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Culture. Le drapeau français : ses origines royales et religieuses

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Dans l’article 2 du titre Premier, relatif à la souveraineté, de la Constitution française, il est précisé : « L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge ». En règle générale les historiens font souvent remonter l’origine de ce drapeau à la Révolution française de 1789 : époque ou le rouge et le bleu de la ville Paris auraient entouré le blanc du royaume de France. Mais dans les faits, le drapeau français pourrait puiser ses racines dans la royauté et la religion, selon le principe des ordres établi sous l’Ancien régime.

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses
Les armoiries du royaume de France, utilisées jusqu’à la Révolution. Le Blason de Navarre y figure depuis qu’Henri IV est devenu roi de France. (Image : wikimedia / Sodacan / CC BY-SA 3.0)

L’Ancien régime, au royaume de France, débute avec le règne de la branche Bourbon issue de la Maison Capétienne de Bourbon, sous Henri IV. Cette maison est une branche de la dynastie capétienne issue du dernier fils de Saint Louis, roi de France, Robert de France (1256–1317) de la Maison Capétienne de Bourbon. Il serait l’ancêtre de Henri IV, fondateur de la dynastie des Bourbons : une dynastie qui, par la voie des alliances maritales, aurait régné sur de nombreux pays d’Europe.

La société d’Ancien régime et l’origine des trois couleurs du drapeau

La société d’Ancien régime était une société coutumière et catholique. La hiérarchie se déclinait selon un concept de dignité sur trois niveaux : le clergé, la noblesse et le Tiers état. Ces trois ordres traditionnels utilisaient des emblèmes aux couleurs différentes.

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses

 Les grandes armoiries du royaume de France. Elles sont inspirées de la chape de Saint Martin portée par les rois capétiens au moment du sacre. (Image : wikimedia  / CC-BY-SA-3.0)

Le clergé a tout d’abord utilisé la couleur rouge avec l’oriflamme de Saint Denis, puis le blanc avec la bannière de Jeanne D’arc ou de Saint Michel. La noblesse utilisait de préférence le bleu avec l’étendard royal, souvent la fleur de lys sur un fond bleu, mais aussi le blanc, avec la cornette blanche. Les fantassins appartenant au Tiers état, ont tout d’abord utilisé le blanc avec une croix rouge sur fond blanc, puis le bleu avec la croix blanche sur fond bleu.

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses
La bannière de l’abbaye de Saint Denis porte le nom d’oriflamme en 1170, en hommage à l’étendard attribué à Charlemagne par la Chanson de Roland. L’oriflamme devient le symbole divin attribué au roi. (Image : wikimedia / CC-BY-SA-3.0)

Ces trois couleurs étaient utilisées par les trois ordres et reposaient sur une représentation, ou reconnaissance, d’une classe sociale et non sur une notion de révolte ou d’affirmation d’une classe sociale par rapport à une autre. Cela ne semble-t-il pas très éloigné de la symbolique mise en avant pour le drapeau français ?

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses
Le royaume de France arborera une croix rouge sur fond blanc, la croix de Saint Georges : en symbole de Saint Georges terrassant le dragon. (Image : wikimedia / CC-BY 2.5)

La couleur rouge de l’emblème national

Le rouge a tout d’abord été utilisé pour la bannière de l’abbaye de Saint Denis. Élaborée en 1124, elle symbolisait le martyre du premier évêque de Paris, Saint Denis. Elle portera le nom d’oriflamme en 1170, en hommage à l’étendard attribué par la Chanson de Roland, à Charlemagne (742–814). L’oriflamme devient le symbole divin attribué au roi.

Selon les récits historiques, la couleur rouge sera aussi portée lors des croisades, menées pour protéger la « Terre sainte ». Le rouge sera décliné de deux manières : le royaume de France arborera une croix rouge sur fond blanc, la croix de Saint-Georges, et les Anglais, la croix blanche sur fond rouge. La symbolique est strictement religieuse, le rouge faisant référence au Christ. Les récits historiques font état du fait que les chevaliers porteront fièrement cette couleur attachée à leur bras comme signe de ralliement à une cause qu’ils estiment être juste, car c’est aussi le symbole de Saint Georges terrassant le dragon.

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses
La guerre de Cent Ans voit le symbole de la croix blanche dominé dans le camp français. Le royaume de France se tourne tout naturellement vers Saint Michel, historiquement protecteur du royaume. (Image : wikimedia / CC-BY-SA-4.0)

Mais la guerre de Cent Ans verra l’abandon du symbole lié à Saint Georges, deux siècles plus tard. En effet, le 1er décembre 1420, les Anglais s’emparent de Paris, de Saint Denis et de leurs emblèmes. L’oriflamme et la croix de Saint Georges fièrement portés par les Français deviendront alors les symboles de l’ennemi anglais. Le royaume de France se tournera tout naturellement vers Saint Michel, historiquement protecteur du royaume. La croix devient alors blanche et l’étendard de Saint Michel est adopté.

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses
Sacre de Charles VII, avec le drapeau blanc garni de fleurs de Lys. La couleur blanche sera aussi choisie par Jeanne d’Arc. (Image : wikimedia / Rémih / CC BY-SA 3.0)

La couleur blanche et le drapeau français

Deux évènements historiques vont conduire à prioriser le blanc au rouge : les croisades et la guerre de Cent ans.

Les croisades avaient déjà ouvert la voie à l’utilisation du symbole de la croix. C’est tout naturellement que le lien avec Saint Michel terrassant le mal et capitaine des armées célestes s’est établi. L’Archange combat Satan, tout comme les chevaliers combattent leur ennemi et le terrasse. Le blanc prenant le dessus en termes de couleur, chaque chevalier portera une écharpe blanche attachée à son bras en signe d’appartenance et de ralliement, au cours des campagnes de Flandres (1300), notamment à la bataille de Mons-en-Pévèle en 1304.

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses
Capture de Jean le Bon à la bataille de Poitiers. L’étendard français avec la croix blanche est arboré par l’armée française. (Image : wikimedia / Boccace / de casibus / Domaine publique)

La guerre de Cent Ans voit le symbole de la croix blanche dominé dans le camp français, souvent pour montrer son opposition à la croix rouge anglaise. En 1418, le Dauphin met l’image de Saint Michel terrassant le dragon sur les étendards et fait de Saint Michel, le protecteur de la France. La croix blanche de Saint Michel, symbole de lumière, devient l’emblème des chevaliers français. Ainsi les chevaliers alliés aux Anglais arborent la croix rouge et les alliés des Français portent la croix blanche.

La couleur blanche sera aussi choisie par Jeanne d’Arc. Couleur considérée comme céleste et symbole des voix entendues par Jeanne d’Arc : en 1429, l’étendard adopté par Jeanne d’Arc sera un fond blanc, avec Dieu au milieu tenant l’orbe ou « globe crucigère », une sphère surmontée d’une croix, symbole de l’autorité au Moyen Âge. Ce sera l’étendard du « roy du Ciel », comme l’aurait précisé Jeanne d’Arc au cours de son procès le 27 février 1431, à la prison de Rouen.

Par la suite, la croix blanche restera le symbole militaire français, arboré par les régiments du roi.

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses
Madone de la Miséricorde portant le manteau bleu des saints. (Image : wikimedia / Lippo Memmi / Domaine publique)

Le bleu des rois de France

Le bleu est essentiellement le symbole des rois de France. Les Capétiens l’ont adopté, la chape de Saint Martin se composant de bleu. Lors de son sacre le roi portera cette chape, symbole de la légitimité conférée par le sacre au roi de France.

Mais déjà dans l’Antiquité, le pallium, un vêtement sans couture, était porté comme manteau ou directement sur la peau. Vêtement souvent de couleur terne, il allait se développer dans la société selon une palette de teintures de plus en plus précieuses. Les couleurs pourpre et bleu vont apparaître. Les pigments utilisés pour ces couleurs notamment pour le bleu en font des couleurs réservées aux classes nobles, voire impériales pour le pourpre, et aux représentations des saints et divinités pour le bleu. Le bleu se voit décerner une valeur spirituelle.

Dans la religion catholique, cette couleur devient celle du manteau de la Sainte Vierge. La chape de Saint Martin (316–397), l’un des principaux saints, mais aussi l’un des évêques de Tours, portera aussi cette couleur.

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses
Drapeau d’Ordonnance d’un régiment français d’infanterie royale. (Image : wikimedia / Centenier / Domaine publique)

Le bleu et le rouge de Paris

C’est le prévôt des marchands de la ville de Paris, Etienne Marcel qui serait à l’origine de l’adoption des couleurs bleu et rouge pour la ville de Paris. Le 22 février 1358, après avoir pris d’assaut le Palais royal de l’île de la Cité, le prévôt imposa ses couleurs au jeune régent. À la disparition du prévôt, le bleu et le rouge ont été intégrés aux couleurs du blason de Paris. Le roi a ajouté un chef avec des fleurs de lys, au-dessus de la nef d’argent, à partir du sceau de 1426.

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses
Armoiries de la ville de Paris. (Image : wikimedia / Bluebear2 / CC BY-SA 3.0)

En résumé, pour le drapeau français et ses origines, le bleu, couleur des rois de France est aussi une couleur céleste représentée sur le voile de la vierge. Le blanc, mis en avant par les rois de France, symbole de l’Archange Saint Michel, qui conduit l’armée céleste, exprime aussi l’humilité et la pureté. Le rouge couleur du sang, mais aussi couleur associée au Christ, a été utilisée en tant que couleur réservée aux Saints, dont Saint Denis et Saint Georges terrassant le dragon.

À travers ces remarques issues de l’histoire de France, le drapeau français et ses trois couleurs semble bien loin de la Révolution française, et révèlerait plutôt un ancrage royal et religieux.

Le drapeau français : ses origines royales et religieuses
Drapeau du régiment du Poitou créé en 1616 et affecté aux Indes occidentales en 1682. (Image : wikimedia / Centenier / Domaine publique)