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Culture. Histoire de Paris : la Bièvre coulera-t-elle à nouveau dans Paris ?

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Comme toutes les villes du monde, la capitale française est aussi traversée par un cours d’eau, la Seine. C’est même la Seine qui, indirectement, donnera à la ville son nom du fait des Parisii, ce peuple de pêcheurs qui s’installa sur le site dès le IIIe siècle av. J.-C., contrôlant le trafic fluvial dans la région. Mais comme tous les fleuves, la Seine a ses affluents. L’Yonne, la Marne, L’Oise sont bien connus mais peu d’entre nous, Parisiens y compris, connaissons l’existence de La Bièvre, cet autre affluent qui venait se déverser dans la Seine au cœur même de Paris…

La « rivière des Gobelins »

La Bièvre tire son nom de l’existence des bièvres, ces castors d’Europe qui peuplaient les marais de Guyancourt, site où cette rivière prend sa source.

La Bièvre, qui est une petite rivière de 34,6 km, traverse tout de même 5 départements et 15 communes : dans les Yvelines, elle prend sa source à Guyancourt, traverse quelques villes telles que Buc, Jouy-en-Josas, atteint ensuite l’Essonne où elle coule à Bièvres ou encore Massy, puis se retrouve dans les Hauts-de-Seine à Antony, avant de passer par le Val-de-Marne avec Cachan, Arcueil ou encore Gentilly. Enfin, elle termine son périple à Paris où elle conflue dans la Seine à la limite des 5ème et 13ème arrondissements.

Au XIIe siècle, la Bièvre se jetait dans la Seine au niveau de la « terre d’Alez », entre la montagne Sainte-Geneviève et le quartier Saint-Victor, à l’emplacement du pont d’Austerlitz.
Cette rivière coulait donc essentiellement en milieu urbain (68% du territoire) et c’est bien l’activité humaine qui aura eu raison d’elle à Paris.

En effet, dès le XIe siècle, nombre de corps de métiers ont pu tirer avantage de l’existence de ce petit cours d’eau coulant directement dans la capitale. Meuniers, tanneurs, teinturiers, bref, tous les métiers nécessitant l’usage intensif de l’eau se sont installés le long de la Bièvre, y déversant en permanence leurs résidus.

Le cours d’eau a même été rebaptisé « rivière des Gobelins » au XVe siècle, du fait de la présence du teinturier Gilles Gobelin qui vint s’installer au sud de Paris, près du moulin de Croulebarbe, dans l’actuel quartier Saint-Marcel.

Histoire de Paris : la Bièvre coulera-t-elle à nouveau dans Paris
 « L’arrière de la Manufacture des Gobelins sur la Bièvre (1823) ». (Image : wikimedia / Domaine publique)

L’acquisition de la maison Folie-Gobelin lui permettra, à lui et son frère Jean, d’installer des ateliers de tannerie et de tapisserie qui prendront un essor considérable dans les siècles suivants puisqu’ils seront à l’origine de la célèbre Manufacture royale des Gobelins sous Colbert en 1667.

Mais, au cours de ces siècles, la Bièvre aura constitué, non seulement le site de collecte des multiples déchets produits par ces activités humaines, mais aussi le déversoir de toutes les eaux usées provenant des habitations, hôpitaux, commerces…La Bièvre devient alors insalubre, marquée par des odeurs pestilentielles et les risques sanitaires pour les riverains.

Aussi, en 1801, un arrêté de la Préfecture de police de Paris, publié par La Gazette, est promulgué : « Il est défendu de jeter dans la rivière, des matières fécales, de la paille, du fumier, des gravois, des bouteilles cassées et autres immondices qui pourraient en obstruer le cours, corrompre les eaux, ou blesser les personnes qui feraient le curage. Il est défendu de construire des latrines qui auraient leur chute, soit dans la rivière vive ou morte, soit dans le faux rû. »

Mais cet arrêté ne stoppa pas, pour autant, la pollution de la rivière car en 1852, Le Siècle décrit la Bièvre comme le « danger permanent que (présente) ce large ruisseau d’eau stagnante, dont les émanations allaient répandre et propager les principes morbides dans un des quartiers les plus populeux de la capitale ».

Dès le XIe siècle, meuniers, tanneurs, teinturiers, bref, tous les métiers nécessitant l’usage intensif de l’eau se sont installés le long de la Bièvre, y déversant en permanence leurs résidus. (Image : wikimedia / Charles Marville / Domaine publique)

Aussi, en 1860, sous le Second Empire, le Baron Haussmann chargé de moderniser et assainir Paris, prendra alors la décision radicale de recouvrir le cours d’eau parisien devenu cloaque au cours des siècles.Les travaux dureront 50 ans et se termineront en 1912, mettant fin au deuxième cours d’eau de Paris.

Un article du Petit Parisien datant du 10 mai 1901, décrit avec à la fois, nostalgie et soulagement, la fin de la Bièvre : « C’est fini ! La Bièvre, cette petite rivière sinueuse qui traverse tout un quartier de Paris, qui se jette dans la Seine, à Paris même, La Bièvre va disparaître à jamais des yeux des Parisiens : ses eaux seront recouvertes d’un plafond de briques et de ciment, tout le long du parcours sinueux qu’elles suivaient dans la capitale. C’était une mesure réclamée depuis de longues années. Le filet noirâtre et puant du petit ruisseau empestait et empoisonnait l’atmosphère ; mais le service de l’assainissement de la Ville avait à lutter contre les résistances des industriels établis sur les rives, si ce mot pouvait convenir encore… »

Et si la Bièvre revoyait le jour à Paris ?

Aujourd’hui bétonnée et recouverte par les rues et autres constructions, la Bièvre n’est visible que de sa source à Guyancourt jusqu’à l’entrée d’Antony, bordée d’ailleurs par le GR11, sentier de randonnée apprécié des Franciliens. À Paris, elle ne se jette plus dans la Seine mais dans les égouts…

Seulement, dans une ère où la végétalisation des métropoles constitue la panacée, la renaturation de la Bièvre semble être dans l’air du temps… David Belliard, adjoint écologiste à la Mairie de Paris chargé de la transformation de l’espace public, en a fait l’un de ses chevaux de bataille, souhaitant faire réapparaître La Bièvre pour un couloir de verdure et de fraîcheur dans Paris.

« Nous allons avoir des périodes de canicule de plus en plus intense et nous allons avoir besoin d’eau », soulignait-il sur France 2 en mars 2020, arguant ainsi, « nous avons besoin de retrouver une rivière ».

La métropole du Grand Paris a aussi pris le projet en main et décidé de « financer des travaux de renaturation de la Bièvre » dans le secteur du Val-de-Marne (94). « Au total, 600 mètres de cours d’eau sont déjà en cours de réaménagement, et seront définitivement découverts «dans quelques mois », selon CNews.

De nouvelles études sont en cours pour faire réapparaître le cours d’eau dans des villes telles que Antony, Cachan (Hauts-de-Seine), l’Haÿ les Roses, Gentilly (Val-de-Marne) et bien sûr Paris (75) où la confluence avec La Seine pourrait même revoir le jour.