Le navigateur Guirec Soudée est arrivé heureux à Brest sur son trimaran le samedi 28 mars, après 95 jours de tour du monde contre les vents et courants dominants. Il a été accueilli chaleureusement et comme un héros par des centaines de personnes enthousiasmées par son aventure. La vigilance et la concentration quasi-permanentes pendant la course n'avaient plus de prise sur lui quand il a retrouvé sa famille et tous ses amis.
Un jeune marin expérimenté, simple et proche des autres
Ce qui est particulier à Guirec et qui a certainement fait venir tous ces gens pour l'accueillir, c'est sa gentillesse et sa simplicité, sa générosité et son sens de la communication. C'est aussi son goût de l'aventure, sa joie de vivre et de s'émerveiller. Tout le long de sa course autour du monde, il a enregistré et envoyé régulièrement sur son blog des petites vidéos, témoignages de son aventure, et les internautes pouvaient se sentir très proches de ce qu'il vivait.
Guirec Soudée confie qu'il avait les larmes aux yeux quand il a franchi la ligne virtuelle d'arrivée (allant du cap Lizard au sud des Cornouailles jusqu'à l'île d'Ouessant). C'était enfin la détente et le bonheur d'avoir réussi et de laisser derrière toute la tension et les épreuves de ce périple.

Sur son voilier trimaran Ultim, il a pulvérisé le record de ce tour du monde à la voile particulièrement difficile en 94 jours 21 h 58 min. Le record de 122 jours était détenu depuis 2004 par Jean-Luc Van Den Heede, sur un voilier monocoque.
Malgré toute la fatigue qu'il a pu accumuler durant la course, il s'est généreusement adressé à toutes les personnes venues célébrer l'événement. Sur le podium, il était rempli de joie et visiblement ému de cet accueil triomphal.
L'ancien détenteur du record était à l'arrivée, heureux de la réussite de Guirec
Jean-Luc Van Den Heede avait suivi sa course jour après jour. Ils avaient aussi échangé par messages, et Jean-Luc était heureux de la perspective que Guirec puisse battre son record. L'ancien détenteur du record était là aussi pour l'accueillir. Sur le podium, il lui a remis le pavillon des Cap-Horniais, pour son exploit d'avoir passer le Cap-Horn d'est en ouest, lui disant : « tu pourras l'arborer fièrement sur ton bateau ».

Guirec Soudée a fait cette course autour du monde en solitaire avec un bateau qui habituellement est manœuvré par six coéquipiers. Ses dimensions sont impressionnantes avec une longueur de 32 m et 21 m de largeur. Les voiles gréées au complet, forment une surface au vent de 600 m².
C'est un bateau très rapide. Avec un vent porteur, il survole quasiment la mer. L'inconvénient majeur du multicoque est de se retourner facilement, car il n'y a pas de quille stabilisatrice sous ce voilier, contrairement au monocoque qui, de ce fait, est beaucoup plus stable et ne peut pas chavirer. Cela demande donc beaucoup de vigilance dans les réglages de voilure, surtout si le vent n'est pas régulier.
Jusqu'à la ligne d'arrivée, Guirec a dû rester vigilant
Invité de l'émission Culture médias sur Europe 1, Guirec Soudée affirme : « J'étais parti pour gagner (…), mais après, tant que la ligne d'arrivée n'est pas franchie, il n'y a rien de gagné. Jusqu'au dernier moment quelque chose peut arriver, une avarie (...). La seule crainte, c'est d'avoir un souci technique et de devoir arrêter ce tour du monde ? C'est une délivrance une fois passée la ligne d'arrivée. »

Le navigateur était d'ailleurs soucieux dans les dernières semaines de navigation d'une détérioration sur un safran (pièce immergée du gouvernail), suite à un choc sur un filet de pêche avant de passer le Cap de Bonne Espérance. Guirec estime avoir eu de la chance. Cette détérioration a ralenti un peu le bateau dans la dernière partie de la course mais le safran a tenu jusqu'au bout.
Même la guerre au Moyen-Orient a eu un impact sur sa navigation. « Beaucoup de bateaux sont déroutés et vraiment, c'était du délire. Des centaines et des centaines de bateaux, par jour, passaient là, des bateaux de 200 à 400m de long en acier. S'ils viennent me percuter, eux ils ne s'en rendent même pas compte, mais moi je coule sur le champ. »
Guirec pouvait normalement communiquer avec ces porte-conteneurs et autres pétroliers et bien signifier sa présence, sa position et éventuellement le déroutement à faire. Mais certains ne répondaient pas, c'était selon lui pour ne pas avoir à changer même légèrement leur trajectoire. Donc, dans certains cas, au dernier moment, le jeune navigateur n'avait plus que le choix de manœuvrer son voilier pour éviter la collision.

Des imprévus et des épreuves, mais surtout le privilège de partager une aventure extraordinaire
Dans les courses à la voile de Guirec Soudée, il y a toujours des imprévus, des épreuves, des situations inconfortables ou même particulièrement dangereuses. Pourtant il s'estime très privilégié de vivre de telles aventures. Il a cette capacité d'endurance qui lui fait supporter ce que beaucoup ne pourraient supporter longtemps : le froid, le manque de sommeil, la solitude, le stress intense.
Guirec a aussi fait profiter ses enfants (4 ans et 2ans ½) de son voyage autour du monde. Ses enfants ont suivi son parcours, ils ont pu faire des visionnages ensemble avec leurs camarades de classe aussi. Il leur a fait découvrir le bateau, les poissons volants, il pouvait partager beaucoup de choses avec eux. Il a apprécié leur curiosité. C’était une motivation de plus pour continuer.
Guirec a déjà le projet de partir pour la prochaine Route du Rhum en novembre. Dans ce tour du monde d'est en ouest, Guirec devait être prudent et il devait ménager son voilier. Il explique sur Culture médias: « Si j'avais poussé mon bateau à 100%, je n'aurais jamais pu arriver au bout. Alors que là, sur un sprint, une transatlantique de 7 jours, je vais pouvoir me permettre de pousser le bateau à fond et traverser le plus vite possible. Cela va être excitant ».

Il n'a pas froid aux yeux, Guirec. Il aime son bateau, il se sent bien et en confiance dessus. Il en a fait l'acquisition. La MACSF l'a accompagné pour cette course autour du monde. Il recherche maintenant un nouveau sponsor pour la Route du Rhum. Dans l'esprit de Guirec « l'idée c'est de raconter une nouvelle histoire, d'emmener le maximum de monde avec nous et de partager cette aventure ».
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