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Culture. André Le Nôtre, le maître des jardins à la française

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Né en 1613 et mort en 1700, André Le Nôtre est sans conteste l’un des personnages les plus remarquables du Grand Siècle. Jardinier indissociable du roi Louis XIV, il va largement contribuer à faire rayonner l’art du jardin à la française dans toute l’Europe.

Un homme prédestiné au métier de jardinier

André Le Nôtre est, encore aujourd’hui, la principale référence en matière de jardins. Même si l’art du jardin à la française n’est pas apparu avec lui, il a tout de même réussi à le porter à son apogée, au point que son nom y est dorénavant définitivement associé.

Il faut dire que sa prédestination à l’art des jardins est tout à fait hors du commun. Ses deux grands-pères, son père, l’époux de sa marraine, sont tous des jardiniers reconnus. Par ailleurs, André le Nôtre tient son prénom de son parrain, André Bérard de Maisoncelle, contrôleur général des jardins du Roi sous le règne de Henri IV et de Louis XIII.

Mathématicien, géomètre, maitrisant mieux que quiconque la perspective, hydraulicien, architecte, mais aussi grand collectionneur, il avait appris les arts dans toutes leurs dimensions, lui garantissant ainsi un haut niveau d’exigence et de rigueur dans son travail. Né en 1613, il avait vingt-cinq ans de plus que Louis XIV. Le Roi Soleil avait toute confiance en cet homme qu’il connaissait depuis l’enfance et avec qui il garda tout au long de sa vie de très bons rapports.

André Le Nôtre, le maître des jardins à la française
Vue aérienne d’une partie du jardin à la française du château de Versailles. (Image : ©THOMAS GARNIER)

Le « bonhomme Le Nôtre », tel que surnommé de son vivant, fait ses premières armes en tant que premier jardinier du frère de Louis XIII, Gaston de France, qui va lui confier certains jardins, comme celui du Luxembourg ou encore de Blois. André le Nôtre va ensuite récupérer la charge de son père, celle de premier jardinier du roi aux Tuileries, en vertu de la tradition de transmission de carrière telle qu’elle existait à l’époque au XVIIe siècle.

En 1640, André Le Nôtre réalise sans doute son premier grand jardin français dans le domaine du château de Wattignies. La beauté et la justesse de son travail lui permirent d’accéder rapidement à de plus prestigieux chantiers, comme celui de Vaux-le-Vicomte, de Chantilly, de Saint-Germain-en-Laye, et surtout, celui de Versailles en 1650. Fort de ses compétences en aménagements des espaces naturels, il est aussi fait appel à André Le Nôtre pour aménager certaines forêts. Il est notamment à l’origine des allées rectilignes de la forêt de L’Isle-Adam sur la demande du prince de Conti, mais aussi du carrefour de la Table dans la forêt de Chantilly, d’où partent douze routes du massif forestier.

En 1698, un Britannique, Martin Leicester, avait un jour aperçu le grand jardinier non loin des Tuileries, où ce dernier résidait. Fasciné par le grand homme, il le décrivit en prononçant ces mots : « Le vieux monsieur de beaucoup de talents ». Une très jolie manière de rendre hommage à la capacité qu’avait André Le Nôtre pour sublimer n’importe quel endroit où il intervenait.

André Le Nôtre, le maître des jardins à la française
Vue d’une allée tracée par André Le Nôtre dans la forêt de L’Isle-Adam. (Image : DSCN0689)

Le jardin du château de Versailles, le plus célèbre chef-d’œuvre d’André Le Nôtre

Ce jardin de plus de 90 hectares est sans aucun doute l’une des plus belles créations du fameux jardinier : jamais un jardin royal n’avait atteint une telle dimension, une telle maîtrise, ni une telle somptuosité. Pour arriver à un tel résultat, des moyens humains et financiers considérables ont été nécessaires. André le Nôtre conçoit ce fabuleux jardin pour satisfaire la demande de Louis XIV, qui souhaite que ce jardin s’impose au monde entier comme la preuve de son pouvoir absolu. André Le Nôtre va ainsi, pendant vingt ans, travailler avec son souverain à la réalisation du plus grandiose des jardins à la française.

Plusieurs principes fondamentaux accompagnent le travail d’André Le Nôtre, comme la symétrie, l’ordre, et la rigueur. Astucieux, il joue avec les effets d’optiques et de perspective, toujours à grande échelle. À Versailles, il crée une immense esplanade circulaire, au bout du grand canal : l’Étoile Royale, large de presque six hectares, et située à environ trois kilomètres de la terrasse du château. Cette esplanade a ceci de particulier qu’elle a la même forme, et presque le même diamètre, que l’actuelle place de l’Étoile, à Paris. De plus, si l’on compare les perspectives des deux sites, on remarque de curieuses similitudes : l’Arc de Triomphe pourrait être situé au milieu de l’Étoile Royale, de plus le grand canal de Versailles correspond à la largeur des Champs-Élysées. Tout au fond, la place qu’occupe le château de Versailles pourrait être comparée avec celle qu’occupait le château des Tuileries, avant d’être honteusement détruit par la Commune en 1870. Les similitudes de ces deux endroits ne sont pas dues au hasard : en effet, c’est André Le Nôtre qui a tracé la voie qui devint plus tard la plus belle avenue du monde, à l’époque où la forêt recouvrait cette partie de Paris. Ainsi, les deux places en étoile font face à deux perspectives quasiment identiques, et de même longueur.

André Le Nôtre, le maître des jardins à la française
Vue depuis l’Étoile Royale sur le château de Versailles. (Image : ©THOMAS GARNIER)

Dans le jardin du château de Versailles, les prouesses d’André Le Nôtre ne s’arrêtent pas aux jeux de perspectives : le jardinier du Roi Soleil est aussi passé maître dans l’art des jeux d’eaux. Pour alimenter les fontaines, de nombreuses galeries souterraines sont nécessaires, comme sous le bassin de Latone, placé entre le château et le grand canal. Ces galeries abritent un gigantesque réseau de tuyauterie et de nombreux réservoirs. Simplement pour le bassin de Latone, trois couronnes de plomb sont nécessaires pour alimenter ses sculptures situées au-dessus. Pour réaliser cet extraordinaire dispositif hydraulique, André Le Nôtre a fait appel aux plus talentueux ingénieurs fontainiers de l’époque : des français, mais également des italiens. Ce dispositif est d’autant plus remarquable qu’il n’a pratiquement pas été modifié depuis le XVIIe siècle.

André Le Nôtre, soucieux de mettre correctement en valeur la splendeur du château de Versailles, va multiplier les références à celui-ci dans son propre jardin, si bien que l’on pourrait presque qualifier le domaine royal de « double appartement ». Par exemple, en parallèle de la galerie des glaces où le Roi reçoit ses hôtes, André Le Nôtre va créer la galerie des Antiques, qui se veut être un clin d’œil à cette pièce majestueuse. En miroir de la salle du conseil, l’illustre jardinier réalise le bosquet du conseil. De même, les salons du château qui accueillent certains bals ont aussi leur réplique dans le jardin. André Le Nôtre, particulièrement rigoureux dans son travail, recherche ainsi sans cesse l’harmonie entre le château de Versailles et son incontournable espace de promenades.

André Le Nôtre, le maître des jardins à la française
Vue sur le bassin de Latone, dans le domaine du château de Versailles. (Image : ©THOMAS GARNIER)

Le parc du château de Chantilly, un extraordinaire spectacle aquatique

En 1660, le Grand Condé convie le plus célèbre des jardiniers dans son domaine de Chantilly. Tout comme son cousin le Roi Soleil, le Grand Condé souhaite un jardin à l’image de sa gloire et de sa puissance. André Le Nôtre, qui bénéficie d’une véritable aura de prestige dans toute l’Europe, accepte de lui apporter son concours. Une décision qu’il ne regrettera pas, car le parc du château de Chantilly, d’une superficie de 115 hectares, sera l’une de ses plus grandes fiertés.

À l’époque d’André le Nôtre, le château de Chantilly est plutôt d’aspect médiéval, ce qui n’est pas du tout au goût du grand homme. Ceci à une importance, car cela va avoir des conséquences sur les aménagements qu’il va entreprendre. En effet, le château se trouve complètement à côté du grand axe dessiné par André Le Nôtre. Ainsi, le point d’orgue de cet axe n’est pas le château, mais la statue équestre du connétable Anne de Montmorency, qui surplombe les immenses bassins du jardin en contrebas.

André Le Nôtre, le maître des jardins à la française
Vue aérienne du jardin à la française d’André Le Nôtre, dans le domaine du château de Chantilly. (Image : DOMAINE DE CHANTILLY)

S’il est aujourd’hui en partie remanié, le parc du château de Chantilly est, au XVIIe siècle, un
très bel exemple de jardin à la française, qu’André Le Nôtre va largement populariser et perfectionner de son vivant. Le jardin à la française se caractérise par une maîtrise totale de l’environnement par l’homme. On y observe généralement un axe central avec différentes choses situées de part et d’autre de celui-ci, des lignes droites, des angles droits, des formes géométriques très strictes associées à de la symétrie, mais aussi des fontaines. À partir de 1820, le parc du château de Chantilly va également se doter d’un jardin à l’anglaise. Ce type de jardin est à l’opposé du jardin à la française pensé par André Le Nôtre : il se caractérise par un refus des tracés géométriques et des perspectives, et puise son inspiration dans le romantisme.

Il est bon de noter que chez André le Nôtre, le rôle de l’eau est très important, et a une place déterminante : grâce à elle, il va mettre en scène le domaine et le magnifier. Pièces d’eau, effets d’eau, motifs hydrauliques… André Le Nôtre sait rythmer la promenade du visiteur. Le parc de Chantilly disposait à l’époque du Grand Condé de merveilleux jeux d’eaux, comme la fontaine de Manse, la cascade de Beauvais, ou encore les splendides cascades de Chantilly, spectacle inouï de fontaines où l’eau semblait jaillir de partout. Ces lieux magiques ont tous été détruits pendant la Révolution française. Aujourd’hui, seul subsiste un buffet de la cascade de Beauvais, précieusement conservé.

En définitive, l’apport d’André Le Nôtre à la culture française est incontestable. Véritable pilier de notre civilisation, il a rendu célèbre l’art du jardin à la française dans le monde entier. Son œuvre, belle et grandiose, est un héritage inestimable qui se doit d’être préservé par les générations futures.

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