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Chine. Après la collision d’un avion contre la tour CITIC, des tracts anti-Xi Jinping apparaissent dans une base d’Air China à Pékin

ACTUALITÉ > Chine

Quelques jours après qu’un petit avion est entré en collision avec la tour CITIC, le plus haut gratte-ciel de Pékin, un tract énumérant dix « crimes » imputés à Xi Jinping aurait été retrouvé collé à l’entrée d’une base d’Air China dans la capitale chinoise. Le texte appelle ouvertement à « combattre le communisme, la dictature et le régime de parti unique ».

L’incident, survenu en plein cœur du pouvoir chinois, a suscité une vive émotion : selon plusieurs publications relayées sur les réseaux sociaux, la collision contre la tour CITIC – également appelée « China Zun » – aurait directement inspiré l’auteur du tract.

Un tract listant les « dix crimes » de Xi Jinping

Le 29 juin, un internaute utilisant le pseudonyme « Qiangguo Wa Haha » (« la grenouille du pays de Grande Muraille », en référence au pare-feu chinois) a publié sur X une photo montrant une affiche collée devant une base d’entraînement au pilotage d’Air China à Pékin. Le message, accompagné d’un commentaire de l’internaute, précise que le tract a été placardé après la collision de l’avion contre la tour CITIC, société dont dépend justement l’avion présidentiel de Xi Jinping.

Sur cette affiche, on peut lire une liste de griefs attribués au dirigeant chinois : atteinte à l’ordre constitutionnel et concentration des pouvoirs, répression des voix dissidentes et persécution des avocats défenseurs des droits, censure de la presse et verrouillage d’internet, corruption, sabotage du système éducatif et endoctrinement de la jeunesse, ou encore indifférence affichée envers les catastrophes et les conditions de vie de la population. Le texte se conclut par un appel à l’unité pour « renverser la dictature du Parti communiste chinois et bâtir une nouvelle Chine libre et démocratique ».

Un message glissé jusque dans le cockpit

Le même internaute a publié un second message, présenté comme le témoignage anonyme d’un commandant de bord d’Air China — la compagnie qui exploite l’avion officiel du chef de l’État. Le pilote y met en garde Xi Jinping et le Parti communiste chinois : leurs excès finiraient, selon lui, par se retourner contre eux. Une photo jointe montre, collé sur le tableau de bord d’un cockpit, un tract réclamant une « Chine démocratique » où le pouvoir serait « rendu au peuple ».

Pour de nombreux observateurs, ces deux gestes, survenus presque simultanément, traduisent une forme de défiance grandissante jusque dans le secteur aérien chinois, directement liée à l’onde de choc provoquée par la collision contre la tour CITIC.

Les réactions des internautes, recueillies sous les publications, oscillent entre admiration et prudence : certains saluent un acte d’un « courage peu commun », d’autres soulignent le décalage entre la portée d’un geste aussi risqué, dans un pays où surveillance numérique et répression physique se conjuguent, et l’écho qu’il peut espérer obtenir. D’autres commentaires, plus tranchés, célèbrent par avance la chute du régime.

Une contestation qui s’amplifie depuis le début de l’année

Ce tract n’est pas un cas isolé. Depuis le début de l’année 2026, les signes d’une contestation populaire envers Xi Jinping et le Parti communiste chinois semblent se multiplier en Chine.

Mi-mai, des photographies montrant un slogan hostile au dirigeant peint sur un mur, dans un parking souterrain de l’université du pétrole de Xi’an, avaient déjà circulé sur les réseaux. Les commentaires qui avaient suivi évoquaient, parfois avec une ironie amère, l’idée qu’une simple destitution ne suffirait plus et qu’il faudrait aller plus loin pour changer durablement le système.

En mars, une vidéo publiée par un jeune Chinois sur Douyin, version chinoise de Tiktok, dans laquelle il critiquait vivement le pouvoir en place, avait également suscité un large écho. Il y dénonçait notamment la répression du mouvement étudiant de 1989, les pratiques jugées trompeuses associées au projet des Nouvelles routes de la soie, les tensions avec les Philippines et le Vietnam en mer de Chine méridionale, l’imposition de la loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, ainsi que la persécution des pratiquants de Falun Gong. Il appelait ses compatriotes à se réveiller et réclamait liberté, démocratie et dissolution du Parti.

Mi-avril, une plainte adressée aux autorités de Shenzhen et demandant la démission du Parti communiste chinois avait également fait grand bruit en ligne. Selon des captures d’écran partagées par des internautes, ce signalement — officiellement enregistré par la police locale — appelait les agents publics « dotés de conscience » à agir pour « sauver le pays » et dénonçait en des termes très durs la direction du pays.

Pour certains analystes, ces épisodes traduisent une évolution dans la perception du pouvoir par une partie croissante de la population chinoise, qui distinguerait de plus en plus nettement le Parti communiste chinois du peuple et du pays lui-même — une dissociation jugée déterminante pour l’avenir politique du régime.

Rédacteur Yi Ming

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