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Chine. Rapport : des traitements inhumains dans les prisons chinoises

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Un rapport de l’ONG de défense des droits humains Safeguard Defenders a été publié le 22 juin. Il expose les prisons de « surveillance résidentielle dans un lieu désigné » (SRLD) du Parti communiste chinois et les conditions et le traitement que les captifs doivent endurer pendant leur détention dans ces lieux secrets.

Le rapport de 24 pages, intitulé « Enfermés : Les prisons SRLD chinoises secrètes », est une « immersion en profondeur illustrée dans la sombre réalité » d’un système carcéral tentaculaire et d’un protocole de détention qui a été établi pour la première fois en 2013.

Le rapport est un condensé de témoignages à la première personne d’anciens prisonniers de ces sites obscurs.

« Ce système de détention peu connu est une forme légalisée de prison noire, où les victimes sont portées par l’État à disparaître en détention isolée allant jusqu’à six mois, parfois plus. » peut-on lire dans le rapport.

Les prisonniers sont détenus sans inculpation et ne bénéficient que de peu, si ce n’est aucune représentation légale.

Appréhendé et emporté

La SRLD, qui est présentée comme une forme d’assignation à résidence, est officiellement apparue peu de temps après l’entrée en fonction de l’actuel dirigeant chinois Xi Jinping en 2013. Son introduction correspondait à l’abolition par Xi Jinping des tristement célèbres camps de « réforme par le travail », mais une détention similaire à la SRLD existait de manière informelle sous la forme de « prisons noires », une référence aux hôtels, appartements, bureaux et autres lieux de ce type où l’État de sécurité du PCC détenait secrètement des détenus allant de pétitionnaires gênants aux adhérents de groupes religieux persécutés.

L’expérience d’un détenu dans les prisons de la SRLD commence presque toujours par une visite surprise de la police de sécurité intérieure. « Ils peuvent frapper à la porte à minuit, casser la serrure avec une perceuse ou faire croire au gardien de sécurité de l’immeuble qu’il est arrivé quelque chose à votre voiture pour vous attirer hors de votre appartement. »

Après avoir été appréhendé, généralement sans grande explication, le détenu « passe d’abord au poste de police, où il peut rester un jour ou deux enfermé dans une chaise d’interrogatoire (également appelée chaise tigre) en attendant que la police décide ou non d’utiliser la SRLD. »

Une cagoule noire étouffante est utilisée sur les détenus pendant le transport vers et depuis les lieux de détention afin qu’ils soient désorientés et dans l’incapacité de déterminer leur emplacement.

Soumission et coopération

L’une des détenus de la SRLD mentionnée dans le rapport de Safeguard Defenders est Li Qiaochu, militante et petite amie de l’éminent dissident Xu Zhiyong. Dans un document traduit par le site internet de défense des droits humains China Change, Li Qiaochu décrit avoir été logée dans une « maison d’hôtes » où elle a été obligée de rester parfaitement immobile pendant des heures, tandis que de jeunes policières « robotisées » la surveillaient.

« Je devais garder la même posture même lorsque je dormais, avec les mains, les épaules et la tête hors des couvertures et visibles. Si je bougeais après m’être endormie, on me réveillait », a-t-elle écrit.

« Ils ont réussi à me rendre soumise et coopérative, un des équipiers était volontaire pour me déshonorer et m’humilier. Tout le monde : les geôliers, les interrogateurs, les gardes et les préposés après libération étaient là pour renforcer l’idée que j’étais leur prisonnière et que je ne pourrai jamais m’échapper. »

Les installations de la SRLD varient selon le lieu. Les détenus peuvent se retrouver dans une installation construite sur mesure, un centre de détention remodelé, un centre de formation de la police, une maison d’hôtes ou un complexe d’appartements.

Les emplacements de ces prisons ont été identifiés dans tout le pays, notamment à Pékin, Tianjin, Shaanxi et Guangdong.

La loi exige qu’un avis de détention soit remis à la famille du détenu ou, dans le cas d’un étranger, à son ambassade locale. Cependant, cette étape est souvent omise, laissant les familles et les autres parties concernées dans l’ignorance du lieu de détention ainsi que du bien-être de leur proche.

Ces installations sont construites comme de petits appartements, contenant une cellule spécialement aménagée pour les détenus, peu meublée, une salle d’interrogatoire équipée d’une « chaise tigre » et des installations pour deux gardes qui sont presque toujours présents.

Une journée en SRLD

Une journée typique en détention est entièrement encadrée par les autorités pénitentiaires, y compris les heures d’interrogatoires où les gardiens de prison tentent d’obtenir des aveux en utilisant la torture ou des méthodes de contrainte douloureuses qui durent souvent des heures, voire des jours. « Vous êtes surveillés non seulement par les gardes, mais aussi par une demi-douzaine de caméras de surveillance qui filment parfois toute la pièce, y compris la salle de bain, comme pour vous priver de la moindre dignité. »

Xie Yanyi, un ancien détenu du SRLD, a déclaré à Safeguard Defenders : « Chaque jour, j’entendais des interrogatoires, des hurlements et des gémissements au milieu de la nuit venant de la pièce au-dessus de la mienne. C’est alors que j’ai décidé que je devais absolument me contrôler, trouver un moyen de sortir le plus tôt possible et dénoncer cette torture. »

Complètement isolé du monde et passant des mois sans aucun contact extérieur, l’ennui est décrit comme « atroce », conduisant de nombreux détenus à s’accommoder des interrogatoires.

De nombreuses victimes de la détention pensent au suicide, mais les cellules sont conçues de manière à rendre cette échappatoire impossible.

Rapport : des traitements inhumains dans les prisons chinoises
Les prisons SRLD sont officiellement apparues peu de temps après l’entrée en fonction de l’actuel dirigeant chinois Xi Jinping en 2013. (Image : Ichigo121212 / Pixabay)

La libération d’un détenu est déterminée par la poursuite ou non des accusations par la police. Le détenu est alors soit libéré, soit transféré dans un centre de détention de longue durée.

Les détenus sont emprisonnés jusqu’à 6 mois, parfois plus et sont obligés de signer des documents juridiques douteux avant leur libération, acceptant de ne révéler aucun détail sur leur captivité ou de ne donner aucune interview aux médias.

De nombreux détenus ont déclaré avoir été surveillés pendant des mois après leur libération.

On estime qu’entre 27 208 et 56 963 personnes ont été victimes des installations SRLD depuis leur création en 2013.

Spavor et Kovrig

Michael Spavor et Michael Kovrig, deux ressortissants canadiens, ont été emportés par le système SRLD en 2018 et sont référencés dans le rapport de Safeguard Defenders.

« Aucun homme n’a vu la lumière du jour, respiré l’air frais ou vu un arbre ou un carré d’herbe pendant sa détention », lit-on dans le rapport.


Michael Spavor, né à Calgary Alberta, Canada, est soupçonné d’être détenu dans une SRLD depuis son arrestation en décembre 2018.

Il a été arrêté pour avoir mis en danger la sécurité de l’État, accusation largement interprétée comme une forme de représailles à l’arrestation de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, par le Canada.

De même, Michael Kovrig, un ancien diplomate canadien qui travaillait pour l’International Crisis Group, un groupe de réflexion pro-paix, a été appréhendé et placé dans une SRLD en décembre 2018. Il était accusé de crimes douteux liés à l’espionnage.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a qualifié la détention de Michael Spavor et Michael Kovrig d’« arbitraire ».

Le 19 mars 2021, une audience à huis clos de deux heures pour Michael Spavor s’est terminée sans verdict immédiat. Une procédure similaire a eu lieu deux jours plus tard pour Michael Kovrig avec un résultat identique.

Selon de nombreuses hypothèses, les deux hommes sont emprisonnés dans le cadre d’une diplomatie de l’otage menée par le PCC dans le but d’obtenir la libération de Meng Wanzhou, actuellement assignée à résidence dans une luxueuse maison de la province canadienne de la Colombie-Britannique.

Les déplacements de Meng Wanzhou sont restreints jusqu’à ce que les tribunaux canadiens déterminent si elle peut être légalement extradée vers les États-Unis pour répondre aux accusations de violation des sanctions internationales.

Début 2020, le basketteur américain Jeff Harper s’est retrouvé  pris dans le système SRLD  lorsqu’il a été arrêté par les autorités chinoises pour être intervenu dans une dispute de couple. Jeff Harper a passé cinq mois en SRLD et a décrit l’isolement comme étant « l’une des choses les plus difficiles à endurer pour l’esprit humain ». Il a été libéré en septembre dernier.

Rédacteur Gabriel Olamsaint

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