Surmonter la souffrance, franchir les obstacles sont des qualités requises dont nous avons tous besoin dans notre parcours de vie. Comment les cultiver ? Le chanteur Corneille que nous allons présenter dans cet article fait part de son vécu assez exceptionnel. Ses écrits proposent quelques pistes à explorer.
Une vie qui bascule dans la tragédie
Cornelius Nyungura, auteur-compositeur-interprète, plus connu sous le nom de Corneille est un chanteur canadien d’origine rwandaise né à Fribourg, en Allemagne le 24 mars 1977. Ses parents regagnent leur pays natal le Rwanda en 1983 et s’installent dans la capitale Kigari. La famille Nyungura appartient à un milieu assez aisé. Le jeune Corneille développe une passion pour la chanson et rejoint dès l’âge de 16 ans un groupe de RnB et s’initie à l’art de la composition musicale.
Dans la nuit du 15 au 16 avril, 1994, sa vie bascule quand « un escadron de la mort » massacre toute sa famille. Caché derrière un canapé, il sera l’unique survivant du drame. Son père, sa mère, ses frères et sa petite sœur alors âgée de trois ans sont abattus froidement. Ce fut un épisode sanglant du génocide des Tutsis au Rwanda. Rappelons que ce génocide a causé plus de 800 000 morts.

Écrire pour surmonter la souffrance
Corneille, animé d’une résilience exemplaire parvient à fuir son pays et trouve refuge en Allemagne chez des amis de ses parents qu’il appelle désormais ses « parents adoptifs ». Avec leur soutien il part au Canada suivre des études supérieures et renoue avec ses activités musicales. Sa carrière de chanteur est lancée. Le succès est au rendez-vous. Ses chansons parmi les plus connues Seul au monde et Parce qu’on vient de loin évoquent son histoire et viennent combler une « carence d’amour » comme il l’avouera plus tard.
Il choisit d’avoir recours à l’écriture pour la raison suivante : « Il y a des sujets sur lesquels on ne veut pas trop laisser trop d’ambiguïté » admet-t-il au micro de la chaîne canadienne TVA et d’ajouter : « « Il y a des échanges beaucoup trop personnels pour les confiner dans un format chansons. »
Autobiographie libératrice
Son premier livre Là où le soleil disparaît, paru en 2016 aux éditions XO commence ainsi : « En démarrant ce récit, je savais que les pages du génocide et du massacre de ma famille au Rwanda, en 1994, m’attendaient. Je savais qu’écrire cette douleur passée, c’était mettre des petites cuillères de pili-pili sur la chair encore fraîche d’une plaie que je voulais à tout prix croire fermée. »
À l’époque en effet, il n’avait pas encore eu recours à la thérapie pour chasser les effets désastreux que le traumatisme de la terrible nuit avait provoqués. Il expliquera plus tard que dans la culture traditionnelle africaine, un homme ne consulte pas de psychiatre sous peine d’être traité de fou ! Seule la musique et les chansons tenaient lieu de thérapie. Il dit aussi qu’il lui aura fallu cinq ans pour écrire cet ouvrage tout aussi libérateur qu’éprouvant.
Le récit de la terrible nuit avait pointé du doigt chez lui des séquelles telles que le syndrome du survivant. La plaie était encore vive. Par exemple il se reprochait de ne pas avoir pu sauver sa petite sœur, alors qu’il était l’aîné. Il avait entendu son dernier soupir…

Cultiver le pardon pour souffrir moins
Près de dix ans après la sortie de son autobiographie, Corneille a repris la plume pour écrire un deuxième livre intitulé La Mélodie du pardon publié en 2025. « Tu es un chanteur qu’on aime entendre et un auteur qu’on aime de plus en plus lire aussi. » dit une animatrice présentant Corneille sur la chaîne canadienne TVA. Dans cette émission, nous retrouvons l’artiste ayant entre temps refait sa vie au Canada après avoir obtenu la nationalité canadienne. Il a épousé une jeune mannequin, Sofie de Medeiros en 2006. Deux enfants sont nés de cette union.
Interrogé sur ce que représente pour lui ce deuxième livre, il répond qu’à travers ce livre, il cherche à répondre à la question qui lui est le plus souvent posée, à savoir : « Comment on garde encore un petit peu d’amour quand on a ce genre d’histoire ? Il explique :
« Au bout de cette quête-là, il y avait le pardon pas nécessairement à l’autre mais le pardon à moi-même dans un premier temps. » Avec le recul, Corneille comprenait que sa petite sœur n’aurait pas pu être sauvée, que son heure était sans doute venue.

Renoncer au piège de la haine
Comment avait-il pu trouver la force de vivre et de donner de l’amour à son tour ? Pourquoi n’avait-il pas succombé à la haine lui aussi ? Comment est-il parvenu à surmonter la souffrance ?
Il répond : « J’essaie de ne pas tomber dans le piège de la haine que je comprends ». En outre, il tente d’expliquer « « J’essaie de décortiquer puis d’analyser mon rapport avec la souffrance, puis de lui donner une fonction, une fonction autre que juste nous faire mal ». Corneille exprime toute sa reconnaissance pour l’amour que ses parents lui ont donné. Il s’en est tant imprégné qu’il a gardé ce capital en lui et il pense que son éducation lui montre que « la vie vaut la peine d’être vécue. »
« Je regarde ma vie aujourd’hui, ma vie depuis ces vingt dernières années, je la trouve pas mal belle », précise le chanteur. Cette réflexion rappelle la remarque exposée quelques années plus tôt dans son livre précédent : « L’écriture de mon histoire m’a mené à conclure que je devais le meilleur de ma vie au pire de mon existence. »
Dans La Mélodie du pardon, l’auteur dialogue avec son père disparu lors du génocide. Il l’imagine habitant un lieu dans les Cieux. « Il me partage une sagesse que j’entends, qui est nécessaire, que j’ai besoin d’entendre pour m’apaiser et espérer apaiser les autres. », explique-t-il.
Pour finir d’exorciser les blessures du passé, Corneille a suivi une thérapie recommandée par son épouse. Il pense que son dernier livre est « un cri à l’aide à l’humanité pour (…) leur demander si on peut s’asseoir et trouver les moyens de souffrir moins. Le seul moyen de souffrir moins, c’est de s’entendre mieux ».
Un tel message ne peut que nous interpeller. Chacun peut trouver le chemin qui permet de surmonter la souffrance environnante.
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