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Chine. Défaut de remboursement des prêts immobiliers et étudiants : les jeunes sont en grande difficulté dans la Chine d’aujourd’hui

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Différents indicateurs peuvent permettre d’évaluer la gravité de la situation économique dans la Chine d’aujourd’hui. Le niveau de non-remboursement des prêts bancaires pourrait en être un. Mais quand ce défaut de paiement touche les jeunes Chinois, il peut avoir des conséquences sur leur avenir professionnel et/ou social.

C’est ainsi que l’ on peut observer qu’une vague de défauts de remboursements de prêts déferle sur la Chine. Ces défauts de remboursements concernent principalement le secteur de l’immobilier et les prêts pour les études à l’étranger. De nombreux jeunes Chinois se retrouvent en grande difficulté et doivent trouver des solutions pour pallier le manque d’argent pour leurs études ou pour leur bien immobilier.

Un nombre important de jeunes Chinois étudie à l’étranger

Selon le rapport Open Doors 2022, produit par l’Institute of International Education (IIE) - avec le soutien du Bureau des Affaires Éducatives et Culturelles du Département d’État américain, présenté le 15 novembre 2022, la Chine reste le principal pays d’origine des étudiants poursuivant leurs études aux États-Unis. En 2022, plus de 290 000 étudiants chinois étudiaient aux États-Unis, soit 30,6 % du nombre total d’étudiants internationaux. Cependant, le nombre d’étudiants chinois est en baisse. En 2021, le chiffre avait diminué de 14,8% par rapport à 2020, et de 8,6% en 2022 par rapport à 2021.

En outre, selon Voice of America, auparavant, des dizaines de milliers d’étudiants chinois se rendaient chaque année au Royaume-Uni pour y étudier. Ce chiffre avait atteint des niveaux records. Mais cette année, il a commencé à diminuer. Au 30 juin 2023, le nombre d’étudiants chinois s’inscrivant dans les universités britanniques a chuté de 17,5 % par rapport à l’année dernière, marquant pour la première fois, sur près d’une décennie, la diminution du nombre de demandes d’inscription.

D’après l’étude Chiffres clés de la mobilité étudiante dans le monde, publiée en juin 2022 par Campus France, la Chine est le troisième pays d’origine des étudiants étrangers en France. C’est 365 000 étudiants qui sont actuellement accueillis en France, soit une augmentation de 18%.

Des études à l’étranger : mais dans quelles conditions

De nombreux jeunes Chinois, qui partent étudier à l’étranger, rencontrent des difficultés financières. Avec le déclin de l’économie dans la Chine d’aujourd’hui, de plus en plus de familles chinoises ne sont plus en mesure de payer les frais d’études à l’étranger. Ces familles « en faillite » n’ont commis aucune erreur scandaleuse : pas d’addiction au jeu, pas de consommation de drogue, pas de crime. Leur situation est plutôt due à l’effondrement du secteur dans lequel ils évoluent, aux erreurs d’investissements ou à l’impact de l’épidémie. Derrière chacune de ces affaires se cachent de nombreuses tragédies familiales similaires.

Ces jeunes qui menaient une vie confortable et avaient les moyens d’aller étudier à l’étranger, sont maintenant contraints de faire face à la dure réalité, sans y être bien préparés.

Ainsi, le phénomène des étudiants chinois à l’étranger qui perdent le soutien financier de leurs familles reflète le changement brutal du fonctionnement économique de la Chine, où les flux de trésorerie de nombreuses familles sont soudainement devenus très tendus. Une des conséquences de la crise économique qui sévit dans la Chine d’aujourd’hui.

Malgré des conditions financières difficiles, un jeune étudiant chinois a choisi de poursuivre ses études de maîtrise aux États-Unis. (Image : Armin Rimoldi / pexels)

Certains jeunes Chinois se sont exprimés sur le net

Une jeune chinoise s’est exprimée en ces termes sur Douyin, la version chinoise de TikTok. « Je suis tellement sous pression, j’ai l’impression que la vie est vraiment dure depuis que je suis arrivée en Australie. Ma mère veut que je grandisse plus vite, alors elle ne me donne qu’une petite somme d’argent par mois, je dois trouver un moyen de gagner ma vie. C’est totalement différent de l’époque où j’étais à l’université en Chine. Est-ce que je pourrai gagner assez d’argent pour vivre ? Je suis vraiment désespérée. Que dois-je faire? Qui peut me sauver de cette situation ? »

Le 10 juillet, le site internet d’Études à l’étranger et d’Immigration a publié un article intitulé Étudier à l’étranger sans argent. Il présentait trois cas d’étudiants chinois à l’étranger dont leurs parents ne pouvaient plus subvenir à leurs besoins.

Parmi ces cas, il y avait celui de Zheng Linglu qui est étudiante en deuxième année à l’université de Californie, à San Diego. Sa mère dirigeait cinq écoles privées en Chine. Lorsque l’épidémie a commencé en 2020, de nombreux parents ont décidé d’arrêter les programmes en cours. Sa famille a commencé à perdre de l’argent, parce que les salaires et le loyer devaient encore être payés.

L’année suivante, après avoir survécu à l’épidémie, la politique d’éducation dans la Chine d’aujourd’hui a changé. Donc sa mère a décidé de changer et a investi dans un restaurant. Mais, son investissement n’a pas pu se développer. En conséquence, sa mère a dû cesser de payer les dépenses de sa fille. Son niveau de vie a connu une chute vertigineuse du jour au lendemain.

Des parents ont subi les conséquences de la crise économique en Chine

Un autre cas est celui de Re Ye, étudiant aux États-Unis. Son père possédait autrefois quatre usines. L’année dernière pendant l’épidémie, il y a eu des restrictions d’électricité qui ont eu des répercussions sur la performance des usines. Ce qui a occasionné de lourdes pertes. He Ye a déclaré que la somme d’argent perdue au cours des trois années d’épidémie était suffisante pour payer plus de dix de ses études à Boston. Malgré ces conditions financières, il a choisi de poursuivre ses études de maîtrise aux États-Unis. Mais, il a désormais supprimé toutes les dépenses supplémentaires. Il travaille aussi comme tuteur en ligne ou acheteur par procuration sur Amazon. Il a, depuis peu, pu trouver un travail dans un restaurant chinois aux États-Unis.

Le 11 juillet, un étudiant chinois, surnommé lz, a posté un appel à l’aide sur un forum des étudiants chinois à l’étranger : « J’ai soudainement appris aujourd’hui que la situation financière de ma famille a rencontré des difficultés depuis mon arrivée aux États-Unis l’année dernière. Ma mère m’a dit que mon père ne pouvait pas trouver un emploi similaire à celui qu’il occupait auparavant. Afin de gagner sa vie, mon père travaille comme gestionnaire de propriétés. Il part tôt et rentre tard, mais ne gagne que 3 500 yuans, soit environ 448 euros par mois. Ma mère est à la retraite, mais elle doit vendre des assurances pour ajouter entre 186 et 280 euros par mois à ses revenus. Ma vie a touché le fond. Mon financement pour les études est déjà interrompu depuis le 20 juin. Je suis sur le point d’obtenir mon diplôme, il ne me reste que deux semestres. Si j’abandonne maintenant, non seulement j’aurai gaspillé mes frais de scolarité de cette année, mais je ne pourrai jamais obtenir mon diplôme. Je me sens vraiment impuissant ».

Mais il n’y a pas que le milieu étudiant qui est impacté, le secteur immobilier est aussi touché par la crise des défauts de remboursement.

Défaut de remboursement des prêts immobiliers et étudiants : les jeunes sont en grande difficulté dans la Chine d’aujourd’hui
Le secteur immobilier est aussi touché par la crise des défauts de remboursement. (Image : Antonios Ntoumas / Pixabay)

Gravité de la crise des défauts de remboursement des prêts immobiliers en Chine

Pour de nombreuses familles chinoises, la conséquence la plus évidente de cette crise économique est qu’elles ne peuvent plus rembourser leurs prêts immobiliers. Selon les dernières statistiques officielles, les saisies immobilières en Chine sont en augmentation. Alors que l’on enregistrait 5 000 saisies en 2017, le chiffre est passé à 3 millions en 2022, et il est estimé à 5 millions pour 2023.

Les données provenant du secteur privé sont encore plus alarmantes. Dès 2022, certains internautes ont cité des informations, issues d’une conférence sur le contrôle des risques du système bancaire et financier. Cette conférence précisait que près de 40 millions de prêts ont connu une rupture de remboursement et plus de 10 millions de biens avaient été saisis.

Le site Internet chinois de la BBC a également rapporté qu’au premier semestre, les investissements dans le développement immobilier en Chine ont chuté de 7,9% sur un an, tandis que les investissements en juin ont chuté de 20,6% sur un an, soit une baisse de plus de 20% sur deux mois consécutifs.

« J’ai arrêté de rembourser mon emprunt immobilier » : une jeune Chinoise s’exprime

Dans la ville de Dongguan, province du Guangdong, une jeune Chinoise s’est exprimée en ces termes : « J’ai arrêté de rembourser mon emprunt immobilier, mon bien a été saisi par la banque. En 2019, j’ai dépensé 2 millions de yuans, soit 260 743 euros, pour un appartement de 110 mètres carrés à Dongguan, avec un acompte de plus de 600 000 yuans ( 76 646,86 euros) et un prêt de plus de 1 million 400 000 yuans (178 840,23 euros). Mon paiement mensuel s’élevait à plus de 8 000 yuans, soit plus de 1 021,92 euros par mois. Ce qui est ridicule c’est que le taux d’intérêt de mon prêt était de 5,8 %. En avril de l’année dernière, je n’avais aucun revenu, donc j’ai été contraint d’interrompre les paiements hypothécaires. À ce moment-là, j’ai réalisé qu’il me restait encore 1,3 million de yuans, soit 166 053,44 euros à rembourser. Alors qu’en trois ans j’avais remboursé plus de 300 000 yuans (38 320,03 euros), parmi lesquels plus de 200 000 yuans ( 25 546,68 euros) sont des intérêts.

Six mois après avoir interrompu mon prêt hypothécaire, j’ai été poursuivi en justice par la banque et le tribunal a rendu un verdict. Toutes mes cartes bancaires ont été saisies, y compris mon portefeuille de WeChat. Il y a également eu quelques pénalités de retard, les honoraires d’avocat et les frais de justice, ces frais-là s’élèvent à près de 100 000 yuans (12 770,93 euros). Il y a quelques jours, la banque m’a informé que mon bien allait bientôt être vendu aux enchères à un prix réduit, soit environ 1,4 million de yuans (178 840,23 euros). Compte tenu de la mauvaise situation du marché, personne n’ose acheter. S’il était vendu aux enchères au prix de départ, cela serait le pire pour moi, car je perdrais non seulement mon bien, mais, je devrais quand même des centaines de milliers de yuans à la banque. Avec les précédents remboursements mensuels et l’acompte, ma perte s’élève à environ 121 055,35 euros ».

Défaut de remboursement des prêts immobiliers et étudiants : les jeunes sont en grande difficulté dans la Chine d’aujourd’hui
Selon les dernières statistiques officielles, les saisies immobilières en Chine sont en augmentation. (Image : GormaKuma / Pixabay)

Une réalité économique dans la Chine d’aujourd’hui

La principale raison du phénomène de coupure du soutien financier aux étudiants chinois à l’étranger et aux prêts hypothécaires est que l’économie chinoise est actuellement en grave récession. Les investisseurs étrangers se sont retirés, les entrepreneurs privés ont perdu confiance sous la répression du PCC, et les Chinois ont resserré les cordons de la bourse.

La troïka de l’économie chinoise : investissements, consommation et exportations, va mal. Les trois leviers de l’économie diminuent simultanément, ce qui entraîne une récession économique. En particulier dans les provinces manufacturières, de nombreuses entreprises des villes côtières ferment ou licencient des employés. De plus, il y a une vague de fermeture de commerces ayant pignon sur rue.

Le niveau de non-remboursement des prêts bancaires est bien l’indicateur de la profondeur de la crise économique dans la Chine d’aujourd’hui.

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