Il pensait traquer des criminels. Il filait des innocents vers la mort. Un ancien informateur du Hubei révèle l’existence d’un réseau de prélèvements forcés d’organes au Hubei, en Chine, dissimulé derrière l’appareil médical et psychiatrique.
Quand un informateur découvre qu’il était complice de prélèvements forcés d’organes
Le 19 avril, le compte X « Haiwai Baoliao » (@zhihui999) a relayé le témoignage d’un internaute se présentant comme un ancien informateur temporaire et enquêteur au service des autorités de Huanggang, ville de la province du Hubei. Aujourd’hui démissionnaire, il affirme avoir mis au jour un dispositif caractéristique des prélèvements forcés d’organes au Hubei, en Chine : identification biologique ciblée de civils, enlèvements planifiés et transferts vers des établissements psychiatriques à haute sécurité.
« J’ai longtemps cru accomplir l’acte le plus juste qui soit, écrit-il. On m’a demandé de filer de nombreuses personnes. Puis j’ai mesuré l’ampleur du crime humanitaire que j’avais commis. Je me suis enfoncé trop loin. Aujourd’hui, je ne me vois plus que comme un complice. C’est pourquoi je me livre publiquement. »
Le récit qu’il livre est précis et glaçant. Il se souvient notamment d’une jeune femme, désignée dans les documents internes par un simple numéro d’identification. Conformément aux instructions de sa hiérarchie, il l’a filée sans relâche, signalant sa position en temps réel. Au moment jugé opportun, des agents sont intervenus et l’ont arrêtée. L’informateur, satisfait de sa mission accomplie, avait alors photographié la scène. Cependant, la suite l’a anéanti.

Un hôpital psychiatrique comme antichambre de la mort
Cherchant à savoir ce qu’était devenue cette femme, le lanceur d’alerte a constaté que la route empruntée par le convoi ne menait à aucun centre de détention ordinaire, mais à un hôpital psychiatrique sous haute surveillance. Il s’y est rendu discrètement et a observé toute la procédure : enregistrement administratif, anesthésie, transfert.
Un système informatique interne révèle l’ampleur des prélèvements forcés d’organes au Hubei, en Chine
Rongé par le doute, il a ensuite accédé à un système informatique interne confidentiel. Ce qu’il y a découvert l’a, selon ses propres mots, complètement effondré : des colonnes de données affichant « taux de compatibilité », « fraîcheur », « priorité ». Une recherche sur le numéro de la jeune femme lui a appris que son foie avait été classé « compatibilité optimale ». Le compte rendu d’exécution indiquait que l’opération avait été réalisée en pleine nuit et s’était déroulée « sans incident ».
Sentant que les soupçons pesaient désormais sur lui, l’ancien informateur a exfiltré ces documents hors de sa juridiction par des canaux non officiels. Il conclut par un appel : « Si vous pouvez encore voir la vérité, aidez à tout révéler. »
Son message est accompagné de deux captures d’écran d’une messagerie interne intitulée « Communication Projet 202604 ». On y voit la silhouette d’une femme vêtue de blanc, et un échange entre interlocuteurs : « Vu son physique, le taux de vitalité doit être élevé ! » ; « Vous allez l’emmener ? » ; « Oui ! Le test ADN anti-rejet est passé. Il y a des receveurs foie-rein disponibles en ce moment. » Des vidéos associées montrent trois agents en uniforme portant de force une femme habillée en blanc qui se débat sans parvenir à se libérer, sous les yeux passifs d’infirmières et de passants.
Le lanceur d’alerte du Hubei conclut par un appel direct : « J’implore toute institution internationale compétente, toute organisation humanitaire indépendante, toute personne dotée d’un jugement libre, d’agir immédiatement. Ils ne maintiennent pas l’ordre — ils pillent des vies et détruisent des familles. Ils dissimulent leurs atrocités derrière des institutions, et sous couvert de soins médicaux, ils organisent la répartition des organes et la mise à mort de leurs victimes. »
Un phénomène qui s’étend à travers toute la Chine
Ces images ne sont pas isolées. Le 27 décembre 2025 au soir, une scène similaire a été filmée dans la résidence Jinxiang de Longgang, ville administrée par Wenzhou, dans la province du Zhejiang. Une femme a été enlevée de son domicile par plusieurs agents en uniforme, accompagnés d’une femme en blouse blanche, puis hissée dans une ambulance. Elle ne cessait de se débattre et criait : « Sauvez-moi, je ne veux pas mourir. » La vidéo, publiée par un voisin, a rapidement circulé à l’étranger.

En juin 2025, une autre séquence diffusée sur X montrait une adolescente de seize ans renversée par un véhicule près de l’ancienne gare ouest de Guigang, dans la région autonome du Guangxi. Blessée au sol, elle avait été immobilisée de force sur un brancard par quatre individus et emmenée dans une ambulance.
Le lendemain, sa dépouille était livrée à une salle funéraire. Des internautes ont relevé qu’un des ravisseurs vêtus de noir présentait une ressemblance frappante avec un homme précédemment aperçu dans ce qui semblerait être une filière de transplantation — même tenue, même coiffure, même morphologie — laissant supposer une récidive organisée.
En mai 2025, une vidéo circulant sur la même plateforme montrait une femme à Yuzhou, dans la province du Henan, menottée par des individus vêtus en urgentistes, puis emmenée de force sur un brancard. Tout au long de la scène, elle criait à l’adresse des passants : « Je m’appelle Li Jianqing, j’ai tout mon bon sens, je suis en bonne santé... Quel hôpital passe des menottes à ses patients ? Au secours ! Je vous en supplie ! » Personne n’est intervenu.
Les victimes ne se limitent plus aux pratiquants de Falun Gong
Ces témoignages s’inscrivent dans un contexte documenté de longue date. Depuis que le PCC a lancé la persécution du Falun Gong en 1999, une industrie colossale de transplantation s’est développée, alimentée selon de nombreux enquêteurs par des prélèvements d’organes sur des prisonniers d’opinion toujours en vie.
En juin 2019, le China Tribunal, un groupe de juristes indépendants mandaté par la Coalition internationale pour mettre fin aux abus des transplantations en Chine (End Transplant Abuse in China, ETAC), a conclu « à l’unanimité et au-delà de tout doute raisonnable » que cette pratique était « systémique et de grande ampleur ».
Le Bureau 610 (610办公室), officiellement dénommé « Groupe central de direction pour la prévention et la gestion des religions hérétiques », créé le 10 juin 1999 par Jiang Zemin pour coordonner la répression du Falun Gong, est cité parmi les structures impliquées, aux côtés des parquets, des tribunaux, de l’armée et du secteur médical.
Mais selon les témoignages qui émergent ces dernières années, le bassin de victimes potentielles ne se limiterait plus aux seuls pratiquants de Falun Gong : l’ensemble de la société civile serait désormais exposé, en particulier les jeunes adultes et les enfants, dont les disparitions en nombre croissant en Chine alimentent les interrogations.
Rédacteur Yi Ming
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