Un rapport demanda à Washington d’imposer des sanctions secondaires aux banques hongkongaises. Il précise que le système financier de la ville est de plus en plus utilisé pour faciliter les livraisons clandestines de pétrole iranien, les transferts financiers illicites et les réseaux d’approvisionnement liés aux drones et aux technologies d’armement.
Un nouveau rapport publié par la Fondation du Comité pour la liberté à Hong Kong (CFHK) suggère que Hong Kong est devenu une plateforme financière et logistique essentielle, aidant l’Iran à contourner les sanctions internationales grâce à la contrebande de pétrole, au blanchiment d’argent, à l’acquisition d’armes et aux réseaux financiers clandestins.
Publié le 11 mai et intitulé : Pétrole, armes et argent : comment Hong Kong alimente le régime iranien, ce rapport affirme que la ville, sous domination du Parti communiste chinois (PCC) depuis 1997, est devenue l’une des plateformes offshore les plus importantes de Téhéran. Elle permet à l’Iran de contourner les restrictions occidentales.
CFHK exhorte le gouvernement américain à désigner Hong Kong comme « zone à haut risque de blanchiment d’argent » (PMLC) et à imposer des sanctions secondaires aux banques hongkongaises qui continuent de faciliter les transactions liées à des entités iraniennes sous sanctions.
Points d’entrée clés
Selon le rapport, l’Iran a largement eu recours à des sociétés écrans et à des prestataires de services aux entreprises opérant à l’étranger pour contourner les sanctions imposées par les États-Unis et l’Europe. Les enquêteurs ont constaté que des sociétés écrans immatriculées à Hong Kong ont joué un rôle central dans l’organisation de convois pétroliers parallèles, utilisant des navires immatriculés à Hong Kong ou au Panama pour acheminer du pétrole iranien sous sanctions vers la Chine.
L’une des sociétés écrans hongkongaises identifiées dans le rapport, Hero Companion, aurait traité jusqu’à 20 millions de dollars ( 17, 188 millions d’euros) de transactions liées au pétrole rien que l’année dernière. Le rapport cite également des données du Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN) américain, un bureau du département du Trésor, montrant que Hong Kong est devenu un important canal de transit pour les activités bancaires parallèles iraniennes utilisées pour traiter les flux financiers illicites.
Selon CFHK, plus de la moitié des quelque 9 milliards de dollars d’activités bancaires parallèles iraniennes identifiables dans le monde en 2024, soit environ 4,8 milliards de dollars, ont transité par des sociétés liées à Hong Kong. Le rapport affirme également que Hong Kong est devenu une plaque tournante du blanchiment d’argent en cryptomonnaie et en or lié à l’Iran.
Alors que les autorités hongkongaises ont encouragé le commerce des cryptomonnaies et de l’or ces dernières années, les enquêteurs ont précisé que ces secteurs sont de plus en plus utilisés pour contourner les sanctions.
Des réseaux d’acquisition d’armements
Certaines transactions pétrolières iraniennes auraient été effectuées par l’intermédiaire d’intermédiaires à Hong Kong, via des transferts en Tether (USDT), une cryptomonnaie de type stablecoin, émise par la société Tether Limited. Le rapport allègue également que des organisations telles que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le Hezbollah iraniens ont eu recours à des transactions physiques d’or pour dissimuler les flux financiers et compliquer les efforts de répression. Des entreprises hongkongaises seraient liées à des réseaux d’acquisition d’armements.
Le rapport Pétrole, armes et argent : comment Hong Kong alimente le régime iranien, accuse également des entreprises basées à Hong Kong d’avoir aidé l’Iran à obtenir des technologies sensibles utilisées dans le développement de drones, de missiles et de centrifugeuses nucléaires. Selon CFHK, les enquêteurs ont constaté que des composants récupérés sur des drones iraniens utilisés lors de la guerre russo-ukrainienne et des conflits au Moyen-Orient portaient des traces de leur passage par des chaînes d’approvisionnement liées à Hong Kong.
CFHK critique également le manque de transparence des entreprises et le cadre réglementaire de Hong Kong, avançant qu’une surveillance laxiste a permis à des sociétés écrans liées à l’Iran d’acheter, via la ville, des composants microélectroniques et des pièces de moteurs occidentaux soumis à des restrictions. CFHK affirme également que Hong Kong a contribué au développement des capacités de surveillance intérieure de l’Iran.
Le rapport cite Skycom, filiale de Huawei et anciennement enregistrée à Hong Kong, qui aurait aidé l’Iran à mettre en place un système de surveillance national servant à identifier et arrêter les manifestants. Par ailleurs, les sociétés de technologies de surveillance Hikvision et Dahua sont également mentionnées. CFHK précise que ces entreprises ont accru leurs financements et leur accès au marché grâce à des canaux liés à Hong Kong, tout en contribuant à l’infrastructure de surveillance ultérieurement utilisée pour la répression intérieure en Iran.
Appel à des sanctions plus sévères pour cette plaque tournante pour le pétrole et les armes iraniens
CFHK a fait valoir que le refus de Hong Kong d’appliquer unilatéralement les sanctions occidentales, conjugué à ce qu’elle décrit comme un environnement favorable aux entités sanctionnées, a fait de la ville une destination plus attrayante pour le contournement des sanctions que d’autres places financières comme Singapour ou Dubaï.
Parallèlement à la publication du rapport, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain a annoncé une nouvelle série de sanctions visant des personnes et des entreprises accusées de faciliter les livraisons de pétrole iranien. Quatre sociétés enregistrées à Hong Kong sont visées : HKBOL, Hong Kong Sanmu Limited, Jiandi HK Limited et Max Honor International Trade Co.
CFHK a exhorté Washington à aller plus loin en désignant officiellement Hong Kong comme un foyer majeur de blanchiment d’argent et en imposant des sanctions secondaires aux banques impliquées dans la facilitation d’activités financières iraniennes illicites, notamment en restreignant l’accès aux systèmes de compensation en dollars américains. Le rapport souligne que les administrations Biden et Trump avaient toutes deux menacé de sanctions les institutions financières chinoises et hongkongaises, mais sans finalement les mettre pleinement en œuvre.
Samuel Bickett, co-auteur du rapport, a soutenu que les sanctions doivent cibler les prestataires de services qui permettent aux sociétés écrans et aux opérations logistiques de soutenir les réseaux sanctionnés. « Ces sanctions doivent s’attaquer plus profondément aux sociétés de secrétariat et aux prestataires logistiques qui soutiennent régulièrement les entités sanctionnées », a déclaré M. Bickett, prévenant que, faute de quoi, « les sanctions seront quasiment inefficaces ».
Dans un autre entretien, M. Bickett a comparé l’application actuelle des sanctions occidentales à un jeu de « tape-taupe », arguant que les gouvernements devraient cibler directement les entreprises qui aident à créer des sociétés écrans et leur couper l’accès au système financier américain.
Rédacteur Charlotte Clémence
Source : Hong Kong Accused of Serving as Key Hub for Iran’s Oil and Weapons: Report
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