Quelques jours après que le gouvernement brésilien a placé le constructeur chinois de véhicules électriques BYD sur une liste noire en raison de conditions de travail assimilables à de l’esclavage, un nouveau rapport de China Labor Watch (CLW), une organisation basée à New York, affirme que des conditions similaires ont également été constatées dans l’usine BYD en Hongrie, soulevant de nouvelles accusations de travail forcé.
Un groupe de pression de l’industrie automobile canadienne a de nouveau appelé à s’opposer à l’entrée du constructeur automobile chinois sur le marché canadien.
Enquête de China Labor Watch : Les travailleurs chinois dans les usines BYD
China Labor Watch (CLW) a lancé son enquête l’année dernière après qu’un travailleur chinois envoyé en Hongrie a déposé une plainte. Il faisait partie des milliers de travailleurs migrants envoyés de Chine à Szeged, en Hongrie, pour participer à la construction de la première usine européenne de BYD. Cette usine, qui représente un investissement de 6 milliards de yuans (751 412 400 d’euros), vise à fournir environ 300 000 véhicules par an au marché européen. L’organisation a publié son rapport de 23 pages sur son site web le 14 avril (pdf).
China Labor Watch a interrogé plus de 60 travailleurs, pour la plupart des ouvriers du bâtiment et des installateurs recrutés par des sous-traitants. Le rapport décrit des pratiques susceptibles d’enfreindre le droit hongrois du travail et de l’immigration, notamment :
- Les travailleurs travaillaient sept jours sur sept sans aucun jour de repos. Ils ont déclaré à China Labor Watch avoir reçu l’ordre de mentir sur leurs heures de travail en cas de contrôle.
- Les journées de travail pouvaient durer de 12 à 14 heures, avec de courtes pauses repas et sans rémunération des heures supplémentaires.
- Les salaires étaient versés avec jusqu’à trois mois de retard, et le solde était retenu jusqu’au retour des travailleurs en Chine.
- Des frais de recrutement élevés étaient utilisés comme une forme de servitude pour dettes. Les travailleurs à faibles revenus ont déclaré avoir été contraints de rester malgré des conditions de travail difficiles, car ils ne pouvaient pas assumer les conséquences d’une rupture de contrat.
- Les travailleurs entraient dans le pays avec des visas d’affaires plutôt qu’avec des permis de travail légaux, ce qui les rendait vulnérables aux abus et les privait d’accès à des services tels que les soins de santé en cas d’accident du travail. Elaine Lu, chef de projet chez China Labor Watch, a déclaré à CBC, dans un reportage publié le 8 avril, que la structure de sous-traitance à plusieurs niveaux brouille les responsabilités juridiques, permettant à BYD de se décharger de sa responsabilité sur les intermédiaires.
Détails de l’enquête brésilienne sur les conditions de travail
En décembre 2024, les autorités brésiliennes du travail ont secouru 163 travailleurs chinois employés sur le chantier de l’usine BYD à Camaçari, dans l’État de Bahia, selon l’agence Agência Brasil.
Ces travailleurs avaient été recrutés par des sous-traitants liés au groupe Jinjiang, d’après la BBC.
Les premières conclusions du parquet brésilien du travail indiquent que les sous-traitants exigeaient des travailleurs qu’ils travaillent sept jours sur sept, douze heures par jour. Le rapport fait également état de violences physiques infligées par les superviseurs, d’un accès insuffisant à l’eau potable, d’équipements de protection inadéquats et de conditions de vie déplorables.
Selon les documents judiciaires, 70 % des salaires des travailleurs étaient retenus et leurs arrhes étaient confisquées en cas de rupture anticipée de leur contrat. Les travailleurs devaient également rembourser les frais de voyage pris en charge par l’entreprise pour leur séjour au Brésil : à défaut, ils ne seraient pas remboursés de leurs billets d’avion retour.
Lors de contrôles inopinés, les inspecteurs du travail ont constaté que de nombreux travailleurs étaient entassés dans des logements sans matelas, partageant des toilettes uniques, dans des conditions qualifiées d’« extrêmement précaires ».
L’industrie automobile canadienne riposte face aux constructeurs chinois
Brian Kingston, président de l’Association des constructeurs de véhicules du Canada (ACVC), a déclaré que le rapport de CLW est « profondément préoccupant » et renforce encore les arguments contre l’autorisation d’entrée des constructeurs automobiles chinois sur le marché canadien. L’association représente des entreprises telles que Ford, General Motors et Stellantis.
M. Kingston a déclaré à CBC lors d’une entrevue : « L’industrie automobile canadienne est capable de rivaliser et de gagner, mais seulement si les règles du jeu sont équitables. »
Flavio Volpe, président de l’Association des fabricants de pièces automobiles, a déclaré à CBC : « Personne ne se demande pourquoi ces voitures sont si bon marché. C’est parce que lorsque l’on sacrifie les valeurs sociales pour faire des économies, il y a toujours quelqu’un qui en paie le prix ».
Il a ajouté que le public est souvent réticent à examiner le coût qui se cache derrière les bas prix : « Ce que la Chine exporte actuellement en matière de produits haut de gamme, ce ne sont pas seulement les biens eux-mêmes, mais aussi ses pratiques commerciales nationales. Ainsi, elle espère que nous nous concentrerons uniquement sur l’ampleur des investissements sans examiner les problèmes sous-jacents ».
Risque important de travail forcé
Suite à l’accord conclu plus tôt cette année entre le Canada et la Chine pour réduire les droits de douane sur les véhicules électriques chinois, BYD se prépare à ouvrir des concessions au Canada et à s’implanter sur le marché nord-américain.
Lorsque Ottawa a conclu cet accord avec Pékin, l’Association des constructeurs de véhicules du Canada (ACVC) a publié une déclaration conjointe avec l’American Automotive Policy Council, affirmant que cette mesure « pourrait affaiblir l’industrie automobile canadienne et menacer l’avenir de la chaîne d’approvisionnement automobile nord-américaine intégrée ».
Le Bureau du représentant américain au commerce a indiqué dans son rapport 2026 portant sur les obstacles au commerce extérieur que le Canada ne semble pas appliquer efficacement son interdiction d’importer des produits fabriqués par le travail forcé. Le Canada fait actuellement l’objet d’une enquête américaine visant à déterminer s’il a autorisé l’entrée de tels produits sur son marché. Si des infractions sont constatées, les exportations canadiennes pourraient se voir imposer des droits de douane allant jusqu’à 25 %.
Avantage concurrentiel des constructeurs automobiles chinois en matière de coûts de main-d’œuvre
Les dirigeants des constructeurs automobiles occidentaux ont maintes fois affirmé que les bas salaires, les subventions gouvernementales et la surcapacité de production en Chine faussent le marché mondial des véhicules électriques et créent des obstacles structurels à une concurrence loyale.
D’après le rapport annuel de BYD, la rémunération annuelle moyenne des employés de l’entreprise en 2025 s’élevait à environ 147 000 yuans (18 407,46 euros), incluant salaire, primes, cotisations sociales et avantages sociaux. Ce montant représente environ la moitié du salaire d’embauche des nouveaux employés des usines américaines de Rivian, Tesla et Lucid, et environ cinq à six fois inférieur à la moyenne générale chez Rivian et Lucid.
L’avantage concurrentiel de BYD ne se limite pas aux salaires. En 2025, l’entreprise a perçu 12,5 milliards de yuans (RMB) de subventions du gouvernement chinois, couvrant différents maillons de sa chaîne d’approvisionnement. Dans le cadre de son enquête sur les subventions, la Commission européenne a conclu que les véhicules électriques de fabrication chinoise bénéficiaient d’un soutien étatique à plusieurs égards et a donc imposé un droit compensateur de 17 % sur les importations de véhicules BYD.
Rédacteur Charlotte Clémence
Source : Chinese EV Giant BYD Faces Forced Labor Allegations in Brazil and Hungary
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