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Monde. Cent millions à contre-courant : droit, pouvoir et survie en Chine communiste

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En Chine communiste, le Grand Pare-feu chinois et la persécution du Falun Gong sont un paradoxe juridique pratiqué sur 27 ans de répression et de résistance.

Le premier paradoxe concerne ce que l’on considère être le « Grand Pare-feu ». Officiellement, il n’existe pas. Aucune loi ne le définit clairement et aucune agence gouvernementale ne le reconnaît ouvertement sur le plan juridique. Pourtant, quiconque tente de le franchir s’expose à des sanctions. On dit aux citoyens qu’« escalader le mur » est illégal. Mais rares sont ceux qui sont encouragés à se poser la question fondamentale : le mur lui-même est-il légal ?

Le second paradoxe est encore plus ténu. Depuis des décennies, le Parti communiste chinois (PCC) mène une vaste campagne politique contre le Falun Gong, une méthode méditative qui comptait 100 millions de pratiquants à la fin des années 1990 : avant que le dirigeant du Parti de l’époque, Jiang Zemin, ne décide unilatéralement d’éradiquer cette communauté de pratiquants, sous le prétexte que cette pratique risquait d’entraîner la « chute du Parti et du pays ». Pourtant, le Falun Gong n’est explicitement défini nulle part dans le code juridique chinois comme une « religion maléfique » – selon la terminologie du PCC, ni comme une organisation illégale. Malgré cette absence de définition, ceux qui pratiquent ouvertement le Falun Gong et ses enseignements, ou qui s’y identifient, risquent l’emprisonnement, la torture, voire la mort suite au prélèvement d’organes.

Ces contradictions révèlent une caractéristique structurelle plus large de la gouvernance en Chine : le droit ne constitue pas une limite claire à l’autorité de l’État, mais un instrument flexible de contrôle politique. Si la Constitution de la République populaire de Chine (RPC) garantit formellement les libertés d’expression, de croyance et de réunion, ces protections peuvent être bafouées par des décisions administratives et des directives politiques sans contrôle judiciaire transparent.

La répression du Falun Gong et le contrôle de l’information de la Chine communiste

Cent millions à contre-courant : droit, pouvoir et survie en Chine communiste
La campagne contre le Falun Gong, qui a débuté en juillet 1999. Cette persécution a été lancée sur ordre unilatéral du secrétaire général du PCC, Jiang Zemin, et n’a été clarifiée que par un article d’opinion dans le Quotidien du Peuple.(Image : VisionTimes)

La question du pare-feu illustre parfaitement cette dynamique. Comme l’ont souligné certains juristes chinois, le système qui filtre et bloque le trafic internet à travers le pays ne repose sur aucune autorisation légale explicite. Pourtant, il opère à grande échelle, influençant ce que plus d’un milliard de personnes peuvent voir et dire en ligne.

Des techniques telles que l’inspection approfondie des paquets et le filtrage du trafic : des méthodes qui seraient criminelles si elles étaient utilisées par des acteurs privés, sont déployées par l’État dans le cadre de sa gouvernance courante.

Ceci crée une « boîte noire » juridique : un système qui nie sa propre existence tout en punissant ceux qui le contestent.

La même logique sous-tend la campagne contre le Falun Gong, qui a débuté en juillet 1999. Cette persécution a été lancée sur ordre unilatéral du secrétaire général du PCC, Jiang Zemin, et n’a été clarifiée que par un article d’opinion dans le Quotidien du Peuple. Aucun processus législatif formel n’a justifié la répression de 100 millions de personnes en raison de leur foi.

La directive politique imposée d’en haut par Jiang Zemin a mobilisé tout l’appareil d’État sans aucun fondement juridique. Au cours des 27 dernières années, des rapports d’organisations de défense des droits humains et de chercheurs ont documenté des abus et des atrocités généralisés, perpétrés sur des milliers de pratiquants de Falun Gong détenus afin d’alimenter le trafic d’organes en Chine, alors en pleine expansion.

Contrôle de l’information, gouvernance intérieure et communication internationale

Le PCC a passé les 27 dernières années à nier toutes les accusations de brutalité à l’encontre du Falun Gong, malgré des preuves accablantes prouvant le contraire.

Dès lors, pourquoi mettre en place et maintenir un système de contrôle de l’information aussi étendu ?

 En Chine communiste rois objectifs se recoupent

Cent millions à contre-courant : droit, pouvoir et survie en Chine communiste
La question du pare-feu illustre parfaitement cette dynamique. Comme l’ont souligné certains juristes chinois, le système qui filtre et bloque le trafic internet à travers le pays ne repose sur aucune autorisation légale explicite. (Image : wikimedia / torproject.org, CC BY 3.0 US)
  • Le premier est la dissimulation 

La mise en place du Grand Pare-feu, alors appelé « Projet Bouclier d’or », a coïncidé avec le début de la répression du Falun Gong en 1999. Les restrictions d’information contribuent à limiter le contrôle extérieur des politiques intérieures sensibles.

  • Le deuxième est le contrôle social intérieur. 

En façonnant l’environnement informationnel, les autorités peuvent influencer le discours public, restreindre la dissidence et normaliser les limitations de la liberté d’expression et de l’action collective. À terme, préviennent les critiques, cela pourrait réduire l’espace civique et affaiblir la responsabilité des institutions.

  • Le troisième est la gestion du récit international. 

Alors que l’accès à Internet en Chine est strictement contrôlé, le pays déploie simultanément une campagne de communication internationale visant à projeter une image nationale positive. Les critiques qualifient ce système de « double voie » : une censure interne rigoureuse conjuguée à une communication diffusée à l’étranger et conçue pour influencer la perception internationale.

Les ambitions du PCC en matière de censure dépassent largement le simple contrôle de l’immense population chinoise. Si la Grande Muraille numérique empêche les internautes chinois d’accéder à l’information extérieure, elle constitue également un obstacle à ce que l’on appelle l’asymétrie stratégique de l’information et la manipulation du discours à l’étranger.

À l’intérieur du pare-feu, une censure et une répression strictes façonnent le discours national. À l’extérieur, Pékin exploite l’ouverture des sociétés occidentales pour mener des campagnes de propagande à grande échelle et promouvoir ce qu’il appelle « bien raconter l’histoire de la Chine »

Cette double structure permet à Pékin de présenter une image soigneusement construite à l’international tout en dissimulant les violations présumées des droits humains sur son territoire.

Contourner la censure et la question de l’accès à l’information

Depuis le début de la répression en 1999, les pratiquants de Falun Gong ont fait preuve de résilience et d’ingéniosité en développant des outils de contournement de la censure tels que Freegate et UltraSurf pour contourner les restrictions d’Internet en Chine. Et ce, pendant plus de vingt ans, malgré l’important dispositif de censure du PCC.

Ces efforts, bien que largement inférieurs aux ressources du Parti, constituent des tentatives de rétablissement de l’équilibre informationnel dans un contexte de contrôle asymétrique, et leur impact est disproportionné.

Contourner la censure ne se limite pas à accéder à l’information ou aux divertissements étrangers, mais vise à rétablir l’équilibre informationnel dans un système où la vérité est occultée. C’est un moyen d’identifier les risques, de prévenir les préjudices et de résister à la manipulation dans un contexte, la Chine communiste, où les protections juridiques et la transparence sont faibles.

À mesure que davantage de personnes franchissent le Grand Pare-feu de la Chine communiste, recherchent un accès indépendant à l’information et rejettent le discours officiel, de plus en plus d’individus reconnaîtront l’illégitimité de la censure et de la répression politique du PCC. Sans le voile du contrôle de l’information, les systèmes du régime, fondés sur la répression et la coercition, finiront par s’effondrer.

Rédacteur Charlotte Clémence

Source : One Hundred Million Against the Current: Law, Power, and Survival in Communist China

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