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Société. La crise du mariage en Chine pousse toute une génération vers le célibat

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Une « révolution silencieuse » de près de 300 millions de jeunes Chinois

En Chine, le nombre de mariages recule un peu plus chaque année, tandis que les agences matrimoniales voient les hommes déserter en masse leurs services. Derrière ce basculement social, qui prend la forme d’une véritable crise du mariage en Chine, se dessine le portrait d’une jeunesse lasse des injonctions matérielles et désormais tentée de se détourner, plutôt que de résister, à l’institution conjugale.

Le mariage, un fardeau plus qu’un bonheur

« Tu n’es pas marié ? Pourquoi donc ? » Sur les réseaux sociaux chinois, la question tourne en boucle, et les réponses ont de quoi surprendre. « Sans femme, on se sent léger comme l’air. Je dépense mon argent comme je veux, je n’ai de comptes à rendre à personne. Le sommet, pour un homme, ce n’est pas d’avoir une épouse : c’est d’avoir un appartement, une voiture, un fils et des économies », confie un jeune homme dans une vidéo devenue virale.

D’autres comparent carrément le mariage à un emprunt immobilier sans fin : « Le prix de la fiancée, ce n’est qu’un apport initial. Après, il faut reverser son salaire à son épouse chaque mois, comme des mensualités de crédit, à vie. Et si tu perds ton emploi et ton salaire, ta belle-mère peut très bien reprendre sa fille : tout cet argent, parti pour rien », résume un autre internaute, non sans ironie.

Ces témoignages traduisent un basculement bien plus large : celui d’une génération qui délaisse le mariage parce qu’elle choisit, en toute conscience, de s’en détourner.

Du nombre de mariages, en baisse constante d’année en année, à l’inversion du rapport hommes-femmes observée sur les plateformes de rencontre, l’institution du mariage traverse aujourd’hui, en Chine, la plus grave crise de confiance de son histoire. Les jeunes n’ont plus peur qu’on les pousse à se marier : ils choisissent désormais, d’eux-mêmes, d’y renoncer.

En apparence, il s’agit d’une révolution des sentiments ; en réalité, ce mouvement reflète surtout le ralentissement économique que traverse le pays. À mesure que « ne pas se marier » devient l’option de la majorité, la Chine entre de plain-pied dans ce que certains observateurs appellent déjà « l’ère du super-célibat ».

Sur le marché matrimonial, les hommes se font rares

Dans les rendez-vous organisés à travers le pays, un renversement inédit s’observe : les candidats masculins deviennent presque aussi rares que des espèces protégées.

La crise du mariage en Chine pousse toute une génération vers le célibat
Sur le marché chinois des rencontres, les hommes se font de plus en plus rares. (Image : Sasin Tipchai / Pixabay)

Une jeune femme explique, dans une vidéo largement partagée, chercher « un mari dont le patrimoine atteigne le niveau A8 » — non pas l’Audi, précise-t-elle, mais « un patrimoine à huit chiffres », soit plusieurs dizaines de millions de yuans. Interrogée sur ce qui pourrait justifier un tel choix de la part de l’homme visé, elle invoque sa jeunesse, son bon caractère et son sens du foyer — mais son salaire mensuel, l’équivalent de quelques centaines d’euros, jette un froid sur la discussion.

« Cette année, le vent a vraiment tourné. Les femmes s’affolent, elles voudraient signer les papiers dans la minute ; les hommes, eux, se sont mis en retrait, en bloc. Ils ont compris qu’ils n’arriveraient jamais à remplir les conditions posées en face — appartement, voiture, prix de la fiancée élevé — sans même la garantie d’un bon accueil en retour. Alors ils préfèrent renoncer », résume un observateur du phénomène.

Une crise du mariage en Chine sans précédent

Les chiffres confirment l’ampleur du mouvement. Une enquête publiée cette année par l’université normale de Pékin, consacrée aux conceptions du mariage et de la parentalité chez les jeunes, a suivi le comportement de célibataires en âge de se marier entre 2022 et 2026. Elle révèle que la part des hommes célibataires renonçant volontairement à toute recherche d’une conjointe est passée de moins de 30 % à près de 70 % en quatre ans, soit une hausse de 42 points — un basculement qui résume, à lui seul, la crise du mariage en Chine que traverse aujourd’hui le pays.

« Le nombre de personnes en recherche de se marier a presque diminué de moitié par rapport à avant. De plus en plus de gens ne veulent plus chercher, et parmi eux, la proportion d’hommes ne cesse d’augmenter », témoigne une professionnelle du conseil matrimonial.

Trois raisons de ne plus vouloir se marier

Selon elle, le désengagement masculin s’explique par trois facteurs : le coût exorbitant de chaque étape, des premiers rendez-vous à l’achat d’un logement, en passant par le prix de la fiancée traditionnel ; l’épuisement affectif ressenti face à des attentes émotionnelles jugées sans limite ; et l’insécurité d’une relation où le moindre désaccord peut mener à la rupture, laissant peu de place à l’erreur.

« Aujourd’hui, la volonté de se marier est bien plus faible chez les hommes que chez les femmes. Il ne faut pas croire que ce sont elles qui refusent le mariage : la plupart des hommes n’en veulent plus non plus », résume une internaute dans une vidéo consacrée au sujet.

Du côté des femmes, l’envie d’indépendance

Le désenchantement n’épargne pas les femmes, mais leurs raisons diffèrent. « Je n’ai jamais ressenti le besoin d’un homme pour m’apporter de l’amour ou résoudre mes problèmes. Je suis sans doute quelqu’un d’assez indépendant : ma vie n’a jamais été marquée ni par de grandes épreuves, ni par de grands bonheurs — elle a simplement été tranquille », explique l’une d’elles.

Une autre observatrice décrit un phénomène qu’elle trouve troublant chez ses amies en couple depuis plusieurs années : dès que la question des fiançailles se rapproche, une forme de résistance, presque de fuite, s’installe — la crainte de voir un compagnon peu impliqué au foyer le devenir plus encore une fois marié, ou celle de sombrer dans la routine, jusqu’à devenir « des inconnus familiers ».

Quand les comptes du ménage ébranlent un couple

Longtemps considérés comme une étape incontournable de l’existence, le mariage et la naissance d’un enfant s’imposaient naturellement dans l’échelle des valeurs dominantes. Mais un courant inverse gagne aujourd’hui du terrain, celui du renoncement conjoint au mariage et à la parentalité.

Le témoignage d’une jeune femme mariée depuis moins d’un an illustre cette fragilité nouvelle. « Moins d’un an après notre mariage, mon mari et moi sommes presque au divorce. Il veut sortir s’amuser, je refuse. Comme le dit un vieux dicton chinois : Dans un couple qui manque d’argent, chaque petit tracas du quotidien tourne au drame », confie-t-elle.

La crise du mariage en Chine pousse toute une génération vers le célibat
De nombreux jeunes couples connaissent des conflits incessants après leur mariage, ce qui décourage les gens de se marier. (Image : Yi Ming / génénée avec Chatgpt)

Tous deux traversent une période d’instabilité professionnelle : lui enchaîne des missions en sous-traitance, payées à la journée, sans aucune garantie de lendemain. Elle, de son côté, a calculé qu’une fois le loyer, les repas et la colocation à Pékin déduits, son salaire mensuel ne lui laisse presque rien.

Sans logement, sans voiture et sans enfant — elle l’admet elle-même, c’est avant tout la peur de ne pas pouvoir assumer financièrement une naissance qui les retient — elle préfère épargner plutôt que dépenser, une prudence que son mari lui reproche, la jugeant trop pointilleuse, comme si économiser était devenu un défaut.

Face à l’ampleur des prix de la fiancée exigés, certains hommes ont même mis au point des parades : l’un d’eux raconte avoir accepté de verser la totalité du prix de la fiancée réclamé, à condition que la somme soit empruntée à la banque au nom de sa fiancée. Tant que le couple reste marié, c’est lui qui rembourse ; mais si elle demande le divorce, le solde de l’emprunt lui revient intégralement.

Vivre seul, libre et sans compte à rendre

Dans ce climat de défiance généralisée, une partie des célibataires de trente et quarante ans, sans enfant, revendique au contraire une existence enviable. « Ils n’ont ni parents âgés ni enfants à charge : ils dorment quand ils ont sommeil, mangent quand ils ont faim. Ils travaillent s’ils en ont envie, sinon ils voyagent, vont à des concerts, s’offrent ce qui leur plaît », s’amuse une internaute qui se reconnaît dans ce portrait, avant d’énumérer, non sans humour, les trois soucis qui rythment son quotidien : comment poser un congé de mariage sans se marier, un congé maternité sans avoir d’enfant, et comment continuer à recevoir des enveloppes rouges aux mariages de ses proches sans jamais avoir à en offrir en retour.

D’autres témoignages, plus amers, pointent un déséquilibre financier au sein même des couples mariés. « On travaille pour alléger la charge de son mari, et puis on se rend compte que c’est l’inverse : il ne nous donne plus rien, et en plus il guette notre argent. Plus le temps passe, moins on a envie de rester avec lui », résume une internaute, résignée.

Un déséquilibre démographique hérité du passé

Derrière ces choix individuels se cache un déséquilibre bien plus ancien, hérité de plusieurs décennies de politique de l’enfant unique imposée par le régime chinois, combinée à la préférence traditionnelle pour les garçons. Cette double contrainte a provoqué une pénurie sévère de femmes en âge de procréer : les hommes sont aujourd’hui plusieurs dizaines de millions de plus que les femmes en Chine.

En 2025, les femmes de 20 à 34 ans — 85 % de la population féminine en âge de procréer — étaient estimées à 105 millions ; ce chiffre devrait chuter à 58 millions d’ici 2050. Dans le même temps, le niveau d’éducation des femmes a considérablement progressé, accentuant le phénomène de ces célibataires diplômées, que la société chinoise qualifie parfois, non sans dureté, de « femmes restantes » — jugées, selon les critères traditionnels, trop âgées ou trop qualifiées pour trouver un mari. L’ensemble de ces facteurs dessine un marché matrimonial marqué par un déséquilibre profond entre l’offre et la demande.

Rédacteur Yi Ming

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