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Histoire. La Soufrière 50 ans après l’éruption de 1976, la mémoire d’un volcan sous haute surveillance

FRANCE > Histoire

Point culminant des îles de Guadeloupe, la Soufrière trône avec une certaine majesté. Star de la biodiversité, elle génère une végétation luxuriante et attire des milliers de visiteurs. L’éruption de 1976 a effrayé. Menaçante, dangereuse, « la vieille dame » est sortie de sa réserve et a fait fuir une population acquise à sa cause. Revenons sur cet évènement historique dont les répercussions sont visibles 50 ans après.

Un volcan actif : état des lieux

Du haut de ses 1467 m, la Soufrière c’est le plus haut sommet des petites Antilles, elle est le seul volcan actif des îles de Guadeloupe. Contrairement au surnom de « vieille dame » que lui ont attribué affectueusement les Guadeloupéens, c’est un massif volcanique relativement jeune, âgé de 200 000 ans environ.

La Soufrière 50 ans après l’éruption de 1976, la mémoire d’un volcan sous haute surveillance

La Soufrière est située dans le sud de la Basse-Terre, la partie de l’île entièrement volcanique. Sa végétation luxuriante contraste avec l’autre partie de l’île plate et sèche, la Grande-Terre. 

C’est un volcan au comportement complexe de type explosif comme la montagne Pelée en Martinique. Ses fumerolles et ses projections de vapeur phréatiques en font un volcan actif observé en permanence depuis l’éruption de 1976.  

L’éruption de 1976 : que s’est-il passé le 8 juillet ?

Ce jour-là reste gravé dans la mémoire des Basse-Terriens et en particulier les habitants de Saint-Claude, la ville nichée au pied du volcan. Ils se sont retrouvés, sous une pluie de cendres qui s’abattaient sur les lieux et …sur eux-mêmes. À la stupéfaction générale, la ville s’est vue plongée dans l’obscurité en plein jour : était-ce l’Apocalypse ? Il est vrai que depuis 1975, l’activité du volcan n’avait pas échappé aux riverains compte tenu du nombre impressionnant de séismes ressentis.

Les habitants de Saint-Claude et de Basse-Terre, la ville la plus attractive de l’archipel guadeloupéen à l’époque, s’empressent de fuir pour échapper à cette éruption menaçante. Près de 25 000 personnes ont quitté d’eux-mêmes les abords du volcan, fuyant le danger pour trouver refuge dans les villes voisines.

L’explosion du 9 août : date décisive

Fallait-il recourir à une évacuation générale officielle ? Les autorités attendent l’avis des experts. Le plus reconnu des vulcanologues de l’époque, Haroun Tazieff, arrive le 13 juillet. Il se veut rassurant : il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Le journal local annonce en gros titres :

« Après 24h d’observation, les savants autour d’Haroun Tazieff sont formels : pas de danger pour la population. » Le spécialiste des volcans s’envole pour accomplir une mission en Équateur. Cependant, l’activité de la Soufrière ne faiblit pas. 

La première explosion du 8 juillet est suivie d’une autre encore plus spectaculaire. Le site la1èrefranceinfo.fr développe : « Le 9 août 1976, une explosion importante au sommet du volcan crée un immense nuage de cendres qui plonge Basse-Terre et Saint-Claude dans l’obscurité. Explosions phréatiques, secousses et émanations toxiques sèment la panique et créent un nouveau mouvement des populations vers la Grande-Terre ».

La Soufrière 50 ans après l’éruption de 1976, la mémoire d’un volcan sous haute surveillance
Le drame de la montagne Pelée, volcan de type explosif comme la Soufrière occupe les esprits : en Martinique l’éruption du 8 mai 1902 avait tué 30 000 personnes en quelques minutes. (Image : wikimedia / Internet Archive Book Images, No restrictions)

Évacuation massive du 15 août : une migration historique

Les vulcanologues consultés, le professeur Brousse et le physicien Michel Feuillard estiment que le risque d’explosion est imminent. Le drame de la montagne Pelée, volcan de type explosif comme la Soufrière occupe les esprits : en Martinique l’éruption du 8 mai 1902 avait tué 30 000 personnes en quelques minutes.

Le préfet Aurousseau choisit le principe de précaution. Il ordonne l’évacuation d’une population de 73 000 personnes qui vont se réfugier sur la Grande-Terre. Une évacuation qualifiée de « plus grande évacuation des Antilles françaises » C’était un sauve-qui-peut. Les gens empruntaient la route, la mer ou les airs.

Il a fallu nourrir, loger, scolariser un nombre de réfugiés qui devenaient des étrangers dans leur propre pays. Un mouvement de solidarité s’est mis en place mais certains Basse-Terriens ont vécu difficilement une forme de stigmatisation. Ils disaient : « on nous appelait « magma » par ce qu’on avait fui le volcan et on est arrivé couvert de cendre. » ont révélé certains réfugiés interrogés.

Témoignages : 50 ans après

Victor habitant de Saint-Claude au moment des évacuations se souvient : « Au moment de la Soufrière j’avais 17 ans. J’étais à Saint-Claude. J’ai vu le ciel se recouvrir. J’entends des bruits de pas. Je regarde le ciel. Je vois de la … cendre…Je suis déjà devenu blanc, grisâtre. J’ai vu de la cendre qui tombait, çà s’accumule... Je retourne, je vais à la maison Je suis resté calfeutré (…) Pendant l’éruption, c’était le 8 juillet précisément puis ils ont parlé d’évacuation. » 

Puis Victor explique que sa famille et lui-même regagnent une maison familiale basée à Pointe-Noire, une petite ville située plus au nord de la Basse-Terre. Il présente ensuite les nouvelles modalités de sa scolarité basée en Grande-Terre. 

Scolarité et vie familiale revisitées

« Pour l’organisation ils avaient alterné : le matin il y avait les Grand-Terriens et l’après-midi, ils avaient fait en sorte que ce soit libéré pour le lycée Gerville Réache.

L’expérience ?... Pas spécialement traumatisante. J’étais jeune, ça m’a fait un changement. J’ai fait le premier trimestre à Baimbridge ».

Victor explique qu’au deuxième trimestre il a entrepris ses études secondaires au lycée de Basse-Terre comme prévu. La grande nouveauté pour lui, c’est que ses parents n’ont pas souhaité retourner à Basse-Terre. Comme le volcan ne se manifestait plus, les réfugiés ont pu regagner leur domicile à la fin de l’année 1976. Beaucoup d’entre eux, traumatisés par le réveil du volcan ne sont jamais retournés vivre sur la Basse-Terre.

Luc, autre témoin s’exprime. Il habitait Gourbeyre, ville proche de Basse-Terre. Il se souvient lui aussi : « Je n’avais que 4 ans à l’époque et le seul souvenir que j’ai c’est ma mère qui regardait les voitures qui descendaient en direction de la Grande-Terre et les voitures étaient remplies de cendre. C’était tout gris. »

Vivre avec son volcan

 Que dire 50 ans après ? Tirer parti des leçons du passé, apprendre à mieux connaître ce géant indomptable serait la meilleure option. Christian Antenor Habazac, ingénieur à la retraite, ancien directeur adjoint de l’Observatoire Vulcanologique et Sismologique de la Guadeloupe avoue : « en 1976 personne ne savait comment fonctionnait scientifiquement ce volcan. » Il en déduit que nul n’aurait pu prévoir les suites du phénomène. 

D’autres experts pensent qu’il incombe aux autorités de décider l’évacuation des populations et non aux scientifiques. Les querelles entre vulcanologues ne sauraient garantir la sécurité des populations. Depuis la dernière éruption de 1976, la Soufrière est l’un des volcans les plus surveillés au monde. Une équipe d’experts surveille 24h sur 24 ses moindres soubresauts.

Il s’agit d’apprendre à vivre avec le volcan.

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