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Chine. Les conséquences économiques et politiques après le crash d’un avion contre la tour CITIC à Pékin

ACTUALITÉ > Chine

Le 26 juin, la collision d’un petit avion contre la tour CITIC (« China Zun »), gratte-ciel emblématique situé près du quartier des dirigeants (Zhongnanhai), a provoqué un vif émoi. Survenu à la veille du 105e anniversaire du Parti communiste, cet accident à la charge politique hautement sensible menace de porter un coup sévère au secteur chinois des activités aériennes à basse altitude (avions légers, hélicoptères et drones), pourtant promu par Pékin comme un nouveau relais de croissance économique.

Une école de pilotage déjà en difficulté financière

L’avion accidenté appartenait à une filiale du groupe Dongfang Shishang, une école de pilotage cotée depuis 2016 à la Bourse de Shanghai et confrontée ces dernières années à de lourdes pertes financières. Plusieurs professionnels du secteur de l’aviation de loisir et de tourisme estiment que cet accident pourrait directement entraîner pour l’entreprise une suspension d’activité, le retrait de sa licence d’exploitation, voire des demandes d’indemnisation très élevées.

Un secteur naissant, déjà sous pression en Bourse

Le 29 juin, les valeurs boursières liées à ce secteur ont globalement souffert : le titre de CITIC Offshore Helicopter, une compagnie d’hélicoptères, a clôturé en baisse d’environ 4 %, tandis que celui de Zongshen Power, un fabricant de moteurs notamment utilisés dans l’aviation de loisir et de tourisme, a chuté de 7,7 %. 

Pour les analystes, les vols de loisir, l’aviation générale (c’est-à-dire tous les vols civils hors compagnies aériennes commerciales : tourisme, formation, travail aérien), la formation au pilotage et les petits aéronefs devraient pâtir à court terme d’un contrôle de sécurité renforcé et d’un durcissement réglementaire. 

L’impact à moyen et long terme dépendra toutefois des conclusions de l’enquête officielle, et de la question de savoir si les mesures d’interdiction de vol actuelles relèvent d’une simple gestion de crise temporaire ou annoncent une refonte durable des normes de sécurité.

Cette filière, que les autorités chinoises appellent « économie de basse altitude », correspond aux activités économiques reposant sur des aéronefs civils volant en général en dessous de 1 000 mètres d’altitude — avions légers, hélicoptères ou drones —, qu’il s’agisse de transport de passagers, de fret ou d’opérations spécialisées comme l’agriculture ou la surveillance. 

Selon le bulletin statistique 2025 sur le développement de l’aviation civile chinoise, la Chine comptait, fin 2025, 3 140 aéronefs de ce type enregistrés, 513 aérodromes dédiés homologués et plus de 3,287 millions de drones immatriculés sur l’ensemble du territoire. Les autorités y décrivaient un développement dynamique de cette filière, présentée comme un axe stratégique. L’accident contre la tour CITIC pourrait toutefois porter un coup d’arrêt brutal à cet essor.

Une affaire aux ramifications politiques

Sur la plateforme X, un utilisateur se présentant sous le pseudonyme « Qin Yuele » a affirmé que son oncle lui aurait rapporté que « le numéro un » — en référence à Xi Jinping — serait furieux, l’incident révélant selon lui les failles de la sécurité aérienne au-dessus de Pékin. Un autre internaute a commenté que si la tour CITIC avait pu être percutée aussi facilement, cela laissait planer un doute sur la protection de Zhongnanhai, situé à moins de cinq kilomètres de là.

Selon plusieurs observateurs, c’est précisément cette inquiétude qui taraude le plus Xi Jinping — ce qui alimente les spéculations sur un possible revers pour Cai Erjin, fils de Cai Qi, membre du Bureau politique du Parti communiste chinois et chef du Parti à Pékin, présenté par la source comme l’un des responsables supervisant ce dossier au sommet de l’État. 

D’après des informations publiques disponibles en ligne, Cai Erjin occupe le poste de directeur adjoint au sein du département chargé de cette filière à la Commission nationale du développement et de la réforme (CNDR), une entité créée fin 2024 et chargée de la stratégie, de la planification et de la coordination des politiques en la matière.

Le commentateur indépendant Du Zheng, connu pour ses analyses critiques des luttes internes au sommet du pouvoir chinois, a révélé dans un article publié le 29 décembre dernier sur le média taïwanais Up Media et intitulé « La clique du Fujian convoite le sommet du pouvoir au sein du Parti communiste chinois », que Cai Erjin occupait déjà un poste clé au sein du bureau général de la CNDR — une étape qui pourrait, selon lui, préparer le terrain à une future prise de contrôle de l’institution. 

Du Zheng estime que la rotation rapide de Cai Erjin à travers plusieurs départements de la CNDR ne lui profite pas seulement sur le plan personnel, mais ferait aussi de lui un relais de Cai Qi sur le territoire d’influence du Premier ministre Li Qiang. Plus largement, cette accumulation calculée d’expériences dans différents services viserait à préparer sa future promotion au poste de directeur adjoint de la CNDR, avant d’en prendre un jour la tête.

Or, la collision contre la tour CITIC pourrait entraîner des sanctions à l’encontre de nombreux cadres militaires et responsables liés au dossier — et Cai Erjin, en tant que directeur adjoint en charge de ce secteur, pourrait lui aussi en pâtir.

L’aviation de loisir et de tourisme clouée au sol dans tout le pays

Au-delà des enjeux politiques, l’accident a eu des répercussions immédiates sur l’ensemble de l’aviation de loisir et de tourisme chinoise — c’est-à-dire les petits avions, planeurs et autres aéronefs utilisés en dehors des compagnies aériennes commerciales. 

Le 28 juin, Ming Pao, un grand quotidien de Hong Kong, a contacté plusieurs clubs aériens à travers la Chine et a constaté qu’à l’exception des vols de secours d’urgence, l’ensemble de ces activités était suspendu à l’échelle nationale. Sur l’application Dianping, l’équivalent chinois de Yelp, Dongshi Shuangyue, la filiale exploitant l’avion accidenté, apparaît désormais comme temporairement fermée.

Le quotidien britannique Financial Times rapporte de son côté que plusieurs opérateurs chinois font état de restrictions imposées sur les vols d’avions légers à hélice à usage privé dans tout le pays. Trois exploitants de petits avions à hélice et une entreprise de vol à voile ont indiqué au journal que leurs appareils étaient cloués au sol depuis la soirée du 26 juin.

Dans la ville de Danzhou, sur l’île de Hainan, dans le sud de la Chine, un employé du club de parachutisme Weilan a expliqué que son établissement avait dû suspendre ses activités de parachutisme et de parapente en raison d’un ordre de contrôle de l’espace aérien valable pour tout le pays et visant les vols de loisir. Selon cet employé, qui a souhaité garder l’anonymat, aucun calendrier précis n’a été communiqué quant à la levée de ces restrictions.

Les données de Flightradar24, plateforme internationale de suivi des vols en temps réel, montrent par ailleurs un net recul de l’activité aérienne en Chine dès le lendemain de l’accident, à l’exception des vols cargo et des vols commerciaux réguliers.

À Chengdu, un club aérien a indiqué que ses appareils étaient immobilisés depuis le week-end précédent et le resteraient jusqu’à nouvel ordre de l’Administration de l’aviation civile de Chine (CAAC), précisant que cette suspension concernait l’ensemble du territoire, sans indication de durée. Près de Pékin, un exploitant de planeurs a évoqué la même directive de la CAAC, confirmant la suspension nationale du vol à voile, cette discipline qui consiste à piloter un planeur sans moteur. L’autorité n’a pas répondu dans l’immédiat aux demandes de commentaires.

Dans le district pékinois de Yanqing, zone désignée pour les activités liées aux drones, un instructeur d’une école de formation au pilotage de drones a indiqué que son établissement avait reçu pour consigne d’interrompre tout vol depuis le 28 juin, basculant désormais vers un enseignement uniquement théorique en intérieur. 

À l’inverse, dans le sud du pays, à Shenzhen, un amateur de drones affirme avoir pu piloter son appareil en zone urbaine le 27 juin sans rencontrer de restriction particulière ; les écoles de formation aux drones de Shenzhen ainsi que celles des villes voisines de Canton et Foshan, toutes situées dans cette même région méridionale, indiquent elles aussi poursuivre leurs activités normalement.

Rédacteur Yi Ming

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