Le madras, emblème de la culture créole

Par Marlène Deloumeaux
Le 27/03/2021

 

Reconnaissable par ses rayures et ses couleurs vives, sa texture fine et légère, le tissu madras est considéré comme l’emblème de la culture créole. (Image : Marlène Deloumeaux / VisionTimes)
Reconnaissable par ses rayures et ses couleurs vives, sa texture fine et légère, le tissu madras est considéré comme l’emblème de la culture créole. (Image : Marlène Deloumeaux / VisionTimes)
 

Reconnaissable par ses rayures et ses couleurs vives, sa texture fine et légère, le tissu madras (ou madras) est considéré comme l’emblème de la culture créole.

Des origines multiples


Le tissu madras se distingue par ses origines diverses, à la fois asiatiques, européennes et africaines. Il serait apparu dans la ville du même nom. Madras, une ville fondée en 1639 et qui est « l’un des premiers avant-postes de la Compagnie britannique des Indes orientales », selon l’encyclopédie Universalis. De nos jours, elle est appelée Chennai. Elle est située dans le sud-est de l’Inde. C’est la quatrième ville de l’Inde.

Au XVIIe siècle, des artisans indiens fabriquaient à Madras une fibre de manière traditionnelle à l’aide de feuilles de bananiers. La fragilité de ces dernières a poussé les tisserands à utiliser de la fibre de coton, bien plus résistante. Or à partir du XVIIIe siècle, les Anglais détenteurs du monopole du commerce mondial ont pu expédier du coton en Inde en quantité importante et la fabrication du madras s’est développée en Europe, notamment en France dans la ville de Rouen. « On y fabrique aussi une immense quantité de nankins très estimés, de basins, guinées, siamoises, coutils, indiennes, madras, molletons, flanelles, étoffes pour pantalons et gilets » écrivait en 1835 l’essayiste Abel Hugo, frère de Victor Hugo, à propos de la ville de Rouen dans « la France pittoresque ».(1)

Les rayures et les carreaux du madras avaient une structure d’inspiration écossaise mais la technique employée pour teindre l’étoffe était d’origine indienne. Un mélange de gomme arabique et de jaune de chrome permettait de raviver les couleurs très pâles des fibres initiales. Il s’agit du procédé appelé « calandage ».(2)

Au XIXe siècle, après 1848, date de l’abolition de l’esclavage en France, les propriétaires terriens ont eu recours à une main d’œuvre venue principalement de l’Inde, de Chine et d’Afrique. Avec l’arrivée des Indiens, l’usage du tissu madras s'est largement répandu au sein des populations antillaises et guyanaises.

 

Les femmes créoles ont appris à nouer le foulard pour en faire de véritables coiffes. (Image : Marlène Deloumeaux / VisionTimes)
Les femmes créoles ont appris à nouer le foulard pour en faire de véritables coiffes. (Image : Marlène Deloumeaux / VisionTimes)
 

La coiffe en madras : un mouchoir symbolique

Selon le dictionnaire Reverso, le madras se définit aussi comme une « coiffure portée par les antillaises ». Pendant l’esclavage, le port du chapeau étant interdit aux affranchies, la coiffe a été adoptée par les femmes créoles. Les femmes libres de couleur ont réussi à détourner habilement les lois restrictives en vigueur durant la période esclavagiste. Elles ont appris à nouer le foulard pour en faire de véritables coiffes. Porter la coiffe en madras correspondait en somme à une forme subtile de résistance. Plus généralement, pour les êtres réduits en esclavage « le goût pour l’habit représente une conquête sociale » d’après une étude menée au centre régional de documentation pédagogique (CRDP) du Musée d’Histoire et d’Ethnographie de la Martinique, la « Rétrospective de l’histoire du costume martiniquais des origines au début du XXe siècle », publiée le 25 janvier 2019. Dans le même temps, la coiffe ou « tête » donnait des indications sur le statut social de la femme, sur son âge et son tempérament. Les plus démunies portaient un simple « mouchoir », pâle imitation du véritable madras très coûteux.

 

Les femmes créoles ont appris à nouer le foulard pour en faire de véritables coiffes. (Image : Marlène Deloumeaux / VisionTimes)
Pendant de nombreuses décennies, le madras se portait essentiellement à l’occasion de fêtes traditionnelles et d’événements tels que les mariages, les baptêmes et les communions. (Image : wikimedia / Didwin973 / CC BY-SA 3.0)
 

Une tradition qui perdure

Au XXe siècle, avec le développement de la commercialisation, le tissu madras s’est démocratisé. Devenue partie intégrante du costume traditionnel, l’étoffe chatoyante s’est affirmée comme l’emblème de la culture créole. Pendant de nombreuses décennies, le madras se portait essentiellement à l’occasion de fêtes traditionnelles et d’événements tels que les mariages, les baptêmes, les communions, etc. Certains stylistes soucieux de préserver les traditions ont revisité ces tenues pour leur donner une touche contemporaine. Ils ont réussi à les remettre au goût du jour.

Ainsi, depuis quelques années le madras suscite un certain engouement d’autant plus qu’il bénéficie du label 100 % coton. L’usage de cette étoffe s’est diversifié. Les tenues masculines, féminines et les vêtements pour enfants confectionnés en madras rencontrent un vif succès. En matière de décoration, ce matériau a trouvé une place de choix. Rideaux, nappes, parures de lit en madras se multiplient.

Le madras aura su traverser les époques, les espaces et les cultures. Ce tissu haut en couleurs n’a sans doute pas dit son dernier mot.

 

Notes (1).
Source : Les villes à travers les documents anciens

(2) Calandage ou calendage : Technique minutieuse qui consiste à peindre certaines lignes claires de madras avec un mélange de gomme arabique et de jaune de chrome (qui peut servir à la coiffe ou au vêtement).


Avec l’aimable collaboration de Madame Camélia Bausivoir.