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Monde. Sanae Takaichi promeut l’alliance américano-japonaise et s’attelle à la révision constitutionnelle

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Forte de 316 sièges et d’un mandat des deux tiers, une situation rare au Japon, le Premier ministre Mme Sanae Takaichi, s’attelle rapidement à consolider les liens avec les États-Unis, à élargir les coalitions de sécurité indo-pacifiques et à faire progresser une réforme constitutionnelle axée sur l’article 9 : ce dernier confirme les valeurs pacifistes du Japon.

Le système politique japonais est entré dans une phase historique. Avec un résultat sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, le Parti libéral-démocrate (PLD), dirigé par Mme Sanae Takaichi, a obtenu 316 sièges sur 465, à la Chambre des représentants : la chambre basse de la Diète nationale, autrement dit le Parlement bicaméral du Japon. Ce résultat place ce parti au-dessus du seuil de la super majorité des deux tiers et établit un nouveau record d’après-guerre pour la représentation d’un parti unique.

Cette victoire confère à Mme Takaichi une autorité politique exceptionnelle. Son gouvernement peut désormais mettre en œuvre son programme sans dépendre de partenaires de coalition, ce qui permet une plus grande rapidité et cohérence dans l’élaboration des politiques. En matière de réductions d’impôts, d’augmentation des dépenses de défense et de révision constitutionnelle, il dispose d’une marge de manœuvre dont la plupart des gouvernements précédents ne disposaient pas.

L’élection envoie également un signal politique clair. Les électeurs japonais ont apporté un soutien massif à l’orientation conservatrice de Mme Takaichi dans un contexte de pressions internationales croissantes. Âgée de 64 ans, elle est devenue la première femme à occuper ce poste au Japon. C’est aussi une étape institutionnelle majeure, synonyme d’une consolidation sans précédent du pouvoir.

Pourquoi son premier voyage est-il si important ?

Sanae Takaichi promeut l’alliance américano-japonaise et s’attelle à la révision constitutionnelle
Mme Takaichi positionne l’alliance américano-japonaise comme le pilier de sa politique étrangère et cherche à étendre sa portée grâce à un réseau de partenariats trilatéraux en matière de sécurité. Elle a appelé au renforcement d’accords tels que Japon-États-Unis-Corée du Sud, Japon-États-Unis-Philippines et Japon-États-Unis-Australie. (Image : wikimedia / 首相官邸ホームページ, CC BY 4.0)

Lors de sa conférence de presse après sa victoire, Mme Takaichi a confirmé son intention de se rendre aux États-Unis le 19 mars pour rencontrer le président Donald Trump à la Maison Blanche. Premier voyage à l’étranger en tant que Premier ministre, cette visite vise à définir l’orientation des relations nippo-américaines sous son gouvernement.

Mme Takaichi a déclaré que les discussions porteraient sur « des questions mondiales approfondies », laissant entendre que l’ordre du jour serait axé sur la coordination de l’alliance et la stratégie internationale. Le choix de Washington et le moment choisi pour cette visite soulignent son intention d’ancrer dès le départ la politique étrangère du Japon dans un alignement étroit avec les États-Unis.

Le président Trump a répondu par des félicitations publiques, décrivant Mme Takaichi comme une « dirigeante très respectée et populaire » et saluant sa décision « décisive et sage » de convoquer des élections anticipées. Il a exprimé sa confiance en sa capacité à faire avancer un « programme conservateur, prônant la paix par la force », soulignant la convergence idéologique entre les deux dirigeants. Ses remarques, notamment ses éloges sur le taux de participation électorale au Japon et sa promesse d’un « soutien fort », laissent présager une phase de coordination politique et stratégique intensifiée au sein de l’alliance.

Mme Takaichi positionne l’alliance américano-japonaise comme le pilier de sa politique étrangère et cherche à étendre sa portée grâce à un réseau de partenariats trilatéraux en matière de sécurité. Elle a appelé au renforcement d’accords tels que Japon-États-Unis-Corée du Sud, Japon-États-Unis-Philippines et Japon-États-Unis-Australie.

Ces accords visent à transformer la coopération entre les alliances en une structure de dissuasion à l’échelle régionale dans toute la zone indo-pacifique. Mme Takaichi a également mis l’accent sur le renforcement des liens avec les partenaires européens, notamment l’Italie et le Royaume-Uni, ainsi que sur l’engagement avec les pays du Sud. Son approche reflète une stratégie de coalition qui associe la sécurité régionale à un alignement mondial plus large.

Sanae Takaichi promeut l’alliance américano-japonaise et s’attelle à la révision constitutionnelle
En tant que successeure politique de Shinzo Abe, Mme Takaichi s’est engagée à promouvoir ce cadre avec une plus grande intensité. Dans un contexte de concurrence géopolitique croissante, elle considère l’« Indo-Pacifique libre et ouvert » comme un principe directeur de la stratégie de sécurité du Japon. (Image : wikimedia / Cabinet Secretariat, CC BY 4.0)

Mme Takaichi a attiré l’attention sur le dixième anniversaire du concept « Indo-Pacifique libre et ouvert » introduit par l’ancien Premier ministre Shinzo Abe en 2016. Ce cadre promeut la liberté de navigation, l’État de droit et les principes économiques fondés sur le marché dans toute la région indo-pacifique.

Au cours de la dernière décennie, ce concept a gagné en popularité au niveau international, les États-Unis, l’Australie, l’Inde et d’autres partenaires intégrant son langage et sa logique stratégique dans leurs propres politiques régionales.

En tant que successeure politique de Shinzo Abe, Mme Takaichi s’est engagée à promouvoir ce cadre avec une plus grande intensité. Dans un contexte de concurrence géopolitique croissante, elle considère l’« Indo-Pacifique libre et ouvert » comme un principe directeur de la stratégie de sécurité du Japon. Elle a souligné qu’une assise politique intérieure stable renforcerait la capacité du Japon à agir avec détermination sur la scène internationale.

Centralisation des renseignements, contrôle des capitaux étrangers

En matière de sécurité nationale, Mme Takaichi a annoncé son intention de créer une Agence nationale du renseignement, marquant ainsi une réorganisation importante du système de renseignement japonais. Cette initiative vise à regrouper les fonctions de collecte et d’analyse des renseignements actuellement réparties entre plusieurs ministères, afin de renforcer la coordination et la capacité stratégique tout en améliorant la coopération avec les partenaires internationaux.

Elle a également proposé la création d’un Comité d’examen des investissements étrangers afin de renforcer la surveillance des capitaux entrants. Cette politique témoigne d’une importance croissante accordée à la sécurité économique, notamment dans les secteurs liés aux technologies et infrastructures critiques. Selon l’approche de Mme Takaichi, la politique d’investissement devient une composante essentielle du processus décisionnel en matière de sécurité nationale.

Sanae Takaichi promeut l’alliance américano-japonaise et s’attelle à la révision constitutionnelle
Mme Takaichi a réaffirmé son engagement en faveur d’une révision constitutionnelle, déclarant que « la Constitution définit la forme idéale de la nation, et nous continuerons à faire avancer la réforme constitutionnelle ». (Image : wikimedia / 首相官邸, CC BY 4.0)

Dans le même temps, elle s’est engagée à accélérer la révision des trois documents fondamentaux de sécurité du Japon – la Stratégie de sécurité nationale, la Stratégie de défense nationale et le Programme de renforcement de la défense – et à soumettre les projets de loi y afférents à la Diète. Ensemble, ces documents définissent la posture de défense du Japon, et leur révision reflète une réévaluation des impératifs stratégiques au regard du contexte régional actuel.

Mme Takaichi a réaffirmé son engagement en faveur d’une révision constitutionnelle, déclarant que « la Constitution définit la forme idéale de la nation, et nous continuerons à faire avancer la réforme constitutionnelle ». Au cœur de cet effort se trouve l’article 9, qui limite le rôle militaire du Japon et a façonné la politique de sécurité d’après-guerre pendant des décennies. Le PLD soutient depuis longtemps que la révision de l’article 9 permettrait au Japon de maintenir des capacités militaires adaptées aux réalités sécuritaires contemporaines.

La majorité qualifiée des deux tiers à la Chambre des représentants constitue une base procédurale essentielle à cet effort. La modification constitutionnelle doit encore être approuvée par la Chambre des conseillers et ratifiée par référendum national, des processus qui comportent une incertitude politique. Malgré cela, la position de Takaichi témoigne de sa détermination à faire passer la révision constitutionnelle du stade d’aspiration de longue date à celui d’action législative.

En matière de politique intérieure, Mme Takaichi a mis l’accent sur ce qu’elle a qualifié de « politique budgétaire proactive responsable » et s’est engagée à supprimer la taxe à la consommation sur les denrées alimentaires dans un délai de deux ans. La taxe à la consommation au Japon est de 10 %, avec un taux réduit de 8 % appliqué aux produits de première nécessité. La suppression totale de la taxe sur les denrées alimentaires allégerait la charge des ménages, en particulier pour les familles à faibles revenus.

Cet engagement complète son programme en matière de sécurité en s’attaquant aux pressions liées au coût de la vie. Dans le même temps, la situation budgétaire du Japon impose des limites claires. La dette publique dépasse 250 % du PIB, soit le niveau le plus élevé parmi les économies avancées. La pérennité du programme de Mme Takaichi dépendra de la capacité de son gouvernement à trouver un équilibre entre allègements fiscaux, renforcement de la défense et viabilité budgétaire.

Et maintenant ?

Sanae Takaichi promeut l’alliance américano-japonaise et s’attelle à la révision constitutionnelle
La victoire électorale de Sanae Takaichi ouvre un nouveau chapitre dans la politique japonaise. Forte d’une majorité qualifiée, elle est en mesure de faire avancer un programme complet. (Image : wikimedia / Cabinet Secretariat, CC BY 4.0)

La victoire électorale de Sanae Takaichi ouvre un nouveau chapitre dans la politique japonaise. Forte d’une majorité qualifiée, elle est en mesure de faire avancer un programme complet : un alignement stratégique plus profond avec les États-Unis, l’élargissement des coalitions de sécurité indo-pacifiques, le renforcement des institutions de renseignement et de sécurité économique, et la révision constitutionnelle centrée sur l’article 9.

Sa rencontre prévue le 19 mars avec le président Trump sera la première confirmation officielle de cette orientation. Elle signale que le Japon est prêt à agir avec plus de rapidité, plus de cohésion et une posture de sécurité plus explicite dans le cadre de l’alliance dirigée par les États-Unis.

Rédacteur Yasmine Dif


Source : Japan’s Takaichi to Meet Trump as She Pushes Alliance Expansion and Constitutional Revision

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