La mode : la face cachée de la mondialisation 

Par Marlène Deloumeaux 
Le 06/11/2020
Au siècle suivant avec le développement du « prêt-à-porter » qui multiplie la reproduction de modèles standardisés, la mode devient un phénomène de société. (Image : Free-Photos / Pixabay)
Au XXe siècle, avec le développement du « prêt-à-porter » qui multiplie la reproduction de modèles standardisés, la mode devient un phénomène de société. (Image : Free-Photos / Pixabay)
 

Renvoyant à la fois au collectif et à l’individuel, la mode évoque une façon de vivre, à un moment donné, dans une région donnée. Phénomène complexe lié à la singularité et l’imitation, la mode vestimentaire représente un puissant levier économique.

Naissance de la mode contemporaine

Si la notion de mode a existé depuis la plus haute Antiquité, c’est au XVIIIe siècle que seraient apparus les premiers magazines de mode, selon Wikipedia. Charles Frederick Worth, un Français d’origine britannique, aurait créé le principe du couturier moderne au XIXe siècle. Installé à Paris, il a fait défiler pour la première fois des mannequins vivants appelés alors des « sosies », pour présenter ses modèles à de riches clientes, qui n’ont plus qu’à choisir. Worth avait changé le rapport existant entre le couturier et la clientèle. Autrefois simple artisan, le couturier s’est mué en artiste à la fois créateur et novateur. La « haute couture »  française fait son apparition.

Au XXe siècle, avec le développement du « prêt-à-porter » qui multiplie la reproduction de modèles standardisés, la mode devient un phénomène de société. La haute couture s’adresse à une élite mais la mode se démocratise peu à peu. Devenant accessible au plus grand nombre, elle se caractérise par un changement incessant.

 

Le fast fashion, un procédé qui consiste à renouveler les collections le plus rapidement possible et à présenter à la clientèle des prix excessivement bas. (Image : Gerd Altmann / Pixabay)
Le fast fashion, un procédé qui consiste à renouveler les collections le plus rapidement possible et à présenter à la clientèle des prix excessivement bas. (Image : Gerd Altmann / Pixabay)
 

Mode et mondialisation : un duo inséparable ?

Depuis une cinquantaine d’années une tendance s’impose : la « fast fashion » ou « mode éphémère ». Le procédé consiste à renouveler les collections le plus rapidement possible et à présenter à la clientèle des prix excessivement bas.

Les enseignes Zara ou H&M, pionnières en la matière, ont bâti leur empire sur ce principe au prix de délocalisations massives. Elles sont allées chercher une main d’œuvre abondante et moins chère, en particulier en Asie. Les cadences effrénées dues aux renouvellements ont donc entraîné une mondialisation spectaculaire.

« De 1970 à 1990, le nombre des travailleurs des industries THC (textile, habillement, chaussure ) a augmenté de 597% en Malaisie, de 416% au Bangladesh » laissait entendre l’OIT (Organisation Internationale du Travail) dans un communiqué de presse du 28 octobre 1996.

En effet, d’après ce communiqué, la mode représente une « industrie qui pèse tout de même 6% dans les échanges mondiaux ».

Dans un article de RFI (Radio France Internationale) publié le 1er Janvier 2015, la Chine est citée comme le « premier exportateur mondial d’habillement avec 28% du marché planétaire ».

 

 Le jean : « Sa production nécessite la consommation de 11 000 litres d’eau selon l’ADEME, soit l’équivalent de 285 douches ». (Image : Markus Distelrath / Pixabay)
 Le jean : « Sa production nécessite la consommation de 11 000 litres d’eau selon l’ADEME, soit l’équivalent de 285 douches ». (Image : Markus Distelrath / Pixabay)
 

Quelles sont les répercussions de la mode éphémère ?

Jean Baptiste Duval, envoyé spécial à Madrid pour le magazine de grande consommation LSA, (Libre service Actualités) rapporte que Zara, le géant du fast fashion, aurait produit jusqu’à 30 000 nouveaux modèles en 2017.

De telles cadences s’avèrent souvent désastreuses sur le plan écologique, sanitaire et éthique, estiment les observateurs.

L’association de consommateurs CLCV (Consommation Logement Cadre de Vie) dans une publication datant du 29 août 2019, explique que « l’industrie du textile est une des plus polluantes au monde. » L’exemple du jean est éloquent : « Sa production nécessite la consommation de 11 000 litres d’eau selon l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), soit l’équivalent de 285 douches ».

Il s’avère que les produits toxiques utilisés pour les teintures peuvent non seulement polluer les eaux de lessive mais aussi générer des allergies.

Par ailleurs la fast fashion appelée aussi « mode jetable » entraîne un gaspillage vestimentaire considérable.

« Chaque année, les Français achètent 9 kg de vêtements et en donnent trois kilos » rappellent les auteurs d’un article publié le 8 janvier 2019 sur le site du média Novethic, spécialiste de financement durable.

En outre semble-t-il, l’équivalent d’une benne à ordures de vêtements serait jeté chaque seconde…

Le 20 novembre 2018, Fabrice Drouelle animait l’émission « Affaires sensibles » sur la chaîne radio France Inter, consacrée au drame de Rana Plaza au Bangladesh.

Le 24 avril 2013, l’effondrement du Rana Plaza avait provoqué la mort de 1138 ouvriers du textile. La tragédie avait dévoilé les conditions de travail indécentes dans lesquelles étaient fabriqués les vêtements à prix bas.

Le présentateur déclarait en conclusion qu’en dépit de cette catastrophe : « Des milliers d’ateliers similaires existent encore au Bangladesh, mais aussi en Chine, au Cambodge ou encore en Ethiopie. »

Toutefois, un certain nombre d’organisations restent mobilisés pour réduire les dommages d’une mode mondialisée à l’extrême.