Fin 2025, la récession en Chine ne se résume plus à un simple ralentissement de la croissance. Des économistes et entrepreneurs livrent des analyses alarmantes sur une détérioration systémique et structurelle de l’économie chinoise, évoquant la fin définitive du miracle économique et un retour aux conditions des années 1970.
L’effondrement immobilier déclenche une spirale mortelle
L’économiste sino-américain Cheng Xiaonong, docteur en sociologie de l’université de Princeton et ancien rédacteur en chef de la revue Modern China Studies, ne mâche pas ses mots dans son récent programme audio. La richesse des Chinois repose essentiellement sur leur patrimoine immobilier, mais celui-ci est devenu largement déficitaire.
Depuis 2021, les prix de l’immobilier ont chuté bien au-delà des 20 % officiellement reconnus. Dans certains quartiers de l’est de Pékin, les prix affichés représentent seulement 30 à 40 % des prix d’achat de 2016-2017. À Shanghai, les quartiers huppés résistent un peu mieux, mais les appartements anciens se vendent généralement à la moitié de leur prix maximal.
Les propriétaires ont souscrit leurs prêts immobiliers au moment où les prix étaient au plus haut. Désormais, leurs biens ne valent plus que la moitié de ce qu’ils ont emprunté, parfois même moins. Résultat : leur patrimoine s’est transformé du jour au lendemain en dette nette. Face à cette situation, de nombreux propriétaires optent pour un défaut de paiement stratégique : ils cessent simplement de rembourser leurs mensualités, acceptant d’être inscrits sur la liste noire du crédit, puisqu’ils n’envisagent plus d’emprunter pour acheter une voiture ou prendre le train à grande vitesse.
Cette vague de défauts de paiement déclenche une spirale mortelle : chute des prix immobiliers, défauts de paiement massifs, créances bancaires irrécouvrables, tarissement des finances locales, multiplication des chantiers abandonnés, nouvelle chute des prix.
Selon le dernier rapport de Goldman Sachs, la demande de logements neufs devrait diminuer de 75 % par rapport au pic de 2017 au cours des deux prochaines années. Les prix immobiliers continueront de chuter significativement pendant 5 à 10 ans. Pour Cheng Xiaonong, si les prix continuent de baisser pendant encore 5 à 8 ans, l’économie chinoise basculera définitivement dans l’abîme.
Vague de licenciements et baisses salariales dans toute la Chine
L’économiste souligne qu’aujourd’hui en Chine, que ce soit dans les secteurs technologiques, l’industrie manufacturière traditionnelle, les services ou la fonction publique, tous réduisent leurs effectifs et leurs salaires. Personne ne sait de quoi demain sera fait.
Depuis 2025, les licenciements dans les grandes entreprises technologiques sont devenus la norme. L’industrie manufacturière traditionnelle connaît des fermetures massives en raison de la chute des commandes et du retrait des investisseurs étrangers. Même le secteur public, longtemps considéré comme un emploi à vie, commence à réduire discrètement les salaires, supprimer les primes de performance et optimiser les effectifs.
Les districts de Longhua et Longgang à Shenzhen, qui accueillaient autrefois 8 millions de travailleurs migrants, voient aujourd’hui leurs usines fermées et leurs zones industrielles envahies par les mauvaises herbes.
En avril dernier, l’usine Foxconn de Longhua a licencié plus de 10 000 personnes en une seule fois. Les ouvriers licenciés n’ont reçu ni indemnités ni allocations chômage. Du jour au lendemain, ils se sont retrouvés à la rue. L’augmentation soudaine du nombre de sans-abri dans les villes chinoises était inimaginable il y a cinq ans, note l’analyste.
50 millions de diplômés universitaires au chômage de longue durée
Les autorités ont cessé depuis longtemps de publier le taux de chômage des jeunes, mais les estimations non officielles sont effarantes. Au cours des dix dernières années, environ 120 millions de personnes ont obtenu un diplôme universitaire, dont au moins 50 millions ne trouvent pas d’emploi correspondant à leurs qualifications. Certains sont au chômage depuis 6 à 10 ans. Des milliers de CV envoyés, aucune réponse. « Les promesses de création d’emplois ne sont qu’une farce », déplore l’analyste économique.
Parallèlement, des centaines de millions de travailleurs migrants ruraux doivent retourner à la campagne. Les usines ferment, il n’y a plus de travail en ville. Pour survivre, ils puisent dans la retraite de leurs parents et épuisent leurs dernières économies.
Un média officiel révèle l’ampleur de la récession en Chine
Hu Liren, ancien entrepreneur chinois, a épluché un article de Xinhua (新华社) publié le 24 novembre et intitulé De nouvelles formes d’économie renforcent les districts et composent un nouveau chapitre du développement urbain-rural intégré.
Son analyse est accablante : la Chine abandonne à toute vitesse l’urbanisation, la mondialisation et la haute technologie pour revenir à l’économie de district et aux entreprises de bourgs et de cantons.
Selon lui, un pays qui se modernise renforce ses métropoles, ses chaînes industrielles mondiales et ses technologies innovantes. Mais le fait que Xinhua glorifie soudainement les districts et les bourgs montre qu’en Chine, l’économie urbaine s’est effondrée. L’État ne peut que se replier vers les échelons inférieurs, en utilisant les districts et les bourgs pour absorber la population au chômage.
Il rappelle le schéma de progression économique chinoise de ces 40 dernières années : entreprises de bourgs et de cantons → urbanisation → attraction des investissements étrangers → essor des entreprises privées → intégration aux chaînes industrielles mondiales → statut d’usine du monde. En seulement 7 ans, ce processus entier a été inversé.
Aujourd’hui, les investisseurs étrangers partent en masse. Les entreprises japonaises, coréennes et européennes délocalisent leurs usines au Vietnam, en Inde et au Mexique.
Les chaînes industrielles de haute technologie se brisent. Des acteurs clés comme TSMC et ASML éliminent complètement la Chine de leurs approvisionnements.
Les entreprises privées chinoises ferment massivement ou cessent de se développer. Les entrepreneurs quittent le pays en nombre croissant.
Des millions de travailleurs migrants retournent à la campagne
Le baromètre économique chinois est retombé à zéro. Les acquis de 40 ans de réformes ont été ramenés au point de départ de 1978 en 7 ans, affirme Hu Liren. La seule différence est qu’en 1978, la Chine était pleine d’espoir, alors qu’aujourd’hui elle est envahie par la peur.
La triple crise de confiance refait surface comme à la fin de l’ère maoïste
Cheng Xiaonong compare l’état d’esprit des Chinois à l’heure actuelle à celui de la fin de l’ère maoïste, entre 1974 et 1978. Selon lui, une triple crise de confiance s’est pleinement manifestée :
Premièrement, une crise idéologique : la propagande officielle devient de plus en plus creuse, la population n’y croit plus depuis longtemps.
Deuxièmement, une crise de confiance envers le régime : sous la surveillance totale et la répression, les gens n’osent plus s’exprimer, mais leur mécontentement face aux politiques a atteint son paroxysme.
Troisièmement, une crise de confiance personnelle : le consensus général est que demain sera pire qu’aujourd’hui.
La population ne croit plus que le gouvernement puisse sauver l’économie. Même si les taux d’intérêt des dépôts bancaires sont tombés à 1 %, les gens n’osent toujours pas dépenser et les entreprises n’osent toujours pas investir, explique l’économiste. Il ne s’agit pas d’un problème de liquidité, mais d’un effondrement total de la confiance.
Les mesures de relance économique ont atteint leurs limites
Au cours des trois dernières années, les médias occidentaux ont répété : pourquoi le gouvernement chinois ne sauve-t-il pas le marché ? Il devrait intervenir plus massivement. Cheng Xiaonong rétorque : ce n’est pas qu’il n’a rien fait, c’est que toutes les mesures possibles ont déjà été épuisées.
Baisse des taux d’intérêt, assouplissement des réserves obligatoires, émission d’obligations spéciales, monétisation des rénovations urbaines, rénovation des quartiers anciens, logements sociaux, transformation des villages urbains, liste blanche immobilière, bons de consommation, programmes d’aide à l’achat automobile et électroménager en zone rurale... Tout a été essayé. Le résultat est que ceux qui ont de l’argent n’osent pas le dépenser et ceux qui veulent investir n’osent pas le faire.
Développer l’emploi ? Même le secteur public licencie, les entreprises privées font faillite en masse, qui va créer des emplois ?
Augmenter la protection sociale ? Même les allocations chômage ne sont pas versées, les finances publiques sont depuis longtemps à bout de souffle, comment parler d’augmenter les prestations sociales ?
Selon l’analyste, l’économie chinoise cumule deux pièges : celui du Japon et celui de l’Amérique latine. Pire encore que le Japon : la Chine s’effondre avant même d’être devenue riche. Pire encore que l’Amérique latine : la Chine n’a aucun véritable mécanisme de marché.
Les choix politiques l’emportent sur les lois économiques
Hu Liren attribue la cause fondamentale à la primauté des choix politiques sur les lois économiques :
- La diplomatie du loup guerrier a détruit la confiance internationale.
- L’avancée du secteur public aux dépens du privé étouffe la vitalité de l’économie privée.
- Le zéro-Covid, la priorité à l’industrie lourde et le mouvement de prospérité commune ont successivement fait fuir les capitaux.
- L’idéologie remplace le marché, la loyauté remplace l’efficacité, la sécurité politique remplace la sécurité économique.
- Un pays qui se découple du monde ne peut finalement que tourner en rond dans sa circulation intérieure, et le bout de la circulation intérieure, c’est l’économie de district et les entreprises de bourgs et de cantons, conclut l’entrepreneur.
Une crise profonde sans solution à court terme
Les deux observateurs parviennent à des conclusions pessimistes convergentes.
Cheng Xiaonong déclare que le miracle économique chinois est définitivement terminé et que les possibilités de reprise future sont infimes. La population doit se préparer psychologiquement à une morosité prolongée, voire à des conditions de vie insoutenables.
Hu Liren estime que la Chine ne marche pas vers l’avenir, mais vers le passé. Seul un retour complet à l’État de droit, à la liberté et à l’humilité pourrait limiter les dégâts. Sinon, la régression civilisationnelle sera inévitable.
En cet hiver 2025, le navire géant de l’économie chinoise continue de sombrer. La propagande officielle continue de chanter victoire, mais la population est généralement envahie par le sentiment désespéré que « demain ne sera que pire ».
Spirale mortelle de l’immobilier, rupture des chaînes industrielles, double vague de chômage des jeunes et des travailleurs migrants ruraux, la triple crise de confiance: tous les indicateurs pointent dans la même direction. Un déclin économique systémique sur le long terme et irréversible est pleinement installé.
Rédacteur Yi Ming
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