Elle est étudiante en médecine à Paris. Elle est aussi une passionnée de trail et de valse. Isaure Delhay a eu la bonne idée de donner plus de sens à ses performances en les mettant au service d'une cause et en partageant son engagement sur les réseaux sociaux. Ce qui la touche particulièrement, ce sont les soins palliatifs, après avoir fait un stage dans ce domaine médical.
Les débuts sportifs furent difficiles pour Isaure Delhay, mais peut-être là s'est forgée sa persévérance dans l'effort. À l'âge de huit ans, une entorse au genou mal remise provoqua chez elle une série de problèmes à répétition pendant des années. Puis jeune adolescente, une opération du genou, de la musculation et un gilet de trail (course à pied en extérieur ou dans la nature) offert par sa famille, la motivent à courir seule.

Une découverte et un engagement pour développer les soins palliatifs
Elle dit : « Courir pour moi, c'est bien, mais courir pour les autres c'est mieux. J'avais une soif de donner ». En novembre 2025, elle lance une collecte de dons, lors de sa participation au raid nocturne de la SaintéLyon. C'est 80 km de course de haut niveau, reliant les villes de Saint-Étienne et de Lyon. Elle récolte 1200 euros qui sont reversés à un hôpital spécialisé en cancérologie.
Ce succès l'encourage à lever des fonds jusqu'à fin juillet 2026, cette fois-ci avec l'association Helebor, qui se dédie au développement des soins palliatifs en France. Isaure Delhay confie sur la « plateforme d'entraide et de générosité », la cagnotte des proches : « Chaque jour à l'hôpital, je rencontre des patients qui arrivent à un moment particulier de leur vie : celui où la médecine ne cherche plus à guérir, mais à accompagner, soulager, et préserver la dignité jusqu’au bout ».
Le site internet helebor.fr explique que les soins palliatifs reposent sur deux « bras indissociables ». L'un, médical et technique, traite la douleur et soulage les symptômes. L'autre, humain et sociétal, entoure, réconforte et accompagne. Le site informe aussi que 50% des besoins en soins palliatifs ne sont pas couverts et 17 000 postes de soignants dans ces services ne sont pas pourvus.

Isaure est remuée par son expérience en soins palliatifs, elle le dit au média fr.aleteia.org : « contrairement aux préjugés, c'est un lieu qui transpire la joie, où les équipes soignantes sont soudées et prennent le temps d'accompagner les patients. Ce n'est pas un accompagnement seulement médical, mais véritablement humain. C'est ce qu'un hôpital peut avoir de plus précieux ».
Le Marathon de Paris d'une princesse en robe de bal
Isaure Delhay a voulu se faire remarquer au Marathon de Paris et la cause en est très estimable : donner la possibilité au public de faire des dons à l'association Helebor afin de développer encore les soins palliatifs. Cet engagement positif en faveur d'une assistance bienveillante et respectueuse jusqu'au bout de la vie tout en prévenant et soulageant la douleur, est en accord avec le serment d'Hippocrate que tout médecin ou soignant se doit de suivre.
Dans la dernière mise à jour de 2019 du serment d'Hippocrate, sur le site conseil-national.medecin.fr, c'est le texte revu par l'Ordre des médecins en 2012 qui est repris. Il y est dit clairement : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément ». Cela correspond totalement au rôle des soins palliatifs.

Mais la nouvelle loi proposée sur l'« aide médicale à mourir », c'est-à-dire, plus crûment, le suicide assisté et l'euthanasie, va à l'encontre de ce serment des médecins. L'examen de cette loi en deuxième lecture aura lieu normalement les 11, 12 et 13 mai 2026.
La marathonienne de Paris a bouclé sa course de 42 km en 3 h 50. Soit environ 11 km à l'heure de moyenne : vraiment un très bon temps pour une princesse en robe de bal, avec un diadème sur la tête! « J'avais aussi mis une banderole avec écrit " soins palliatifs " dessus, pour que les gens comprennent quelle cause je soutiens », souligne Isaure. Elle était enchantée et encouragée par le soutien du public, manifesté lors de la course.
Consciences et croyances des soignants et de la famille face à la législation d'un pays
Une vingtaine de départements sont encore privés de services de soins palliatifs en France. Si la loi de l'« aide médicale à mourir » est finalement votée et appliquée, cela ne favorisera certainement pas le développement de ces services. Car l'acceptation du suicide et de l'euthanasie, approuvée officiellement, fera probablement son chemin dans l'esprit de nombreuses personnes. Il est à craindre que dans les prochaines années le « droit » à ces suicides assistés et euthanasies soient admis pour d'autres catégories de patients.

Au Canada, l'aide médicale à mourir (AMM) est devenue légale en 2016, initialement prévue pour les malades en phase terminale. Elle a depuis été progressivement étendue à des personnes qui ne sont pas en fin de vie, y compris des personnes souffrant de troubles mentaux, cependant pour ces dernières, un moratoire est en cours jusqu'au 17 mars 2027. En Belgique, l'euthanasie est dépénalisée depuis 2002 et étendue aux mineurs en 2014. En vingt ans, le nombre d'euthanasies a été multiplié par quinze.
En France, les services de soins palliatifs peuvent avoir recours à la sédation pour soulager la souffrance. Exceptionnellement, elle peut être maintenue de manière continue jusqu’au décès de la personne, quand tout autre moyen s’est révélé inopérant pour soulager les souffrances réfractaires d’une personne en toute fin de vie, avec un pronostic vital engagé à court terme.
« Le critère de l’intention est essentiel : la sédation profonde et continue jusqu’au décès doit toujours être destinée à soulager, jamais à provoquer la mort. Dans ce cadre précis, la sédation profonde et continue jusqu’au décès illustre la " voie française " sur le sujet de la fin de vie, qui tient une ligne de crête entre refus de l’obstination déraisonnable et refus de la mort provoquée », est-il écrit dans l'article Euthanasie et suicide assisté en Europe : seuls 7 pays de l'Union européenne les autorisent, du site alliancevita.org

Une vision différente de la maladie, de la souffrance, de la mort
Isaure Delhay dénonce fermement, sur ses réseaux sociaux, le « délit d'entrave à l'aide à mourir » qui serait mis en place si la loi est adoptée. « Parce que ce qui est encore un crime est en train de devenir un acte médical encadré, présenté comme un progrès au nom d’une liberté absolue ».
Elle s'interroge sur la conduite qu'elle devra alors adopter en tant que médecin ayant sa conscience et des croyances fortes : « Ce qui me fait le plus peur, c’est de devoir participer, même de loin, à un acte d’euthanasie. Si je ne suis pas d’accord avec un patient qui en ferait la demande, je serais tenue de le réorienter vers un autre médecin, sous peine de sanctions. Cela me travaille profondément : où est-ce que je place ma conscience, ma foi ? Est-ce que j’aurai le courage de dire non ? »
Les personnes en fin de vie, ayant une foi ou une conscience forte, ont la conviction, au fond, qu'elles ne peuvent pas réellement choisir leur destin. Elles sont humbles et acceptent ce qui leur arrive comme un passage obligé de leur chemin de vie. La maladie et la souffrance n'ont-elles pas aussi un rôle dans notre vie humaine ? N'y a-t-il pas encore en soi des cœurs ou des comportements à améliorer et d'autres à abandonner? Même si nous quittons ce monde, notre véritable conscience est-elle anéantie? Il reste encore beaucoup d'espoir.

Heureusement, il y a des soignants qui ont des outils et un savoir-faire pour soulager la douleur, autant physiquement que moralement. Les personnes en fin de vie devraient toutes pouvoir bénéficier de services de soins palliatifs pour quitter ce monde dignement et se préparer sereinement à un prochain et mystérieux voyage.
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