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Chine. De nouvelles restrictions de sortie du territoire chinois, le contrôle douanier se durcit

ACTUALITÉ > Chine

De nouvelles règles sur l'entrée et la sortie du territoire chinois doivent entrer en vigueur le 15 septembre, marquant un tournant dans les restrictions de sortie du territoire chinois. Des témoins rapportent que le contrôle douanier s'est déjà durci dans certains aéroports du pays, où « de nombreux voyageurs sont refoulés ». Une internaute a même ironisé sur une ambiance de contrôle digne d'un pays en état d'alerte, « comme face à un ennemi ». Par ailleurs, la confiscation des passeports touche désormais bien au-delà des seuls fonctionnaires et employés du secteur public.

Le nouveau règlement et le témoignage d'une internaute

Le 31 juillet, le gouvernement chinois a publié le Règlement du Conseil des affaires d'État sur la gestion des entrées et sorties du territoire. Le texte prévoit qu'un ressortissant chinois jugé susceptible de porter atteinte à la sécurité industrielle ou technologique du pays pourra se voir interdire de quitter le territoire, l'un des piliers de ces nouvelles restrictions de sortie du territoire chinois. Les Chinois d'outre-mer considérés comme portant atteinte à la sécurité ou aux intérêts nationaux pourront, à leur retour, être frappés d'une interdiction de sortie allant de six mois à trois ans. Ce règlement doit entrer en application le 15 septembre.

Le 12 août, sur la plateforme X, l'internaute « Shen Tong » a publié des photographies affirmant avoir « constaté personnellement » ce durcissement douanier. Elle y raconte avoir vu de nombreux voyageurs refoulés, dont une femme âgée en partance pour l'Australie, où elle disait vouloir « rendre visite à des amis », interrogée pendant dix minutes par une policière avant d'être finalement emmenée. Selon elle, les personnes dont le passeport pose problème sont conduites dans un local vitré tenu par la police des frontières pour y être interrogées. Elle précise avoir observé la scène pendant une vingtaine de minutes, jugeant la mise en scène impressionnante, et note que ce sont surtout les voyageurs partant de Chine qui sont ainsi contrôlés.

Elle ajoute que les contrôles se sont également renforcés dès l'enregistrement à l'aéroport. Auparavant, le personnel se contentait de demander si le passager disposait d'un visa, sans vérification approfondie. Désormais, il faut présenter sa carte verte américaine le cas échéant, et les agents des douanes posent eux aussi la question. En l'absence de carte verte, un contrôle manuel est effectué, dont l'issue reste incertaine puisque les douaniers disposent d'un large pouvoir d'appréciation. Même si, dans bien des cas, il ne s'agit que d'une formalité, l'impression laissée est mauvaise, résumée par cette formule : partir à l'étranger donne désormais l'impression d'affronter une menace imminente.

Sous cette publication, de nombreux internautes chinois ont réagi avec ironie, dénonçant un retour à une forme d'isolement du pays comme à l’époque de Mao Zedong et s'interrogeant sur le sens de mesures qui, selon eux, poussent à l'exode ceux qui en ont les moyens plutôt que de les retenir.

Des restrictions de sortie du territoire chinois qui gagnent aussi les salariés du privé

Plusieurs résidents chinois ont indiqué à Radio Free Asia que leur passeport leur avait été retiré. À Lanzhou, dans la province du Gansu, un habitant nommé Chen affirme que des référents de quartier ont, dans certaines résidences, demandé aux habitants où étaient conservés leurs passeports, sous couvert de les « aider à les garder en sécurité », précisant que cette pratique ne concernait pas tous les quartiers. Un autre internaute du Gansu rapporte que certains comités de rue sont allés jusqu'à exiger que les résidents remettent directement leur passeport aux référents de quartier, un phénomène qui, selon lui, gagne peu à peu les personnes sans lien avec l'administration.

À Chengdu, dans le Sichuan, un chauffeur de taxi du nom de Ding se souvient qu'une confiscation collective des passeports avait déjà eu lieu par le passé chez les Tibétains du Ganzi. Il explique que, riches ou modestes, fonctionnaires ou simples citoyens, les membres de cette minorité avaient dû remettre leur passeport il y a sept ou huit ans, sans jamais le récupérer depuis, une situation qu'il dit avoir également entendu évoquer à propos des Ouïghours du Xinjiang.

À Chongqing, un habitant du nom de Han Liang affirme ne pas parvenir à obtenir de passeport malgré plusieurs démarches auprès des autorités compétentes, celles-ci le considérant comme représentant un « danger pour la sécurité de l'État » en raison, selon lui, de son passé dans le mouvement démocratique, ce qui suffirait à bloquer toute demande dès lors qu'une personne y est un tant soit peu connue.

Un autre internaute rapporte que l'hôpital où travaille un de ses amis a, dans l'application de ces règles, élargi leur portée bien au-delà de ce que prévoit le texte officiel, allant jusqu'à confisquer les passeports des employés temporaires.

Le chercheur indépendant M. Fang raconte qu'à sa sortie de prison en septembre 2012, sa demande de passeport avait été acceptée en moins d'une semaine, document qu'il avait ensuite renouvelé dix ans plus tard. Mais en 2023, la police lui a indiqué directement qu'il faisait désormais l'objet d'une interdiction de sortie du territoire, rendant toute nouvelle démarche inutile. Il ajoute avoir entendu, ici et là, des échos de mesures similaires visant les fonctionnaires, le personnel des établissements publics, des écoles, des entreprises d'État et du secteur financier, sans qu'aucun texte officiel ne vienne les officialiser, ces décisions étant selon lui appliquées sans laisser de traces écrites.

Un policier des frontières témoigne

Le 4 août, sur X, le blogueur sino-canadien connu sous le nom de Lao Deng a publié les confidences d'une personne se présentant comme un agent interne de l'administration nationale de l'immigration. Selon ce policier, ce nouveau règlement ne relève pas d'un choix délibéré mais d'une nécessité, destinée à freiner une fuite des capitaux et des talents qui, sans ces mesures, ne ferait que s'accélérer, dans un contexte où l'économie s'effondre de l'intérieur et où la pression sur le maintien de la stabilité sociale ne cesse de croître.

Il affirme que les autorités chinoises n'ont désormais plus le souci de leur image à l'étranger, et compare la situation à celle d'un homme affamé pour qui la question de la dignité ne se pose plus. Fermer davantage les frontières reviendrait, selon lui, à retarder une chute plus rapide encore. Il conclut en confiant qu'il aimerait lui aussi, avec sa famille, pouvoir quitter le pays, si seulement son propre passeport ne lui avait pas été retiré.

Rédacteur Yi Ming

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