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Histoire. Liuxia Hui, le sage de l’époque des Printemps et Automnes réputé pour son sens des convenances aristocratiques

CHINE ANCIENNE > Histoire

Liuxia Hui (env. 720-621 av. J.-C.) a vécu dans le royaume de Lu, à l’époque des Printemps et Automnes, il y a près de 2 600 ans, et sa vertu lui a valu de devenir, dans la langue chinoise d’aujourd’hui, le personnage central d’une expression restée célèbre.

Un homme d’une grande maîtrise de soi

L’épisode le plus célèbre attaché à son nom est sans doute celui qui a donné naissance au proverbe chinois « tenir une femme contre soi sans jamais s’écarter des convenances » (zuo huai bu luan), devenue depuis un symbole de maîtrise de soi et d’intégrité morale.

Un jour qu’il voyage loin de chez lui, Liuxia Hui passe la nuit à l’extérieur des portes de la capitale. Le froid est glacial, quand une jeune femme se présente soudain, cherchant un abri pour la nuit. Craignant qu’elle ne meure de froid, il la fait asseoir contre lui et la couvre de son manteau. Il la tient ainsi, blottie contre lui, jusqu’au lever du jour, sans jamais poser la main sur elle ni manquer aux convenances.

Une autre version de l’histoire circule également. Par un jour de grande chaleur, alors qu’il rentre d’une visite chez un ami, un orage éclate soudainement. Liuxia Hui se précipite vers un vieux temple, à la lisière sud de la ville, pour s’y abriter. Au moment de franchir le seuil, il aperçoit une femme, à l’intérieur, en train d’essorer ses vêtements trempés, entièrement dévêtue. Il recule aussitôt, tourne le dos à l’entrée du temple et va s’asseoir sous un vieux sophora, devant le bâtiment, préférant rester sous la pluie plutôt que d’entrer. La jeune femme, s’apercevant de sa présence, se cache par pudeur derrière la porte, remet en hâte ses vêtements humides, puis s’en va dès que l’averse faiblit.

C’est de ces récits qu’est né l’éloge resté célèbre selon lequel Liuxia Hui aurait tenu une femme contre lui, une nuit entière, sans jamais s’écarter des convenances. Par la suite, beaucoup ont cherché à imiter, dans leur propre conduite, la retenue qu’on lui prêtait.

Liuxia Hui: un sage reconnu par Confucius et Mencius

Liuxia Hui alliait un vrai talent pour le gouvernement à une conduite exemplaire d’homme de bien. Impartial et désintéressé, indifférent aux pressions des puissants, il appliquait la loi avec la plus grande rigueur, au point d’être destitué à trois reprises sans jamais s’en plaindre. Confucius et Mencius l’ont tous deux classés, plus tard, parmi les « sages oubliés » de leur temps.

Dans les Entretiens de Confucius, qui rapportent principalement les paroles et les actes du philosophe, Liuxia Hui est présenté comme un homme d’une grande vertu. Confucius loue en lui un homme capable d’abaisser ses prétentions et de s’humilier sans jamais perdre, dans ses paroles, la mesure, ni, dans ses actes, la réflexion.

Le Mengzi, un autre grand classique confucéen, va plus loin : il surnomme Liuxia Hui « le sage de l’harmonie » et le classe, aux côtés de trois autres figures, parmi les quatre plus grands sages de l’histoire chinoise. Ce que Mencius admire avant tout chez lui, c’est sa constance : que ce soit au pouvoir ou oublié de tous, dans l’aisance ou dans la pauvreté, Liuxia Hui garde la même sérénité et le même respect pour autrui. On disait même qu’il suffisait d’entendre parler de sa conduite pour adoucir les caractères les plus durs.

Un artisan de la paix

En l’an 26 du règne du duc Xi de Lu, le royaume de Qi lève une armée contre Lu. Alors que la plupart des conseillers plaident pour la guerre, Liuxia Hui, seul, défend la voie de la conciliation. Il se rend en personne auprès de Qi pour négocier le retrait des troupes, épargnant ainsi à la population les ravages du conflit. C’est de cet épisode, entre autres, que lui vient sa réputation d’homme attaché, avant tout, au respect des convenances et à l’harmonie entre les royaumes.

Une mémoire toujours honorée

Selon lesAnnales de Kaizhou, rédigées sous l’ère Jiajing des Ming, la tombe de Liuxia Hui se trouve non loin de Puyang, dans la province actuelle du Henan. Sous l’ère Wanli, toujours sous les Ming, une stèle et un temple commémoratif y ont été édifiés, portant l’inscription : « Tombeau du saint harmonieux Liuxia Hui ».

Sous les Qing, le magistrat Li Fuqing s’est rendu sur cette tombe pour lui rendre hommage, et y a laissé une inscription que l’on peut traduire ainsi :

« J’avais entendu parler, autrefois, de la vertu de Liuxia ; me voici aujourd’hui fonctionnaire dans son propre village. Seul un cœur droit peut vraiment comprendre un homme droit, et c’est en restant fidèle à moi-même que je peux lui rendre l’hommage qu’il mérite. Je viens saluer sa mémoire devant sa tombe, où les offrandes rituelles se perpétuent de saison en saison. Puisse son exemple inspirer les générations à venir, et plus encore ceux qui, comme lui, sont nés sur cette  terre. »

Rédacteur Yi Ming

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