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Homme. Pourquoi la culture de la propreté au Japon trouve ses racines dans la dynastie Tang chinoise ?

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Des temples bouddhistes aux sanctuaires shintoïstes, en passant par les tâches de nettoyage dans les écoles modernes, la philosophie selon laquelle balayer est une pratique spirituelle s’est transmise de la Chine du VIIe siècle au Japon, puis à Taïwan. Mais, d’où vient cette culture de la propreté ?

Lors de mon voyage à Taïwan, j’ai été frappé par la propreté ambiante. Les sols brillaient comme des miroirs. J’ai demandé : « Pourquoi Taïwan est-il si propre ? » La réponse : « Ils l’ont appris du Japon. » Puis, lors d’un voyage au Japon, j’ai constaté que c’était encore plus propre, ce qui a soulevé une autre question : d’où vient cette culture de la propreté au Japon ?

J’ai trouvé la réponse plus tard, au cours de mes lectures. La culture de la propreté au Japon trouve ses racines dans la dynastie Tang chinoise. Plus de mille ans se sont écoulés, mais le Japon a conservé un remarquable attachement aux traditions et à la culture de l’époque Tang.

Comment le bouddhisme de la dynastie Tang a enseigné au Japon que balayer est une pratique spirituelle

Pourquoi la culture de la propreté au Japon trouve ses racines dans la dynastie Tang chinoise
L’apport culturel le plus important fut le bouddhisme, en particulier le bouddhisme de l’école Chan, précurseur chinois du Zen japonais. Dans les monastères de l’époque Tang, les moines balayaient et nettoyaient quotidiennement, une pratique considérée comme une discipline spirituelle. (Image : StructuredVision / envato)

La dynastie Tang (618-907 ap. J.-C.) fut la période la plus riche culturellement et la plus influente sur le plan international de l’histoire chinoise. Le Japon envoya des délégations officielles, connues sous le nom d’« envoyés auprès des Tang », afin d’étudier la culture, la gouvernance, l’architecture et la religion chinoises.

L’apport culturel le plus important fut le bouddhisme, en particulier le bouddhisme de l’école Chan, précurseur chinois du Zen japonais. Dans les monastères de l’époque Tang, les moines balayaient et nettoyaient quotidiennement, une pratique considérée comme une discipline spirituelle. Balayer permettait de purifier son esprit autant que le sol. Lorsque les envoyés japonais rapportèrent cette philosophie au Japon, elle transforma la conception du nettoyage dans la société japonaise. Nettoyer devint une forme de purification spirituelle, et non plus une simple corvée.

La culture Tang influença également l’environnement physique du Japon. Les anciennes capitales japonaises, Nara et Kyoto, furent construites sur le modèle de Chang’an, capitale Tang, et de Luoyang, capitale secondaire, et adoptèrent le même plan en damier. La culture du thé et les pratiques de bain Tang, notamment les premières formes de bains thermaux, s’implantèrent également au Japon et renforcèrent les habitudes d’hygiène personnelle et domestique. 

Avant même l’arrivée du bouddhisme, le shintoïsme, religion autochtone du Japon, valorisait déjà la pureté

Pourquoi la culture de la propreté au Japon trouve ses racines dans la dynastie Tang chinoise
Selon la croyance shintoïste, les dieux privilégient la pureté et sont repoussés par la souillure. L’impureté, appelée kegare en japonais, est associée au péché et au malheur. (Image : SeanPavone / envato)

Avant la rencontre du Japon avec la dynastie Tang, le shintoïsme, religion autochtone, accordait déjà une importance capitale à la propreté. Selon la croyance shintoïste, les dieux privilégient la pureté et sont repoussés par la souillure. L’impureté, appelée kegare en japonais, est associée au péché et au malheur.

Aujourd’hui encore, dans les sanctuaires shintoïstes du Japon, les visiteurs se lavent les mains et se rincent la bouche dans un bassin de pierre appelé chōzuya avant d’entrer. Ce rituel, le misogi, est un acte de purification. Lorsque le bouddhisme de l’époque Tang arriva avec sa propre philosophie de la propreté comme pratique spirituelle, il se mêla à la dévotion shintoïste déjà existante pour la pureté. Ensemble, ces deux traditions firent de la propreté un élément fondamental de l’identité japonaise.

Le Japon moderne a renforcé cette tradition par le biais des écoles

Pourquoi la culture de la propreté au Japon trouve ses racines dans la dynastie Tang chinoise
Les écoles primaires japonaises n’emploient pas de concierges. Les élèves nettoient eux-mêmes les toilettes, les couloirs et les salles de classe chaque jour lors d’un « temps de nettoyage » dédié. Les enfants grandissent avec deux principes : ne pas causer de problèmes aux autres et assumer la responsabilité collective des espaces partagés. (Image : cait00sith / envato)

Si la dynastie Tang et le shintoïsme ont insufflé au Japon l’âme de sa culture de la propreté, les institutions modernes lui ont donné sa structure.

Durant la restauration de Meiji à la fin du XIXe siècle, le Japon a adopté les pratiques de santé publique occidentales et mis en place des systèmes rigoureux de prévention des épidémies et d’assainissement. Le système éducatif est allé plus loin. Les écoles primaires japonaises n’emploient pas de concierges. Les élèves nettoient eux-mêmes les toilettes, les couloirs et les salles de classe chaque jour lors d’un « temps de nettoyage » dédié. Les enfants grandissent avec deux principes : ne pas causer de problèmes aux autres et assumer la responsabilité collective des espaces partagés.

Taïwan a bâti sur cet héritage de propreté japonais en y apportant ses propres innovations

Pourquoi la culture de la propreté au Japon trouve ses racines dans la dynastie Tang chinoise
L’explication courante selon laquelle Taïwan « a appris la propreté du Japon » est partiellement vraie. Taïwan mérite d’être reconnu pour ses propres efforts. (Image : wirestock / envato)

L’explication courante selon laquelle Taïwan « a appris la propreté du Japon » est partiellement vraie. Taïwan mérite d’être reconnu pour ses propres efforts.

Durant la période coloniale japonaise (1895-1945), le Japon a introduit à Taïwan des infrastructures de santé publique modernes : stations d’épuration, systèmes d’assainissement et application stricte des mesures de prévention des maladies infectieuses et d’hygiène. Mais le niveau de propreté actuel de Taïwan est davantage dû aux efforts nationaux des deux ou trois dernières décennies. 

La politique taïwanaise du « ne pas laisser les ordures au sol » en est un exemple bien connu : les habitants déposent leurs déchets en bordure de trottoir devant les camions de collecte, qui annoncent leur arrivée en jouant la Lettre à Élise de Beethoven. Taïwan a également mis en place l’un des systèmes de recyclage les plus performants au monde. Ces pratiques font désormais partie intégrante de la vie civique moderne. Le métro taïwanais applique une interdiction stricte de manger et de boire : une norme qui impressionne même les visiteurs japonais.

La culture de la propreté : un relais millénaire, de la dynastie Tang à l’Asie de l’Est moderne 

Pourquoi la culture de la propreté au Japon trouve ses racines dans la dynastie Tang chinoise
La dynastie Tang a exporté un mode de vie raffiné et la philosophie selon laquelle le balayage est une pratique spirituelle. Le Japon l’a intégré aux croyances de pureté shintoïstes et, à l’époque moderne, l’a porté à son apogée grâce à l’éducation publique. (Image : Mumemories / envato)

Voici l’histoire d’un héritage culturel qui traverse les siècles et les frontières. La dynastie Tang a exporté un mode de vie raffiné et la philosophie selon laquelle le balayage est une pratique spirituelle. Le Japon l’a intégré aux croyances de pureté shintoïstes et, à l’époque moderne, l’a porté à son apogée grâce à l’éducation publique. Taïwan a assimilé les habitudes d’hygiène léguées par le Japon et a bâti sa propre culture de responsabilité environnementale et d’autodiscipline civique.

Pourquoi la culture de la propreté au Japon trouve ses racines dans la dynastie Tang chinoise
Ce qui semble être une simple observation sur la propreté révèle une profonde dimension culturelle. (Image : EvergreenPlanet / envato)

Lorsque vous arpentez une rue impeccable à Taïwan ou que vous contemplez votre reflet dans un sol ciré au Japon, vous ressentez l’écho de la civilisation de la dynastie Tang, transmise à travers les siècles. Ce qui semble être une simple observation sur la propreté révèle une profonde dimension culturelle.

Rédacteur Charlotte Clémence

Source : Why Japan’s Culture of Cleanliness Traces Back to China’s Tang Dynasty

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