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Chine. Pékin nomme un nouveau responsable pour remplacer Chen Quanguo, le dirigeant du Xinjiang

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Selon l’agence de presse chinoise Xinhua, le dirigeant du Xinjiang, Chen Quanguo, connu pour avoir orchestré la répression des Ouïghours et d’autres minorités musulmanes dans la région, quitterait son poste pour « une autre nomination ».

Au cours des cinq années où il a dirigé le Xinjiang, Chen Quanguo a imposé des mesures drastiques, répondant à la demande du Parti communiste chinois (PCC) de réprimer les minorités musulmanes, accusées de terrorisme. Plus d’un million de musulmans, principalement de l’ethnie ouïghoure, d’origine turque, seraient détenus dans des camps de concentration répartis dans cette « région autonome ».

Chen Quanguo, âgé de 66 ans, sera remplacé par Ma Xingrui, un ingénieur en aérospatiale qui a déjà occupé plusieurs postes de direction notamment dans la province du Guangdong et sa plus grande ville, Shenzhen.

Selon le quotidien d’État Xinjiang Daily, Ma Xingrui, âgé de 62 ans, s’est engagé à « promouvoir fermement la stabilité sociale continue et à long terme au Xinjiang et à ne jamais permettre un retour en arrière pour la stabilité durement acquise ».

SinoInsider, un cabinet de conseil en risques politiques spécialisé dans la politique chinoise, spécule que « le remaniement du secrétaire du Parti du Xinjiang pourrait signifier que Chen Quanguo a été préparé à une nouvelle promotion, notamment à rejoindre le Comité permanent du Politburo lors du XXe Congrès du Parti », une réunion importante du PCC qui se tiendra fin 2022.

Une politique plus souple en ce qui concerne le Xinjiang

Selon une lettre d’information de SinoInsider du 28 décembre, « le remplacement de Chen Quanguo par Ma Xingrui, au Xinjiang, semble être guidé par plusieurs facteurs, notamment les préparatifs du troisième mandat de Xi Jinping, le remaniement majeur du personnel lors du XXe Congrès du Parti et même avant, et la pression internationale croissante contre Xi Jinping et le PCC, concernant la persécution des Ouïghours et d’autres minorités ethniques au Xinjiang. »

Des dizaines de pays ont condamné la répression généralisée et la surveillance de masse au Xinjiang par le PCC. Des responsables américains ont qualifié l’endoctrinement et les abus de Pékin à l’encontre des Ouïghours et d’autres groupes minoritaires, de génocide.

« Le fait que Chen Quanguo continue de diriger le Xinjiang d’une main de fer pourrait renforcer la pression internationale sur Xi Jinping et le PCC », observe SinoInsider. « Par conséquent, Xi Jinping cherche naturellement à remplacer Chen Quanguo, l’intransigeant, par quelqu’un de plus souple, comme Ma Xingrui, le technocrate, pour signaler et faciliter le déploiement de politiques plus " douces " au Xinjiang. »

Toutefois, prévient le cabinet de conseil, la nomination de Ma Xingrui ne représente qu’une tactique du PCC pour camoufler ses abus à l’égard des ethnies musulmanes chinoises, plutôt qu’un véritable changement de politique concernant la région et ses habitants.

L’analyse a mis en lumière un précédent exemple de persécution, dont les gens pensent qu’elle s’est atténuée, à savoir la campagne menée par le PCC pendant 22 ans contre la pratique spirituelle Falun Gong, qui, selon les experts, a servi d’« exemple » à la stratégie de Pékin pour gérer le Xinjiang.

Selon SinoInsider, « la campagne de persécution du Xinjiang pourrait … devenir moins visible publiquement, de la même manière que la campagne de persécution du Falun Gong, autrefois très médiatisée, a été " enterrée " après 2003 ».

Pour Xi Jiping, qui cherche à s’assurer un nouveau mandat lors du Congrès du PCC qui se tiendra plus tard cette année, il est particulièrement important d’atténuer l’intensité de la pression internationale à l’égard du PCC et des responsables de violations des droits humains. Une action récente du département d’État américain a sanctionné 14 cadres pour leur implication dans la campagne de répression au Xinjiang.

Xi Jinping fait face à beaucoup de mécontentement et de critiques de la part de ses adversaires au sein du Parti. Ces reproches découlent de la pression internationale face aux agissements du Parti au Xinjiang, mais aussi de la crise immobilière, de la mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19 et d’une économie de plus en plus sclérosée.

Luttes politiques intestines

Les événements au Xinjiang au cours de la dernière décennie sont liés à des intrigues entre factions, à savoir la lutte d’influence entre le réseau de l’actuel président Xi Jinping et celui de l’ancien patron du PCC, Jiang Zemin, affaibli mais toujours puissant.

SinoInsider a souligné une différence entre la possible carrière de Chen Quanguo après son départ du Xinjiang, et celle de son prédécesseur Zhang Chunxian, secrétaire du comité du PCC du Xinjiang pendant cinq ans, qui a fait progresser la politique communiste de « sinisation » dans la province.

Selon certains observateurs, Chen Quanguo devrait obtenir un poste plus élevé, alors que la carrière de Zhang Chunxian est restée au point mort après son départ du bureau du Xinjiang en 2016 et qu’il devrait se retirer de la politique cette année, d’après le cabinet de conseil.

« La mise à l’écart de la scène politique de Zhang Chunxian est très probablement le résultat de la lutte féroce entre la faction de Jiang Zemin (à laquelle Zhang Chunxian appartient) et le camp de Xi Jinping », ont indiqué les analystes.

Jiang Zemin, qui a gouverné la Chine de 1989 jusqu’au début des années 2000, a dominé la politique du régime jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012. Au cours des premières années du leadership de Xi Jinping, de nombreux responsables liés à Jiang Zemin, y compris de puissants responsables de la sécurité et des généraux de l’armée, ont fait l’objet d’arrestations et de condamnations.

Se référant aux liens probables que Zhang Chunxian entretient avec la faction de Jiang Zemin, SinoInsider a noté une série d’incidents terroristes qui se sont produits sous la direction de Zhang Chunxian, dont 10 pour la seule année 2014.

« Il peut ou non y avoir un lien entre les antécédents de Zhang Chunxian en temps que membre de la faction et la recrudescence des incidents terroristes au cours de son mandat. Mais le camp de Xi Jinping soupçonne certainement l’implication de la faction Jiang Zemin d’une manière ou d’une autre (y compris la politique " laxiste " concernant la stabilité au Xinjiang, le fait de ne pas se conformer aux ordres de Pékin, etc. »

En conséquence, Pékin a trouvé un motif pour écarter Zhang Chunxian et le remplacer. Son successeur, Chen Quanguo, avait de l’expérience dans la gestion du Tibet, une autre région que Pékin cherche à siniser. « Chen Quanguo a sans aucun doute aidé Xi Jinping à " stabiliser " le Xinjiang et à contrecarrer tous les plans de ses rivaux pour "transformer" la province en une base " anti-Xi Jinping ". »

D’une pierre deux coups ?

Cependant, selon SinoInsider, la présence de Chen Quanguo au Xinjiang est désormais plus un handicap qu’un atout pour Xi Jinping, concernant la lutte entre factions, compte tenu de la réaction internationale face à la campagne de répression.

« Une plus grande pression internationale donnerait à son tour à la faction Jiang Zemin et aux autres rivaux politiques de Xi Jinping une autre raison forte de bloquer sa candidature pour un troisième mandat hors normes. »

L’avenir de Chen Quanguo après son départ du Xinjiang pourrait dépendre de la stratégie de Xi Jinping pour assurer son troisième mandat de secrétaire général du PCC lors du prochain congrès. Après près d’une décennie de lutte contre la faction Jiang Zemin, le Parti continue de purger les hauts fonctionnaires associés à « l’ancien leader » et à son proche allié, l’ancien vice-président Zeng Qinghong.

D’après SinoInsider, Chen Quanguo pourrait avoir été libéré de ses fonctions pour occuper un poste encore plus élevé, éventuellement celui de l’actuel chef de la Commission des affaires politiques et juridiques du Comité central du Parti communiste chinois, Guo Shengkun. Guo Shengkun, qui est identifié comme étant proche de la faction Jiang Zemin, pourrait se retirer en mars 2022.

Sous le règne de Xi Jinping, certains fonctionnaires ont eu des trajectoires de carrière particulières. En 2018, Fu Zhenghua, un fonctionnaire de police membre de la faction Jiang, a été élevé au rang de ministre de la Justice, mais cette « promotion » s’est avérée de courte durée. En 2020, Fu Zhenghua a été mis à la retraite, et le 2 octobre dernier, il a été placé sous enquête pour corruption.

En 2020, Xia Baolong, un fonctionnaire de « deuxième ligne » qui, selon de nombreux observateurs de la Chine, avait atteint une impasse dans sa carrière, a soudainement été nommé à la tête du Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao du gouvernement chinois. Il a remplacé Zhang Xiaoming, qui a longtemps servi dans l’ancienne colonie britannique et qui est considéré comme faisant partie de la faction Jiang Zemin.

Rédacteur Fetty Adler

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