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Monde. Les internats chinois au Tibet : un mécanisme destiné à assimiler les jeunes tibétains

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Un rapport publié par le Tibet Action Institute (TAI) le 7 décembre, dénonce la mise en place par le régime chinois d’un vaste système d’internat pour les enfants tibétains, dont certains sont âgés d’à peine quatre ans. Le rapport Indique que les élèves reçoivent une éducation « politisée », principalement en chinois, les poussant à abandonner la culture et la tradition tibétaines.

Ces écoles sont la pierre angulaire de la campagne du Parti communiste chinois (PCC) qui vise à contraindre les ethnies minoritaires à une identité chinoise homogène, afin de neutraliser toute résistance potentielle au régime communiste. Cette pratique est également appliquée dans les camps de concentration de masse de la région du Xinjiang, où un grand nombre de musulmans ouïghours sont emprisonnés et forcés d’abandonner leurs traditions et leurs croyances religieuses.

Dans un discours prononcé en 2014, le dirigeant chinois Xi Jinping a souligné la nécessité de « lier les peuples de chaque groupe ethnique à un seul brin de corde. » L’année suivante, le Conseil d’État de la République populaire de Chine (RPC) a exhorté les responsables à « renforcer la construction de pensionnats » dans les zones de minorités ethniques et à « promouvoir régulièrement l’éducation bilingue. »

Le rapport de la TAI, intitulé « Séparés de leurs familles, cachés du monde : le vaste système chinois de pensionnats coloniaux à l’intérieur du Tibet », indique qu’environ 800 000 à 900 000 élèves tibétains âgés de 6 à 18 ans, ainsi qu’un nombre inconnu d’enfants de 4 et 5 ans, sont actuellement inscrits dans ces écoles publiques au Tibet.

Un endoctrinement politique forcé

Ces écoles ont pour but de « remodeler » les enfants, en les séparant de leurs familles et de leurs communautés, pour en faire des citoyens fidèles au PCC. Les élèves sont forcés de suivre des cours en chinois mandarin principalement. Ils sont interdits de pratiquer leur religion, le bouddhisme tibétain, et contraints d’abandonner les coutumes traditionnelles. De plus, ils sont régulièrement soumis à un endoctrinement politique forcé.

« En arrachant intentionnellement les enfants tibétains à leur famille et à leur culture et en les faisant vivre dans des internats gérés par l’État, les autorités chinoises utilisent l’un des outils de colonisation les plus odieux pour attaquer l’identité tibétaine », a déclaré Lhadon Tethong, directrice du Tibet Action Institute.

La « campagne sans précédent de sinisation forcée du PCC au Tibet vise même les enfants les plus jeunes et exige l’intervention urgente des Nations unies et des gouvernements concernés », a-t-elle ajouté.

Le rapport révèle également qu’au cours de la dernière décennie, les autorités du PCC ont systématiquement éliminé les écoles locales au Tibet, les remplaçant par ce système scolaire centralisé. Même les écoles maternelles et élémentaires ont été contraintes de fermer leurs portes. Les écoles à l’intérieur des monastères et d’autres écoles tibétaines privées ont également été contraintes de fermer sous la pression de Pékin, ne laissant aux parents d’autre choix que d’envoyer leurs enfants dans ces écoles publiques. Lorsque les parents tentent de résister, les autorités ont recours à la menace et à l’intimidation pour les obliger à se conformer.

Des parents menacés ou intimidés

Lorsque les parents du village isolé de Gyirong ont résisté à l’idée d’envoyer leurs enfants dans un pensionnat chinois, les autorités leur ont rendu visite à plusieurs reprises. Finalement, la police est arrivée accompagnée de travailleurs sociaux et leur a dit : « …Si nous devons revenir demain, ce ne sera pas bon pour vous…Si vous ne nous écoutez pas, nous vous presserons un par un. C’est facile pour nous de le faire … Si vous continuez à choisir de ne pas reconnaître cette politique et à refuser d’envoyer vos enfants dans les écoles, nous considérerons cela comme un acte de protestation. »

Les chercheurs qui se concentrent sur la région autonome du Tibet et d’autres régions de Chine peuplées de Tibétains ont fait état de graves traumatismes émotionnels et psychologiques résultant du fait que les enfants tibétains sont contraints de vivre dans ces internats de style colonial. Les élèves ne sont pas non plus autorisés à rentrer chez eux pour des visites et leurs familles ne sont pas autorisées à les voir sans l’accord préalable du personnel de l’école.

Des entretiens avec des Tibétains ayant fréquenté ces écoles dans le passé et vivant aujourd’hui à l’étranger ont révélé un tableau poignant où les enfants étaient contraints de vivre dans des conditions déplorables, parfois même soumis à des violences physiques et sexuelles. Les enfants étaient régulièrement victimes de discrimination de la part des enseignants et soumis à un endoctrinement politique dans le cadre de leur programme scolaire quotidien.

Perdre la trame de son humanité

The Globe and Mail rapporte qu’un Tibétain, identifié sous le pseudonyme de Tenzin lui permettant de s’exprimer librement sans crainte pour sa famille restée au Tibet, a déclaré que si l’enseignement était encore largement dispensé en langue tibétaine, « le contenu de ce que nous avons étudié était presque entièrement chinois. L’histoire que nous étudiions était entièrement centrée sur le communisme ou la Chine, même lorsque nous étudiions l’histoire du monde. » Il a ajouté que les étudiants n’étaient pas autorisés à rentrer chez eux les week-ends ou même pendant les vacances, « pendant toute ma première année, je n’ai pas vu mes parents », a-t-il révélé.

Tenzin vit maintenant aux Etats-Unis. Il a déclaré : « Aujourd’hui, des enfants âgés d’à peine cinq ans sont arrachés à leur ville natale et à leur environnement pour être placés dans ce système scolaire. Lorsque vous êtes coupé de votre langue, de votre culture et de votre histoire, vous perdez le sens de qui vous êtes, et finalement vous avez l’impression de perdre la trame même de votre humanité …, vous ne vous sentez pas complet ».

Lhadon Tethong, la directrice de TAI a ajouté que le Parti « prétend éduquer les enfants tibétains, mais le monde sait à quoi cela ressemble lorsque des enfants sont poussés dans des pensionnats dirigés par un État qui veut effacer leur culture ». « Il faut faire pression sur Pékin pour qu’il respecte le droit de tous les enfants tibétains à recevoir une éducation de qualité dans leur langue maternelle sans être séparés de leur famille, avant que d’autres dommages irréparables ne soient causés », a-t-elle indiqué.

Rédacteur Fetty Adler

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