Des chiffres circulant en ligne ont récemment suscité un vif intérêt. Au cours du seul mois écoulé, les régions du Jiangsu, du Zhejiang et de Shanghai, souvent considérées comme le moteur de l’économie chinoise, auraient connu une augmentation soudaine du nombre de personnes quittant le pays.
Quelle est l’ampleur de ce phénomène ? Selon les chiffres attribués aux autorités d’immigration de la région, pas moins de 370 000 personnes ont effectué les formalités de sortie du territoire en seulement 30 jours. Cela s’est produit en 2026, période durant laquelle le Parti communiste chinois (PCC) exerce un contrôle strict sur les voyages à l’étranger.
Le choix de destination pour les résidents du Jiangsu, du Zhejiang et de Shanghai
Plus frappant encore est le choix de destination de nombre de ces personnes. Traditionnellement, les résidents aisés du Jiangsu, du Zhejiang et de Shanghai privilégiaient des destinations comme les États-Unis, l’Australie, le Japon ou Singapour. Or, cette fois-ci, les données circulant en ligne indiquent que parmi les personnes ayant quitté la région, environ 60 à 70 % se sont d’abord rendues en Turquie plutôt que dans des villes comme New York ou Tokyo.
L’explication n’a que peu à voir avec le tourisme. Les conditions d’obtention de visa pour des pays comme les États-Unis, le Japon et l’Australie sont devenues de plus en plus difficiles à remplir pour de nombreux demandeurs issus des classes moyennes. De ce fait, la Turquie est devenue un point de transit pour ceux qui espèrent ensuite rejoindre l’Europe ou l’Amérique du Nord. Pour certains voyageurs, elle représente même l’une des rares voies d’accès restantes.
De fait, les gens se dirigent là où une voie de sortie reste ouverte, ce qui témoigne d’un sentiment d’urgence croissant.

Les passeports passent d’un droit à un privilège
Dans la Chine d’aujourd’hui, l’obtention d’un passeport semble de plus en plus dépendre de la chance — ou des relations personnelles.
Bien que la loi chinoise définisse la possession d’un passeport comme un droit civique, les critiques affirment qu’au sein du système administratif du PCC, ce droit peut facilement se transformer en privilège discrétionnaire. Dans certaines provinces, les demandeurs seraient tenus de fournir une lettre d’invitation de l’étranger avant même que leur demande de passeport ne soit acceptée.
Si une personne souhaite simplement voyager à l’étranger en tant que touriste, les autorités peuvent rejeter sa demande sous prétexte que le motif du voyage est insuffisant.
Des vidéos circulant en ligne montrent des bureaux d’immigration bondés dans plusieurs villes. De longues files d’attente s’étirent dans les couloirs, les gens attendant de déposer leurs documents. Même le renouvellement d’un permis de voyage pour Hong Kong ou Macao peut nécessiter une longue attente aux guichets manuels s’il s’agit d’une première demande.
La raison, selon de nombreux candidats, est simple : les machines ne posent pas de questions, contrairement aux humains.
Les candidats sont souvent soumis à des questions détaillées qui s’apparentent à un interrogatoire : Où allez-vous ? Quand comptez-vous revenir ? Qui garantit votre retour ?
Nombreux sont ceux qui ont le sentiment d’être engagés dans une course contre la montre. Un sentiment largement partagé en ligne est que les possibilités de quitter le pays pourraient bientôt se restreindre davantage. Certains affirment que même sans projet de voyage immédiat, le simple fait de posséder un passeport leur apporte une certaine tranquillité d’esprit.
Dans la plupart des pays, un passeport est simplement un document de voyage. Pour les citoyens chinois, selon les critiques, il ressemble de plus en plus à une demande qui ne devient valable que si les autorités donnent leur accord.

Le lieu où les gens choisissent de vivre révèle la vérité
Une simple comparaison économique permet d’expliquer pourquoi tant de personnes cherchent à partir.
Prenons l’exemple du travail de plongeur en Europe. En République tchèque, un couple travaillant dans la cuisine d’un restaurant chinois gagnerait environ 2 400 euros par mois (environ 2 600 dollars). Le problème principal ne réside pas seulement dans les revenus, mais aussi dans le coût de la vie et la protection sociale.
Pour les personnes possédant des compétences pratiques, comme la cuisine, la soudure ou la réparation automobile, le travail manuel à l’étranger peut assurer des revenus relativement stables ainsi qu’un certain respect social.
En Chine, en revanche, un plongeur dans un restaurant similaire ne gagnera que 3 000 à 4 000 yuans par mois (environ 420 à 560 dollars). Le travail est physiquement éprouvant et les employés peuvent également s’inquiéter des retards de paiement ou des impayés.
Au-delà des salaires, de nombreux observateurs soulignent la sécurité offerte par les systèmes de protection sociale à l’étranger. Dans une grande partie de l’Europe, les soins médicaux sont largement couverts par le système public, ce qui signifie qu’une maladie grave comme le cancer n’entraîne pas nécessairement la ruine. Les allocations chômage et les programmes d’aide alimentaire constituent un soutien essentiel.
Les critiques affirment que le système chinois fonctionne souvent à l’inverse. Les inégalités de revenus font l’objet de nombreux débats, mais sont rarement reflétées de manière transparente dans les statistiques officielles. Les frais médicaux peuvent peser lourdement sur les familles ordinaires, tandis que les hauts fonctionnaires bénéficient d’un traitement bien plus favorable.
Ce contraste devient de plus en plus visible dans le choix des individus
Les médias d’État chinois présentent fréquemment les pays occidentaux comme instables, tout en décrivant des nations telles que la Russie, l’Iran ou le Pakistan comme des partenaires proches. Pourtant, lorsque les individus choisissent eux-mêmes leur lieu de résidence, leurs choix révèlent une tout autre réalité.
Peu d’immigrants chinois choisissent la Russie, la Corée du Nord ou Cuba. Même le tourisme vers ces pays demeure limité.
Au contraire, de nombreuses personnes cherchent à s’installer dans des pays fréquemment critiqués par les médias officiels, notamment le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada, l’Australie et le Japon.
Certains observateurs décrivent ce phénomène comme un « vote avec ses pieds ».
La propagande peut façonner les récits, mais lorsque la survie et l’avenir des enfants sont en jeu, les décisions des individus parlent souvent plus clairement.

Les contrôles des changes se durcissent davantage
Quitter le pays est difficile. Transférer de l’argent à l’étranger peut s’avérer encore plus compliqué.
Selon certaines informations, à compter de 2026, le contrôle des changes en Chine a été renforcé. Pour tout transfert international dépassant 5 000 yuans (environ 700 dollars), les banques pourraient désormais exiger une vérification de l’identité du bénéficiaire.
Officiellement, le quota annuel de change de 50 000 dollars par personne reste inchangé. Cependant, les critiques affirment que le système ressemble de plus en plus à la détention d’un bon d’achat de céréales alors que le magasin lui-même est fermé.
L’argent reste sur le compte bancaire, mais sa conversion en devises étrangères et son transfert à l’étranger peuvent nécessiter de surmonter de nombreuses restrictions administratives.
Certains observateurs qualifient cela de risque financier latent. Les autorités semblent vouloir que les capitaux restent dans le pays. On ignore encore si les délais de transfert s’allongeront, si des frais supplémentaires apparaîtront ou si de nouvelles restrictions seront mises en place.
Pour beaucoup de personnes envisageant d’émigrer, la préoccupation est simple. Auparavant, il était au moins possible d’emporter une partie de ses économies au moment du départ. Désormais, certains craignent de devoir quitter le pays sans avoir accès à ces fonds.
Certains analystes interprètent la forte augmentation des demandes de passeport comme le reflet d’une confiance déclinante dans les perspectives à long terme du pays. D’autres s’interrogent sur les conséquences démographiques d’une baisse du taux de natalité conjuguée à l’émigration.
Lorsque les professionnels, les familles de la classe moyenne et les travailleurs ordinaires commencent à considérer le départ comme leur principal objectif de vie, les critiques affirment que le récit de la renaissance nationale se trouve confronté à une profonde contradiction.
Les opinions exprimées sont uniquement celles de l’auteur.
Rédacteur Fetty Adler
Collaborateur Jo Ann
Source : 370,000 People Leave China’s Wealthy Jiangsu–Zhejiang–Shanghai Region in 30 Days
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