Le Premier ministre japonais, Sanae Takaichi, s’est rendu au Vietnam du 1er au 3 mai et en Australie du 3 au 5 mai. Elle y a lancé des initiatives, signé des accords et réaffirmé la vision du Japon pour un Indo-Pacifique libre et ouvert (IPLO). Cette tournée régionale met en lumière les liens du QUAD, un groupe de coopération militaire et diplomatique informelle entre les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie, et de l’ASEAN, ainsi que la volonté de garantir la sécurité énergétique et la résilience des chaînes d’approvisionnement.
À son arrivée à Hanoï, Mme Takaichi a mis l’accent sur le renforcement des relations politiques et économiques à long terme, notamment en matière de sécurité énergétique, de minéraux critiques et de résilience des chaînes d’approvisionnement. Les deux parties se sont engagées à porter les investissements japonais au Vietnam à 5 milliards de dollars (un peu plus de 4 milliards d’euros) par an et à accroître les échanges bilatéraux à 60 milliards de dollars (près de 51 milliards d’euros) d’ici 2030.
Tout au long de sa visite, Mme Takaichi a souligné à plusieurs reprises l’importance d’un « Indo-Pacifique libre et ouvert » pour la stabilité régionale, la croissance économique et un ordre international fondé sur des règles.
Selon le ministère japonais des Affaires étrangères, Tokyo accorde une importance capitale à sa relation avec Hanoï, conformément à ses objectifs plus larges d’« autonomie stratégique » et d’« intégration internationale ».
La stratégie japonaise pour l’Indo-Pacifique libre et la guerre contre l’Iran
Lors d’un discours prononcé à l’Université nationale du Vietnam, Mme Takaichi a présenté la stratégie japonaise pour l’Indo-Pacifique libre, initialement proposée par l’ancien Premier ministre Shinzo Abe en 2016. Elle a souligné des principes tels que la liberté de navigation, l’état de droit et le libre-échange.
« Ce concept a depuis été largement partagé comme une vision claire de la diplomatie japonaise, influençant non seulement le Japon, mais aussi la politique étrangère des États-Unis et de nombreuses autres nations, et son rayonnement n’a cessé de s’étendre », a-t-elle déclaré, notant que l’ASEAN avait adopté la Vision de l’ASEAN sur l’Indo-Pacifique (AOIP) en 2019 : reflétant les principes fondamentaux de la stratégie pour l’Indo-Pacifique libre.
À Canberra, Mme Takaichi a présenté une stratégie indo-pacifique « renforcée » et a décrit l’Australie comme un « partenaire stratégique privilégié » dans les efforts déployés par le Japon pour renforcer l’autonomie et la résilience régionales.
Face aux perturbations économiques et politiques mondiales causées par le conflit iranien, notamment en Asie, Mme Takaichi a souligné l’importance croissante de la stratégie indo-pacifique et de la sécurité énergétique régionale.
Lors du Sommet de la Communauté Asie Zéro Émission en avril, le Japon avait lancé une initiative pilotée par Tokyo, baptisée Partenariat pour la résilience énergétique et des ressources (Asie), ou POWERR Asia, un cadre de coopération énergétique régionale, engageant environ 10 milliards de dollars (8, 420 milliards d’euros) pour soutenir la stabilité de l’approvisionnement énergétique et la réponse aux crises.
« Grâce à la coopération menée dans le cadre de l’initiative POWERR Asia que j’ai annoncée le mois dernier : officiellement le Partenariat pour la résilience de l’approvisionnement énergétique et des ressources en Asie, nous allons intensifier nos efforts pour garantir des approvisionnements énergétiques stables et bilatéraux et renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, entre autres mesures », a déclaré Mme Takaichi lors d’une conférence de presse conjointe avec le Premier ministre australien Anthony Albanese.
Un communiqué conjoint indique que cette initiative renforcera « l’autonomie et la résilience » nécessaires à la construction d’un Indo-Pacifique libre et ouvert.
À Hanoï, Takaichi a décrit la guerre en Iran comme une épreuve pour l’engagement du Japon envers la liberté et l’indépendance de l’Indo-Pacifique (FOIP) et a appelé les pays de l’ASEAN à renforcer les chaînes d’approvisionnement régionales et la coopération économique.
« Dans l’Indo-Pacifique, où les chaînes d’approvisionnement franchissent les frontières nationales de manière complexe, le maintien et le développement d’un ordre économique fondé sur des règles sont indispensables à une croissance économique durable », a-t-elle déclaré.
Relancer la coopération du QUAD

Tout en soulignant le rôle de l’ASEAN à Hanoï, Mme Takaichi a mis en avant l’importance du Dialogue quadrilatéral de sécurité (QUAD), qui réunit le Japon, l’Australie, l’Inde et les États-Unis, lors de sa visite à Canberra.
Au cours de ses entretiens avec M. Albanese, les dirigeants ont abordé les développements régionaux, notamment ceux concernant la Chine, l’Asie du Sud-Est, les îles du Pacifique, la Corée du Nord et l’Iran, insistant sur les préoccupations sécuritaires communes et les défis géopolitiques.
« Dans un contexte international difficile, la coopération avec les États-Unis, notre allié commun, est indispensable », a-t-elle affirmé. « Nous allons renforcer davantage les cadres de coopération tels que le QUAD) (Japon-Australie-Inde-États-Unis) et le partenariat Japon-États-Unis-Australie. »
S’exprimant à nouveau à l’Université nationale du Vietnam, MmeTakaichi a évoqué les liens maritimes historiques dans la région tout en réaffirmant la vision stratégique du Japon.
« Il y a plus de 400 ans, de la mer de Chine méridionale, en passant par le détroit de Taïwan, jusqu’à la mer de Chine orientale, les peuples japonais et vietnamiens pratiquaient un commerce dynamique. Ensemble, nous avons bénéficié de la liberté de navigation », a-t-elle déclaré.
Rédacteur Charlotte Clémence
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