La peintre suédoise Margareta Magnusson est décédée le 12 mars 2026 à l’âge de 92 ans. Elle s’est fait connaître en 2017 en créant le concept astucieux et humoristique de döstädning dans un livre intitulé The Gentle Art of Swedish Death Cleaning (L’art subtil du nettoyage funéraire suédois). L’ouvrage a rapidement été traduit dans un nombre impressionnant de langues, contribuant ainsi à la diffusion internationale de ce concept.
Le « nettoyage de la mort » est une pratique de désencombrement qui consiste à trier ses biens et à s’en débarrasser afin que, lors de votre décès, le processus de règlement de vos affaires soit plus facile pour vos proches.
L’année de la publication du livre, le concept a été intégré à la liste annuelle des nouveaux mots du Conseil de la langue suédoise. Ces listes annuelles recensent de nouvelles expressions qui, selon le Conseil, reflètent « la société actuelle et l’année écoulée ». Cela s’applique sans aucun doute au nettoyage post-mortem.
Bien que le terme döstädningse soit rapidement intégré au langage courant suédois, la coutume de faire le tri dans ses affaires avant de mourir n’était pas entièrement nouvelle. Ce n’est toutefois pas un hasard si ce concept est apparu à cette époque plutôt que, par exemple, dans les années 1950, à l’époque où les maisons n’étaient pas encore aussi encombrées. Le besoin croissant de « faire le tri avant de mourir » s’explique par le fait que nous vivons dans une société de consommation où les possessions s’accumulent à un rythme effréné.

Autrefois, l’importance de régler ses affaires avant la mort concernait davantage les relations : avec Dieu, les proches, les amis, les ennemis, les voisins, etc. Dans le contexte chrétien, ce dernier sacrement est connu sous le nom de « bénédiction des mourants », également appelée rites funéraires.
En 1734, la loi suédoise a rendu obligatoire l’établissement d’un inventaire successoral, ou bouppteckning (liste exhaustive des biens, des propriétés et des dettes d’une personne décédée), au moment de son décès. Bien que la loi n’ait pas été strictement appliquée durant les premières décennies, les inventaires de cette époque qui nous sont parvenus sont fascinants.
Ces inventaires anciens appartiennent à des personnes de tous horizons, des riches nobles aux veuves aux ressources limitées ne possédant qu’un ensemble de vêtements et quelques ustensiles de cuisine. Nombre d’objets recensés étaient fabriqués à domicile, et les rares articles achetés étaient de grande valeur. Dans une telle société, il n’était pas nécessaire de procéder à un rangement de fin de vie après le décès. Au contraire, les objets se transmettaient de génération en génération ou étaient vendus lors de ventes aux enchères locales très fréquentées.
Le « nettoyage de la mort » est une pratique visant à mettre de l’ordre et à faire place nette, souvent associée à des considérations morales. En cela, le rôle du « nettoyage de la mort » du passé comme d’aujourd’hui, présente des similitudes.
Les pratiques liées au döstädningsont influencées par l’époque et la culture
Dans les deux cas, la réputation posthume d’une personne est en jeu, et laisser derrière soi une maison en désordre ou des affaires personnelles non résolues véhicule une image négative du défunt auprès de ses proches. On peut construire des récits différents en se débarrassant de ses biens ou en les laissant en bon état pour les transmettre.
Dans les témoignages recueillis par les Archives de la vie populairede l’Université de Lund, qui couvrent les décennies autour de 1900, les gens soulignent l’importance d’avoir des armoires et des placards bien remplis pour constituer un inventaire impressionnant du domaine. Une telle abondance était également destinée à susciter l’admiration des visiteurs lors des ventes aux enchères locales. À cette époque, il était important de faire preuve de savoir-vivre en exposant ses possessions, et plus elles étaient nombreuses, mieux c’était . En lisant L’art subtil du nettoyage de la mort suédois, en discutant avec des personnes qui pratiquent cette méthode et dans le cadre de mon travail en général, j’ai constaté qu’aujourd’hui, le même effet est obtenu en ne laissant derrière soi qu’un minimum d’objets.
Ce changement de préférences culturelles reflète naturellement l’évolution des conditions matérielles. Dans les sociétés où les biens sont relativement faciles à acquérir – tant en termes de coût que de disponibilité – nous en possédons tous beaucoup plus. De ce fait, le « nettoyage de la mort » est devenu une bonne action. Ne pas imposer aux proches le fardeau de trier les objets indésirables est devenu un acte d’amour et de bienveillance. Toutefois, il convient de noter que cet idéal de « nettoyage de la mort » n’est pas à la portée de tous. Nombreux sont ceux qui éprouvent encore des difficultés à se séparer de leurs biens.
La fascination internationale pour l’art suédois du « nettoyage de la mort » invite à s’interroger sur les représentations fantasmées, mais répandues, de la région nordique. Les médias mettent souvent l’accent sur le minimalisme et la retenue émotionnelle. Si cette vision contribue sans doute à l’attrait mondial du döstädning, elle risque néanmoins d’occulter la logique plus complexe et ancrée dans la culture qui sous-tend cette pratique.
Intégrée au quotidien suédois, la pratique du « nettoyage après la mort » relève moins d’une curiosité culturelle exotique que d’une réflexion profonde sur l’abondance matérielle, les responsabilités familiales et la réflexion existentielle.
Rédacteur Fetty Adler
Collaborateur Jo Ann
Auteur : Lynn Akesson, Professeure émérite d’ethnologie au Département des arts et des sciences culturelles de l’Université de Lund, Suède. Cet article est republié du site The Conversation, sous licence Creative Commons.
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