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France. Silent Harvest : le documentaire qui brise vingt ans de silence sur les prélèvements forcés d’organes en Chine

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Vingt ans après la révélation des prélèvements forcés d’organes pratiqués sur des prisonniers de conscience en Chine, l’organisation Doctors Against Forced Organ Harvesting (DAFOH) sort de l’ombre un travail d’enquête inédit. Présenté en avant-première à Washington le 16 mai 2026, le documentaire Silent Harvest est désormais consultable gratuitement en France sur le site officiel de l’organisation. 

Le documentaire rassemble dix ans de tournage, des dizaines de témoignages médicaux et une masse de preuves statistiques pour documenter ce que ses auteurs qualifient de crime contre l’humanité, toujours en cours. 

Vingt ans de silence, dix ans d’enquête

L’histoire de Silent Harvest commence en 2006, année où l’affaire éclate au grand jour : en mars, un témoin sort de l’anonymat pour révéler au quotidien The Epoch Times l’existence de prélèvements systématiques pratiqués sur des pratiquants de Falun Gong détenus dans des installations clandestines en Chine.

Quelques mois plus tard, en juillet, lors du congrès mondial de transplantation d’organes à Boston, le médecin Torsten Trey s’entretient avec deux médecins chinois. L’un d’eux lui indique que son établissement a réalisé deux mille greffes du foie l’année précédente – un chiffre supérieur à celui de l’Allemagne entière sur une année. Interrogé sur l’origine de ces organes, un second médecin lui répond qu’ils proviennent de pratiquants de Falun Gong. C’est de cette rencontre que naît DAFOH, l’organisation que Torsten Trey fonde pour enquêter sur cette pratique.

Deux décennies plus tard, Silent Harvest est la synthèse de ce travail. Le film, tourné sur dix ans, réunit les analyses d’une douzaine d’experts internationaux – le bioéthicien Arthur Caplan, l’ancien vice-président du Parlement européen Edward McMillan-Scott, les chirurgiens transplanteurs Zain Khalpey et Jacob Lavee, ou encore la spécialiste australienne Maria Fiatarone Singh – ainsi que des témoignages de survivants.

Selon son producteur, Keith Wahrer, l’objectif est de porter la question devant l’opinion publique afin que la pression citoyenne pousse les responsables politiques à agir. Le visionnage requiert une certaine préparation : le film contient des images difficiles, liées à la description de tortures et de violences.

Des chiffres qui ne trompent pas

L’un des axes centraux de Silent Harvest est la démonstration, par les données elles-mêmes, de l’ampleur du système chinois de transplantation. D’après le professeur Weldon Gilcrease, directeur adjoint de DAFOH et oncologue à l’université de l’Utah, le nombre de greffes hépatiques réalisées en Chine serait passé d’une dizaine par an au début des années 1990 à plus de trois mille vers 2004, alors même que le pays ne disposait d’aucun système d’attribution des organes.

Un article du quotidien officiel Nanfang Zhoumo, publié en 2010, évoquait un nombre de greffes du foie multiplié par dix entre 1999 et 2000, puis encore par trois de là à 2005 – soit une multiplication par trente en six ans. Le nombre d’hôpitaux chinois autorisés à pratiquer ce type de greffe serait quant à lui passé d’une vingtaine à plus de cinq cents sur la même période, contre une centaine seulement aux États-Unis, pays pourtant considéré comme le plus avancé en la matière.

Ces chiffres coïncident avec le début de la persécution du Falun Gong en 1999, pratique de méditation fondée sur les principes de vérité, compassion et tolérance, dont le nombre d’adeptes en Chine était alors estimé à plusieurs dizaines de millions.

Interrogé le 12 juillet par Vision Times, Harold King, responsable de DAFOH pour l’Europe, précise que le temps d’attente pour une greffe en Chine dépasse rarement un mois, parfois quinze jours seulement, un délai incompatible avec un système reposant sur le don volontaire. 

Silent Harvest : le documentaire qui brise vingt ans de silence sur les prélèvements forcés d’organes en Chine
Harold King, responsable de DAFOH pour l’Europe, nous a parlé de la vérité révélée par ce documentaire ainsi que des attentes de DAFOH. (Image : VisionTimes)

Il cite l’exemple d’un hôpital de Tianjin doté de 750 lits réservés à la transplantation, dont l’activité annuelle égalerait, à elle seule, l’ensemble des greffes réalisées en France sur une année – et la Chine compterait trois établissements de cette taille, sans compter la quasi-totalité des hôpitaux du pays qui pratiquent, à un degré ou un autre, ce type d’intervention.

Le film rapporte également des témoignages de pratiquants de Falun Gong ayant survécu à leur détention : prises de sang répétées, examens d’urine, radiographies systématiques, alors même que ces personnes étaient soumises à la torture. Pour la chercheuse Maria Fiatarone Singh, ces examens ne peuvent s’expliquer par un souci médical envers des détenus maltraités, ils correspondraient à une recherche de compatibilité tissulaire en vue d’une transplantation.

Le bioéthicien Arthur Caplan souligne pour sa part que le simple fait d’apparier un donneur et un receveur sans consentement équivaut déjà à désigner la personne comme future source d’organes.

Où en sont les efforts de DAFOH

Au-delà du bilan historique, Silent Harvest s’inscrit dans une actualité législative en mouvement. Harold King indique que la Chambre des représentants américaine a déjà adopté une première version du Falun Gong Protection Act, texte qui inclut également la protection des minorités ouïghoures. DAFOH espère désormais que le Congrès votera la loi définitive avant la fin de l’année.

Harold King insiste sur la spécificité du système chinois par rapport au trafic d’organes classique : alors que ce dernier, géré par des réseaux criminels à but lucratif, concerne surtout les reins et des fragments de foie, le système chinois, organisé et couvert par l’État, porterait sur tous les organes vitaux – cœur, poumons, foie, reins, mais aussi cornées, peau ou intestins – et impliquerait, à des degrés divers, la police, la justice, l’armée et le corps médical.

Ce constat rejoint les conclusions de plusieurs enquêtes indépendantes évoquées dans le documentaire : le rapport Kilgour-Matas de 2006, celui de 2016 coécrit avec le journaliste Ethan Gutmann, qui estimait à 1,5 million le nombre de greffes réalisées en Chine entre 2000 et 2016, et le jugement du tribunal populaire indépendant de Londres en 2020, qui concluait que le Falun Gong demeure probablement la principale source de ces prélèvements, la persécution des Ouïghours constituant un phénomène plus récent.

Voir Silent Harvest gratuitement en France

Le documentaire est proposé en accès libre et gratuit sur le site officiel du film, relayé par DAFOH France, permettant au public francophone de découvrir l’ensemble des témoignages et des données évoqués ci-dessus.

DAFOH invite notamment chacun à faire circuler le film auprès de ses proches, de ses collègues, et à signer la pétition en ligne, deux gestes que l’organisation présente comme les moyens les plus directs d’agir contre un système qu’elle décrit comme entretenu, depuis vingt ans, par le silence international.

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