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Histoire. La vie légendaire du grand général Han Xin (5/5)

CHINE ANCIENNE > Histoire

Les histoires de la vie de Han Xin sont des classiques de la culture traditionnelle chinoise

Il a existé un héros exceptionnel en Chine : Xiao He (萧何) l’a salué comme étant « le héros le plus talentueux du pays », Liu Bang (刘邦) l’a loué en tant qu’« homme pouvant contrôler plus d’un million de troupes et être assuré du succès dans une bataille ». Pendant les dynasties Chu (楚) et Han (漢朝), les gens l’ont qualifié d’« homme de grand mérite, sans égal dans le monde ». Il a été considéré comme « un soldat immortel » et « un maréchal des dieux ». Il s’agit de Han Xin (韓信 : aux environs de 231—196 av. J.-C.). Toutes les histoires relatives à sa vie sont considérées comme des classiques de la culture traditionnelle chinoise.

Tout au long de sa vie, il a su mettre en avant l’endurance, une loyauté indéfectible et une grande compassion. Voici seulement quelques récits liés, à sa vie légendaire, qui reste une source d’inspiration.

La stratégie qui consiste à mettre en place une bataille mortelle

Il s’agit d’une stratégie qui provient de la bataille de Jingxing, contre l’armée du royaume de Zhao. Au cours de cette bataille, le général Han Xin avait mis en place une formation militaire positionnée dos à une grande rivière. Son armée était placée dans une situation où elle ne pouvait pas battre en retraite et devait guerroyer jusqu’à « son dernier souffle ». Placés dans la situation de tuer ou d’être tués, les soldats ont avancé avec courage et détermination et ont pu gagner cette bataille.

La vie légendaire du grand général Han Xin
Xiang Yu du royaume de Chu et son épouse favorite Yu Ji. Après plusieurs batailles et stratégies de Han Xin, l’armée Han a finalement vaincu l’armée de Chu. Mais les pertes ont été très lourdes. (Image : wikimedia / Qing dynasty / Domaine publique & ShangGuan Zhou / Domaine publique)

La guerre contre le royaume de Chu et l’embuscade sur dix côtés

Il s’agit de la stratégie mise en place par le général Han Xin pour encercler et détruire Xiang Yu (232–202 av. J.-C.), général du royaume de Chu, qui avait mis fin à l’hégémonie de la dynastie Qin.

En 202 av. J.-C., à la fin de la période troublée qui se situe entre la fin de la dynastie Qin et le début de la dynastie Han (206–202 av. J.-C.), les royaumes Chu et Han se sont battus de manière décisive à Gaixia. À cette époque, l’armée Han comptait environ 700 000 à 800 000 hommes et il restait 100 000 hommes à Xiang Yu. Han Xin a mené une armée de 300 000 hommes sur la ligne de front pour rencontrer l’armée Chu. Après plusieurs batailles et stratégies de Han Xin, l’armée Han a finalement vaincu l’armée Chu. Mais les pertes ont été également très lourdes.

Parmi les stratégies employées par le général Han Xin, l’une des plus célèbres a été mise en place afin de briser le moral de l’armée Chu. Cette dernière était prise au piège au fond d’un canyon, Han Xin a ordonné à l’armée du royaume de Han de chanter des chansons du royaume de Chu. Lorsque Xiang Yu et ses soldats ont entendu les chants de Chu sur tous les fronts, ils ont été remplis de nostalgie. Mais, ils ont surtout pensé que l’armée de Han avait complètement pris le contrôle de la terre de Chu : au point qu’il y avait tellement de « soldats Chu chantant les chansons de Chu » dans l’armée de Han. Dans cette optique, ils n’ont plus voulu se battre contre les Han.

Xiang Yu s’est levé dans la nuit et est allé dans sa tente pour boire. Il a chanté et écrit un poème de son cru, disant : « Ma force peut soulever des montagnes et mon courage est hors pair. Mais le temps céleste est défavorable et mon cheval Wuzhui ne court pas. Que dois-je faire ? Yu Ji, Yu Ji, que dois-je faire de toi ? » Il l’a chanté encore et encore, et Yu Ji, sa fidèle épouse qu’il emmenait partout avec lui, a chanté ce poème avec lui. Après que Xiang Yu est sorti du siège avec 800 hommes, Yu Ji s’est suicidée et l’armée de Chu s’est effondrée.

Mais Xiang Yu, qui avait brisé le siège, était toujours courageux et puissant. Il a tué plus d’une centaine de soldats Han à lui seul. À la rivière Wu, Xiang Yu, qui avait subi de lourdes pertes et n’avait pas le courage de retourner à Chu pour faire face à son peuple, a choisi de se suicider.

La vie légendaire du grand général Han Xin
Han Xin avait su rembourser la gentillesse d’un repas, par mille pièces d’or, et répondre à une humiliation qui lui avait été infligée par la vertu : comment aurait-il pu conspirer contre l’empereur après avoir unifié la Chine ? (Image : wikimedia / Shizhao / CC BY-SA 3.0)

Faire semblant de partir à la chasse à Yunmeng

Han Xin était un héros qui avait participé à la fondation de la dynastie Han. Il avait été établi dans le royaume de Chu, en tant que roi. Mais Liu Bang, devenu l’empereur Han Gaozu, a tenté de supprimer son titre de noblesse en l’accusant de « conspiration contre l’empereur ».

Au douzième mois de la sixième année du règne de Han Gaozu (201 av. J.-C.), celui-ci dit soudain à ses généraux : « Quelqu’un a accusé Han Xin de trahison, que pensez-vous qu’il faille faire ? » Les généraux, qui étaient tous courageux, mais pas ingénieux, ont crié : « Pourquoi ne pas envoyer les troupes et tuer cette personne ? ». L’empereur Gaozu, sachant qu’il n’avait pas d’excuses pour le faire, est resté silencieux pendant un long moment avant de demander conseil à Chen Ping.

Chen Ping était connu pour être un bon stratège. Dès que L’empereur a commencé à parler, il a su que Han Xin n’était pas coupable. Après avoir confirmé ses soupçons, il a dit à l’empereur Gaozu : « L’armée de Votre Majesté n’est pas aussi élitiste que celle de Han Xin. Il n’y a pas non plus de généraux qui surpassent Han Xin. Mettre en place une attaque pour forcer Han Xin à combattre serait une chose dangereuse pour Votre Majesté ». Il a conçu un plan pour que l’empereur fasse semblant de partir à la chasse à Yunmeng dans le Hubei et ordonné aux seigneurs de le rencontrer à Chenzhou dans le Henan. Chenzhou était à la frontière du royaume de Chu. Ainsi, il pourrait facilement arrêter Han Xin s’il venait.

L’empereur Gaozu a volontiers adopté le plan de Chen Ping et envoyé un émissaire à Chu, dire à Han Xin de le retrouver à Chenzhou. Han Xin, confiant, est allé le rencontrer en personne. Dès qu’ils se sont retrouvés, l’empereur a ordonné à ses guerriers de capturer Han Xin. Ils l’ont assommé et emprisonné.

Maintenant qu’il avait atteint son objectif, l’empereur Gaozu n’avait plus besoin d’aller chasser à Yunmeng. Il est immédiatement rentré à la cour. Ce n’est qu’à ce moment-là que Han Xin s’est rendu compte que Liu Bang était venu pour l’arrêter. Il a dit : « Comme on dit, ’Quand un lapin rusé meurt, un bon chien est cuit, quand un oiseau volant est battu, un bon arc est caché, quand un pays ennemi est brisé, un bon ministre est tué’. La dynastie a été bien installée, alors je vais certainement être cuit ! »

Lorsque l’empereur a entendu cela, il a rougi et n’a pas su comment rétorquer avant de bredouiller, après un long moment : « Quelqu’un vous a accusé de conspiration. »

L’empereur Gaozu savait que l’arrestation d’un héros fondateur sans raison substantielle ne convaincrait pas le public. Alors, une fois de retour à Luoyang, il a gracié tout le monde et en a profité pour libérer Han Xin. Mais il ne l’a pas laissé retourner au royaume de Chu. Au contraire, il l’a relégué au rang de marquis de Huaiyin, l’obligeant à vivre dans la capitale. Il n’était pas autorisé à retourner dans son fief, et d’avoir une armée. Il a placé Han Xin en résidence surveillée.

La vie légendaire du grand général Han Xin
Le général Han Xin a pu se construire une grande carrière grâce à la recommandation de Xiao He à Liu Bang. Mais il est également mort à cause de la trahison de Xiao He. (Image : wikimedia / Yosa Buson (1716-1784) / Domaine publique)

Xiao He à l’origine du succès et de l’échec du général Han Xin

Han Xin a pu se construire une grande carrière grâce à la recommandation de Xiao He à Liu Bang, mais il est également mort à cause de la trahison de Xiao He.

En 196 av. J.-C., le ministre du royaume de Dai, Chen Xi, s’est rebellé et Liu Bang est parti le combattre. Un jour, l’impératrice Lu a convoqué Xiao He au palais. Elle lui a raconté que Han Xin complotait avec le ministre Chen, afin de la tuer et de tuer le prince. Elle a ordonné à Xiao He de piéger Han Xin dans le palais de Changle et de le tuer.

Quand Xiao He a entendu l’ordre, il en a été très troublé. Il connaissait suffisamment bien Han Xin qui avait su rembourser la gentillesse d’un repas, par mille pièces d’or, et qui avait pu répondre à une humiliation qui lui avait été infligée par la vertu. Dans le passé, lorsque Han Xin dirigeait l’armée pour pacifier Qi, le pouvoir était entre les mains de Han Xin. Il lui aurait été facile de comploter contre Liu Bang, à ce moment-là. De plus, Han Xin disait souvent que la trahison était de mauvaise augure. Il n’avait jamais manifesté l’intention de partager le pouvoir et de diriger la Chine avec Liu Bang. Comment aurait-il pu conspirer contre l’impératrice après avoir unifié la Chine ?

Au début de la dynastie Han, Han Xin a été couronné roi de Chu. Il avait installé ses troupes dans sa ville natale de Chu. S’il voulait fomenter une rébellion, pourquoi ne s’est-il pas lié, à l’époque, au roi Ying Bu de Huainan et au roi Peng Yue de Liang ? Mais maintenant, après avoir vécu six ans en résidence surveillée à Chang’an, voilà qu’il prétendait être malade pour ne pas se présenter au palais, et qu’il conspirait avec un général médiocre d’un territoire lointain pour soulever une rébellion ? Cela prouvait seulement que les explications de l’Impératrice Lu n’avaient aucun sens.

Cependant, à ce stade, Xiao He n’a pas réussi à défendre Han Xin. Il savait que le malheur de Han Xin était dû à ses grands mérites et au fait qu’il était jalousé par l’empereur Gaozu et l’Impératrice Lu. Six ans plus tôt, lorsque Liu Bang s’était rendu à Yunmeng, sous couvert du plan de Chen Ping, il avait déjà entrepris de le tuer. Mais il avait hésité à le faire parce qu’il craignait le prestige de Han Xin. L’impératrice Lu était encore plus tyrannique que l’empereur.

Xiao He, tremblant pour sa vie, finit par céder à l’autorité de l’impératrice Lu. Il a alors invité Han Xin à se rendre au palais, où il lui a tendu un piège.

Xiao He avait faussement prétendu que le ministre Chen avait été vaincu et que l’empereur revenait triomphant. Il a donc demandé à Han Xin de se rendre au palais pour célébrer cette victoire. Bien que Han Xin sache se battre, il avait bon cœur et était sans méfiance : car il ne s’attendait pas à ce que Xiao He le trompe. Cependant, lorsque Han Xin est entré dans le Palais Changle, il n’est jamais ressorti. L’impératrice Lu n’a pas seulement exécuté Han Xin, elle a aussi détruit ses trois clans.

C’est ainsi que, par suite de la jalousie, la vie légendaire du général Han Xin, ce « maréchal des dieux » qui avait su mettre en avant l’endurance, une loyauté indéfectible et une grande compassion, s’est terminée.

Rédacteur Charlotte Clémence

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