran. Le projet d’oléoduc Unocal traversant l’Afghanistan faisait partie intégrante de ce contexte stratégique et commercial.

Après 2001, la guerre a conféré une nouvelle dimension militaire et logistique à la présence américaine, tandis que les initiatives de transport qui ont suivi ont démontré l’importance stratégique plus large de la connectivité régionale. Il convient toutefois de ne pas affirmer que les oléoducs et gazoducs sont la seule cause de l’invasion ; les raisons publiquement documentées de la guerre étaient liées à Al-Qaïda et au refuge que lui offraient les talibans.

Ainsi, l’engagement de Marco Rubio ne constitue pas une nouvelle découverte américaine de l’Asie centrale. Il représente un effort renouvelé pour sécuriser l’accès commercial, diversifier les approvisionnements en minéraux critiques, développer les corridors de transport et maintenir une présence stratégique dans une région où la Russie et la Chine ont déjà des intérêts considérables. Ce qui a changé, ce n’est pas l’intérêt de Washington pour l’Asie centrale, mais l’intensité de la concurrence et l’importance des minéraux critiques au même titre que le pétrole, le gaz et les voies de transit.

V U : Les minéraux critiques sont devenus une priorité de la coopération entre les États-Unis et l’Ouzbékistan. Quelles conséquences cela pourrait-il avoir en Asie centrale au cours des cinq prochaines années ?

Dr. W A : Je vois les minéraux critiques devenir l’un des piliers de l’engagement américain en Asie centrale au cours des cinq prochaines années. La concurrence ne se limite pas à l’extraction minière ; il s’agit de contrôler une plus grande partie de la chaîne d’approvisionnement, de l’exploration et l’exploitation minière au traitement, au raffinage et à la fabrication de pointe.

L’Ouzbékistan et ses voisins possèdent des gisements de minéraux potentiellement importants pour les industries des batteries, de l’électronique, des énergies renouvelables, de l’aérospatiale et de la défense. Pour Washington, développer des sources d’approvisionnement alternatives est aussi un moyen de réduire les vulnérabilités liées à la concentration des réseaux mondiaux de transformation et d’approvisionnement.

Mais l’issue dépendra de la volonté des entreprises américaines d’investir à long terme dans les infrastructures, le transfert de technologies et la transformation locale, plutôt que de se contenter de sécuriser l’accès aux matières premières. Les gouvernements d’Asie centrale souhaiteront créer des emplois, favoriser le développement industriel, acquérir une expertise technique et obtenir une part plus importante de la valeur générée par leurs ressources.

Au cours des cinq prochaines années, je prévois une concurrence accrue entre les investisseurs américains, chinois, européens, russes et autres. L’Ouzbékistan pourrait devenir une plaque tournante importante, mais le potentiel géologique à lui seul ne garantit pas le succès commercial. La disponibilité de l’eau et de l’énergie, les infrastructures de transport, la prévisibilité réglementaire et les normes environnementales seront autant d’éléments déterminants.

La véritable question est de savoir si l’Asie centrale restera un fournisseur de matières premières ou deviendra un centre de transformation et d’industries à plus forte valeur ajoutée. Cette distinction déterminera l’ampleur des retombées économiques durables que la région tirera de la course aux minéraux critiques.

V U : Marco Rubio était accompagné de plus de 100 entreprises américaines et d’environ 200 dirigeants d’entreprises. Qu’en pensez-vous ?

Dr. W A : C’est un signal fort. Washington souhaite faire évoluer sa relation avec l’Asie centrale au-delà de la diplomatie et de la sécurité pour s’engager dans un dialogue commercial à long terme. L’importance de cette délégation d’entreprises suggère que les États-Unis perçoivent des opportunités dans les minéraux critiques, l’énergie, l’aviation, l’agriculture, les technologies et les infrastructures de transport. Les discussions C5+1 d’octobre 2026 ont également mis en lumière le corridor commercial transcaspien et la coopération industrielle.

Washington souhaite que ses entreprises deviennent des acteurs économiques de long terme en Asie centrale. Les pays de la région devraient accueillir favorablement les investissements authentiques, mais évaluer chaque proposition en fonction de sa viabilité commerciale, de ses retombées locales, du transfert de technologie et de sa capacité à renforcer leurs propres capacités de production.

L’objectif ne devrait pas être de remplacer une dépendance extérieure par une autre, mais d’offrir davantage de choix.

V U : Lors de son voyage, Rubio a déclaré que les États-Unis ne demandaient pas à l’Asie centrale de choisir entre les puissances. Est-ce réaliste, ou Washington cherche-t-il à imposer un discours ?

 Dr. W A: Ce discours peut séduire les gouvernements de la région, mais sa crédibilité dépendra du comportement américain. Si Washington respecte leurs choix et propose des partenariats commercialement attractifs, son message aura du poids. Si la coopération économique est conditionnée par un alignement politique, la promesse d’un choix stratégique sera plus difficile à tenir.

La réponse de l’Asie centrale devrait être pragmatique : coopérer avec Washington, maintenir des relations avec Moscou et Pékin, et développer des partenariats avec l’Europe, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et d’autres économies intéressées.

Pour ces pays, l’autonomie stratégique ne consiste pas à rester à égale distance de toutes les puissances. Il s’agit de conserver la liberté de prendre des décisions en fonction de leurs intérêts nationaux.

V U : Selon de précédentes informations, Donald Trump prévoit de se rendre en Ouzbékistan (comme l’a mentionné Paolo Zampolli, alors envoyé spécial des États-Unis pour les partenariats mondiaux, au début du mois). Pourquoi l’Asie centrale suscite-t-elle autant d’attention, et pourquoi une éventuelle visite de Trump en Ouzbékistan est-elle significative ?

Dr. W A: L’Asie centrale attire l’attention car plusieurs facteurs stratégiques convergent. Riche en ressources naturelles, elle occupe une position centrale entre l’Europe et l’Asie et joue un rôle de plus en plus important dans la diversification des chaînes d’approvisionnement en énergie et en minéraux. Ses corridors de transport peuvent relier les marchés de la région caspienne, tandis que ses économies en croissance offrent des opportunités dans les infrastructures, l’agriculture, l’industrie et la technologie.

La région partage également des frontières avec la Russie, la Chine, l’Afghanistan et l’Iran, ce qui la place au carrefour de plusieurs enjeux majeurs de sécurité et d’économie. Pour Washington, l’engagement avec l’Asie centrale dépasse donc le simple cadre du commerce bilatéral : il concerne l’équilibre des influences à travers l’Eurasie.

Enfin, l’Asie centrale ne souhaite pas troquer une sphère d’influence contre une autre. Elle aspire à des investissements sans dépendance, à des partenariats sans subordination politique et à une croissance économique sans être contrainte de choisir un camp. La puissance qui comprendra cela sera capable de bâtir la relation la plus durable avec la région.

Rédacteur Charlotte Clémence

Source : Exclusive Interview: Analyst on Why Rubio’s Uzbekistan Visit Matters for US Strategy in Central Asia

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