Le 23 août, c’est le premier jour de la quatorzième période solaire du calendrier traditionnel chinois : Chushu (處暑), littéralement « fin de la chaleur ». Fidèles à l’idée d’harmonie entre le Ciel et l’Homme, les Chinois anciens étaient attentifs, à cette période, aux changements climatiques et aux phénomènes célestes ; ils accordaient une attention particulière aux différentes recommandations liées à la préservation de la santé, tout en célébrant la beauté de l’automne à travers diverses coutumes traditionnelles.
Les caractéristiques climatiques de Chushu selon les textes anciens
Chushu est la deuxième période solaire de l’automne dans le calendrier traditionnel chinois ; elle survient chaque année entre le 22 et le 24 août, lorsque le soleil atteint 150° de longitude écliptique. Le caractère « 處 » (chǔ) signifie ici « cesser ».
Chushu marque ainsi le début du recul des grandes chaleurs, la baisse progressive des températures et l’accentuation de l’écart thermique entre le jour et la nuit. Cette période symbolise également le déclin progressif de l’énergie yang et la montée de l’énergie yin, la saison basculant alors du plein été vers le début de l’automne.
Les Chinois anciens divisaient Chushu en trois phases de cinq jours : « Première phase : le faucon se met à chasser les oiseaux en grand nombre ; deuxième phase : la nature commence à prendre un aspect austère, la végétation commence à se flétrir ; troisième phase : les céréales arrivent à maturité. »
Après Chushu, la saison des pluies touche à sa fin dans la majeure partie de la Chine, et les précipitations diminuent progressivement. Les habitants du Nord-Est et du Nord-Ouest du pays doivent alors se hâter de constituer des réserves d’eau, afin d’éviter que la sécheresse ne retarde les semis d’hiver pendant la période des cultures d’automne. Dans le Sud de la Chine, en revanche, Chushu coïncide avec la saison des typhons, lesquels s’accompagnent souvent de pluies torrentielles pouvant causer de graves sinistres.
L’arrivée de Chushu marque ainsi la fin de la canicule et l’approche de l’automne frais. Toutefois, bien que la grande chaleur touche à sa fin, elle subsiste encore de manière latente. Dans de nombreuses régions de Chine, des vagues de chaleur soudaines peuvent encore survenir à cette période, phénomène surnommé chaque automne le « tigre d’automne », d’où l’importance de continuer à se protéger du soleil.

L’alimentation d’automne selon la médecine traditionnelle chinoise
1. Privilégier les aliments blancs
Avec l’arrivée de l’automne, il convient de prendre soin de ses poumons. Selon la médecine traditionnelle chinoise (MTC), les aliments blancs nourriraient les poumons. Parmi les bons choix : lait, igname chinoise, radis blanc (daikon), oignon, amandes.
2. Favoriser les aliments hydratants, éviter les aliments épicés
L’automne est une saison sèche, propice aux maux de gorge et à la toux sèche, des symptômes que la MTC attribue à la « sécheresse » attaquant les poumons. Il est conseillé de privilégier, durant cette période, des aliments hydratants qui nourrissent le yin et humidifient l’organisme : miel, lait de soja, racine de lotus, tremella (champignon blanc), lys séché.
Quant aux aliments épicés et frits, susceptibles de générer de la chaleur interne (piment, poivre), ils accentuent la sécheresse de l’organisme et les symptômes liés aux poumons, il est donc recommandé d’en limiter la consommation.
3. Consommer des aliments acides
Selon la théorie des cinq éléments, « le poumon appartient au métal, le foie au bois » ; un excès de métal affaiblit le bois, c’est-à-dire le foie, l’automne est donc une saison défavorable aux maladies hépatiques. Il est ainsi conseillé de consommer avec modération des aliments acides, comme le vinaigre ou les prunes salées (umeboshi) : l’acide « entrant dans le foie » renforcerait ce dernier et l’empêcherait d’être endommagé par un excès d’énergie pulmonaire.
Bien que les aliments acides aient un effet astringent protecteur pour le foie, une consommation excessive peut irriter l’estomac et provoquer ulcères ou gastrites. Les personnes souffrant de troubles digestifs devraient en consommer peu, voire pas du tout.
4. Privilégier les aliments chauds, éviter le froid
Durant cette période, le temps est changeant, il peut faire grand soleil à midi et devenir frais dès l’après-midi, d’où l’importance de bien se couvrir.
Outre l’habillement, il est également recommandé, sur le plan alimentaire, de privilégier des mets chauds et d’éviter les fruits et légumes de nature froide, comme la pastèque. Attention : ne pas consommer trop d’aliments froids, au risque d’endommager la rate et l’estomac.

Les méthodes de bien-être recommandées par la médecine traditionnelle chinoise
1. Se protéger du soleil et bien s’hydrater
Chushu coïncidant souvent avec le retour de vagues de chaleur tardives (le fameux « tigre d’automne »), les personnes travaillant ou pratiquant une activité en extérieur doivent continuer à se protéger du soleil et boire suffisamment d’eau, afin d’éviter les coups de chaleur et les malaises.
2. Se coucher tôt et se lever tôt
Après Chushu, les soirées deviennent progressivement plus fraîches. Il est conseillé d’ajuster son rythme de vie en suivant le mouvement naturel de repli de l’énergie yang. Se coucher tôt favoriserait la nourriture du yin, tandis que se lever tôt permettrait de respirer un air frais et d’aider à purifier les poumons.
Comme les journées restent chaudes durant Chushu, la fatigue est fréquente, un phénomène couramment appelé « fatigue de l’automne ». Il est recommandé de faire une courte sieste d’environ trente minutes en milieu de journée, afin de retrouver de l’énergie et d’améliorer sa concentration.
3. Éviter les activités physiques intenses
Bien que le début de l’automne soit plus frais, il n’est pas encore recommandé de pratiquer une activité physique intense : une transpiration excessive risquerait d’épuiser les fluides corporels et d’accentuer la sensation de sécheresse.
Il est préférable de privilégier des activités douces comme la marche rapide ou le jogging léger, qui favoriseraient la bonne circulation de l’énergie et du sang, ainsi que l’équilibre entre yin et yang. Pour éviter les coups de chaleur, il est conseillé de pratiquer ces activités tôt le matin ou en fin de journée.
4. Entretien des points d’acupuncture

Une pression quotidienne ou une séance de moxibustion (5 à 10 minutes) sur certains points d’acupuncture permettrait de soulager simplement certains inconforts et d’entretenir l’équilibre du corps.
● Point Zusanli (足三里) : renforcerait la rate et l’estomac, et tonifierait l’énergie vitale.
● Point Fenglong (丰隆) : aiderait à drainer l’humidité et à soutenir une rate affaiblie.
● Point Yingxiang (迎香) : soulagerait le nez sec ou bouché causé par la sécheresse automnale.
5. Bain de pieds à l’armoise et au gingembre
Le bain de pieds est l’une des pratiques les plus courantes en médecine traditionnelle chinoise : il améliorerait la circulation sanguine tout en réchauffant l’organisme et en dissipant le froid.
Préserver son équilibre émotionnel et cultiver la sérénité de Chushu
Beaucoup constatent une baisse de moral à l’arrivée de l’automne, un phénomène parfois qualifié de « mélancolie automnale » ou de « déprime saisonnière ». Cela s’expliquerait par la diminution de l’ensoleillement et la baisse des températures, qui affecteraient la production de sérotonine et de mélatonine par le cerveau. Pour retrouver la bonne humeur, il est conseillé de sortir se promener, d’observer la nature environnante ou de passer du temps avec ses proches.
Les lettrés chinois avaient souvent l’habitude d’exprimer leurs états d’âme à travers les périodes solaires et les phénomènes naturels qui les accompagnaient. La lecture de ces vers élégants nous permet d’atteindre la paix intérieure.
Dans Sentiments au début de l’automne, sur la rivière Qujiang, le poète Bai Juyi de la dynastie Tang déplore la fuite du temps et la brièveté de la jeunesse : « Les nuages de la canicule se dissipent peu à peu, un vent frais se lève doucement. Sur l’étang, les signes de l’automne sont déjà là, la moitié des fleurs de lotus a déjà formé ses graines. Le visage juvénile perd vite son éclat, les jours continuent de s’écouler sans fin. La vie humaine est bien plus éphémère que la montagne éternelle, les années passent aussi vite que l’eau qui coule. »
Ce poème dépeint fidèlement les caractéristiques de Chushu : les nuages de chaleur se dissipent, un vent frais s’installe, les lotus se fanent, les graines de la plante commencent à se former. Devant ce paysage changeant, le poète médite sur la vieillesse inévitable et la fugacité du temps, laissant transparaître une mélancolie empreinte de nostalgie face à l’impermanence de la vie.
À l’inverse, dans Chushu, milieu du septième mois, Yuan Zhen, un autre poète de la dynastie Tang, exprime une attitude plus sereine, faite d’acceptation du rythme naturel des saisons : « Naguère le faucon chassait les oiseaux, on sent déjà venir la profondeur de l’automne. Les feuilles tombent au moindre souffle de vent, le ciel est haut et insondable. L’air se resserre, le riz et le millet mûrissent, le vent s’apaise, les insectes chantent dans l’herbe. Je verse lentement le vin de ma coupe, j’accorde le Qin (cithare chinoise) posé sur mes genoux. »

Chez Yuan Zhen, Chushu prend une tonalité paisible et détendue : l’énergie de l’automne se rassemble, les récoltes mûrissent, le vent se calme, les insectes chantent et la chaleur étouffante de l’été s’est déjà retirée sans bruit. Le poète, en harmonie avec le rythme des saisons, savoure l’instant présent avec un naturel tranquille, coupe de vin et cithare à la main, incarnant une sérénité paisible face à l’existence.
Chushu marque à la fois le passage de l’été à l’automne, et une occasion de se recentrer et d’apaiser son esprit. Que la chaleur s’efface et que l’automne s’installe : que la brise fraîche de l’automne dissipe notre agitation intérieure, afin que nous puissions, au fil des saisons, apaiser notre corps et notre esprit, avancer avec constance et sérénité.
Soutenez notre média par un don ! Dès 1€ via Paypal ou carte bancaire.












