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Homme. Comment l’Orient et l’Occident ont perçu le cancer de manière différente 

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Le cancer demeure l’une des maladies les plus redoutées au monde. Face à sa gravité et à la difficulté de le vaincre, les peuples de différentes cultures ont cherché non seulement à le soigner, mais aussi à le comprendre à travers le langage, l’imagerie et les récits. Ceci a engendré des différences fascinantes entre l’Orient et l’Occident. 

En Occident, le cancer a été associé à un crabe. Dans la pensée traditionnelle chinoise, il était souvent comparé à une pierre ou un rocher aux arêtes vives. Ces deux images, bien que différentes, sont nées d’une observation attentive et d’un désir commun de donner un sens à cette maladie terrifiante.

Une voix contemporaine sur la guérison

Avant d’aborder l’histoire, il convient de s’attarder sur une figure contemporaine dont les idées apportent une dimension plus personnelle au sujet.

Gladys McGarey (1920 - 2024), souvent surnommée la « mère de la médecine intégrative », a parlé publiquement de ses deux diagnostics de cancer, dont un à plus de 90 ans. Elle a expliqué avoir abordé ces deux diagnostics différemment, optant pour des thérapies naturelles dans un cas et pour des traitements occidentaux conventionnels dans l’autre. En réfléchissant à ces expériences, elle revenait souvent à une idée : apprendre à s’aimer.

Cette expression peut paraître simpliste au premier abord, mais Mme McGarey l’employait dans un sens plus large. Elle décrivait ce qu’elle appelait la « médecine vivante » comme une approche qui intègre les connaissances médicales tout en reconnaissant le rôle de la vie intérieure, de l’attitude et de la vitalité du patient. Selon elle, le traitement est important, mais la manière dont les personnes soutiennent leur propre guérison par l’espoir, la foi et la bienveillance envers elles-mêmes l’est tout autant.

Que l’on adhère ou non à tous les aspects de cette philosophie, elle soulève une question intéressante : la façon dont on perçoit la maladie influence la manière dont on y réagit. Cela est vrai non seulement pour les individus d’aujourd’hui, mais aussi pour des civilisations entières du passé.

Pourquoi l’Occident l’a appelé cancer

Comment l’Orient et l’Occident ont perçu le cancer de manière différente
Au IVe siècle av. J.-C., Hippocrate aurait remarqué que certaines tumeurs présentaient une masse centrale dure d’où rayonnaient des veines gonflées. Pour lui, cette forme évoquait un crabe. Il utilisa le mot grec karkinos, qui signifie « crabe », pour décrire la maladie. Plus tard, les érudits romains traduisirent le terme en latin par « cancer », qui signifie également « crabe ». (Image : wirestock / envato)

À sa forme la plus simple, le cancer est une maladie caractérisée par une croissance cellulaire incontrôlée. Normalement, les cellules du corps humain croissent, se divisent et meurent selon des processus rigoureusement régulés. Lorsque ces mécanismes de régulation sont perturbés, les cellules peuvent se multiplier anormalement, former des tumeurs, envahir les tissus environnants et perturber le fonctionnement normal de l’organisme.

Le mot anglais « cancer » a une histoire bien plus ancienne que beaucoup ne le pensent. On peut en retracer l’origine jusqu’à la Grèce antique, il y a plus de 2 000 ans.

Au IVe siècle av. J.-C., Hippocrate, souvent considéré comme le père de la médecine occidentale, aurait observé certaines tumeurs malignes et remarqué une particularité frappante : certaines présentaient une masse centrale dure d’où rayonnaient des veines gonflées. Pour lui, cette forme évoquait un crabe, avec un corps rond et des pattes disposées dans différentes directions.

Il utilisa le mot grec karkinos, qui signifie « crabe », pour décrire la maladie. Plus tard, lorsque les érudits romains adoptèrent les connaissances médicales grecques, ils traduisirent le terme en latin par « cancer », qui signifie également « crabe ». De là, le mot est entré dans les langues européennes et est resté associé à la maladie.

C’est un exemple frappant de la façon dont la médecine s’est toujours appuyée non seulement sur des connaissances techniques, mais aussi sur la métaphore. Ce que les médecins voyaient de leurs propres yeux est devenu partie intégrante du langage courant.

La vision des médecins chinois

Comment l’Orient et l’Occident ont perçu le cancer de manière différente
Les écrits médicaux chinois font référence aux tumeurs depuis l’Antiquité. Lorsque les médecins observaient des excroissances visibles ou superficielles, ils notaient que ces masses pouvaient être extrêmement dures, irrégulières et difficiles à manipuler à la pression. Plutôt que de penser à un animal, ils pensaient à des formations rocheuses ou à de la pierre rugueuse. (Image : ABBPhoto / envato)

La médecine traditionnelle chinoise a développé sa propre manière de décrire les tumeurs, et l’image qu’elle privilégiait était très différente.

Les écrits médicaux chinois font référence aux tumeurs depuis l’Antiquité. Lorsque les médecins observaient des excroissances visibles ou superficielles, comme celles affectant le sein ou la peau, ils notaient que ces masses pouvaient être extrêmement dures, irrégulières et difficiles à manipuler à la pression. Plutôt que de penser à un animal, ils pensaient à des formations rocheuses ou à de la pierre rugueuse.

Cela explique pourquoi les descriptions traditionnelles chinoises du cancer évoquent souvent une masse dure, irrégulière et montagneuse. Si les médecins occidentaux y voyaient une ressemblance avec un crabe, les médecins chinois se concentraient sur la dureté de la tumeur elle-même.

Cette différence est révélatrice sur le plan culturel. Les deux traditions étudiaient la même réalité effrayante, mais chacune avait recours à une image différente. L’une privilégiait les mouvements instinctifs et les veines rayonnantes. L’autre mettait l’accent sur la dureté, le poids et l’immobilité.

Dans les deux cas, la métaphore reflétait une observation attentive. Et dans les deux cas, elle véhiculait aussi une idée plus profonde : le cancer était perçu comme une maladie redoutable et menaçante, une anomalie qui n’avait pas sa place dans l’ordre normal du corps.

Comment le crabe a conquis les étoiles

Comment l’Orient et l’Occident ont perçu le cancer de manière différente
Cancer (avec un C majuscule) désigne le signe astrologique du Crabe. Cet usage provient également du latin « crabe », mais sa place dans le ciel nocturne est issue d’un récit de la mythologie grecque. (Image : High-Fliers / envato)

L’association occidentale entre le cancer et le crabe s’est enrichie d’une autre dimension grâce à la mythologie.

En français, Cancer (avec un C majuscule) désigne le signe astrologique du Crabe. Cet usage provient également du latin « crabe », mais sa place dans le ciel nocturne est issue d’un récit de la mythologie grecque.

Selon le mythe, le héros Héraclès, connu dans la tradition romaine sous le nom d’Hercule, accomplissait les douze travaux qui lui avaient été assignés après une période tragique de sa vie. L’un de ces travaux consistait à vaincre l’Hydre, un monstre serpentiforme à plusieurs têtes. La créature était particulièrement difficile à tuer car, lorsqu’une tête était coupée, d’autres pouvaient repousser.

Durant le combat, la déesse Héra, qui haïssait Héraclès, envoya un crabe géant pour l’en empêcher. Le crabe agrippa son pied de ses pinces, tentant de le gêner dans son combat contre l’Hydre. En vain. Héraclès écrasa le crabe et vainquit ainsi le monstre.

Comment l’Orient et l’Occident ont perçu le cancer de manière différente
La place de la constellation du Cancer dans le ciel nocturne est issue d’un récit de la mythologie grecque. (Image : wikimedia / Later version(s) were uploaded by Orthogaffe, Looxix at fr.wikipedia., CC BY-SA 3.0)

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En reconnaissance des services rendus par le crabe, Héra le plaça dans le ciel, où il devint la constellation du Cancer.

Ce mythe n’a rien à voir avec la médecine au sens scientifique du terme, mais il montre à quel point l’image du crabe s’est ancrée dans l’imaginaire occidental. Le même mot qui désignait une maladie désignait aussi une constellation, liant ainsi médecine, langage et mythe d’une manière qui perdure encore aujourd’hui.

Des images différentes, mais un instinct humain partagé

Comment l’Orient et l’Occident ont perçu le cancer de manière différente
Aujourd’hui encore, on ne se contente pas de chercher des traitements. On cherche un sens, un langage, et des moyens d’affronter la maladie avec courage. À travers les cultures et les siècles, cette dimension de la réaction humaine face au cancer demeure inchangée. (Image : africaimages / envato)

Le contraste entre l’Orient et l’Occident est saisissant. Dans la tradition occidentale, le cancer est assimilé à un crabe, une créature à la carapace dure et aux tentacules préhensiles. Dans la pensée traditionnelle chinoise, il est plutôt comparé à la pierre : dur, irrégulier et résistant à la pression.

Ce sont là des visions différentes, mais elles découlent d’un même instinct humain : celui d’observer attentivement ce qui est effrayant et de lui donner une forme que l’on peut nommer et comprendre.

Cet instinct nous anime encore aujourd’hui. Aujourd’hui encore, on ne se contente pas de chercher des traitements. On cherche un sens, un langage, et des moyens d’affronter la maladie avec courage. À travers les cultures et les siècles, cette dimension de la réaction humaine face au cancer demeure inchangée.

Rédacteur Charlotte Clémence

Source : How East and West Came to Picture Cancer Differently
www.nspirement.com

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