Liqiu, littéralement « Début de l'automne », est l'une des vingt-quatre périodes solaires du calendrier chinois. Son arrivée marque l'entrée dans l'automne et la fin de l'été. Cette année, elle tombe le 7 août. Comme le veut la tradition, découvrons ensemble les coutumes qui lui sont associées.
Le sens de Liqiu
Liqiu est la première des périodes solaires de l'automne. Le caractère « 立 » (lì) veut dire « débuter » : Liqiu annonce donc que la chaleur de l'été touche à sa fin, et que l'automne, plus frais, va peu à peu s'installer. À ce moment précis, le soleil atteint les 135° de longitude écliptique.
Le Recueil d'explications des soixante-douze veilles selon les ordonnances mensuelles (月令七十二候集解, Yueling Qishi'er Hou Ji Jie), compilé par le lettré Wu Cheng (1249–1333) sous la dynastie Yuan, décrit l'automne comme une saison où toute chose se resserre sur elle-même. Dans la société agricole d'autrefois, les paysans s'efforçaient d'achever la plantation du riz avant ou juste après Liqiu, car un coup de froid pouvait nuire aux jeunes plants.
Le dicton populaire dit : « Si le tonnerre gronde au début de l'automne, les hautes terres ne donneront qu'une demi-récolte, et les basses terres seront emportées par les eaux. » Un orage le jour de Liqiu passait ainsi pour un mauvais signe pour la récolte de riz. Les paysans craignaient donc d'entendre tonner ce jour-là.
Les cinq grandes coutumes de Liqiu
1. Observer les arbres pour deviner l'automne
Liqiu évoque non seulement la baisse progressive des températures, mais aussi l'expression chinoise « une feuille qui tombe annonce l'automne » (一叶知秋, yi ye zhi qiu). Elle illustre une sagesse ancienne : à partir d'un tout petit signe, on peut deviner un grand changement à venir. C'est aussi une leçon de prévoyance.
Le Huainanzi (淮南子, Huainan Zi), traité compilé sous la direction de Liu An (179–122 av. J.-C.), prince de Huainan sous la dynastie Han, l'exprime ainsi dans son chapitre Instructions sur les montagnes (说山训, Shuo Shan Xun) : il suffit de voir tomber une seule feuille pour comprendre que l'année touche à sa fin. En observant des signes isolés et discrets, les Chinois anciens parvenaient à deviner l'évolution d'ensemble d'une situation, et donc à prendre les devants.
Les Chinois anciens voyaient ainsi dans deux arbres les messagers de l'automne : le parasol de Chine et le catalpa. Tous deux fleurissent en été, et dès l'arrivée de Liqiu, leurs feuilles commencent à tomber.

Sous la dynastie Song (960–1279), la cour se servait de la chute des feuilles du parasol de Chine pour annoncer l'arrivée de Liqiu. Les Chroniques du rêve de millet (夢粱錄, Meng Liang Lu), rédigées vers 1274 par le lettré Wu Zimu, alors installé à Lin'an (l'actuelle Hangzhou), racontent qu'un parasol de Chine en pot était placé devant le palais impérial. Dès que l'heure précise de Liqiu survenait, l'astronome de la cour proclamait l'arrivée de l'automne, et une ou deux feuilles se détachaient aussitôt de l'arbre, comme en écho. On choisissait cet arbre car il passait pour noble et rayonnant, et servait depuis toujours de symbole au souverain.
Sous les dynasties Tang (618–907), on se servait aussi des feuilles de catalpa pour accueillir Liqiu. Les récits de l'époque racontent qu'à la capitale, on vendait ce jour-là des feuilles de catalpa : les femmes et les enfants les découpaient en forme de fleurs, pour les porter en ornement près des tempes.
Le catalpa était associé à l'automne pour une autre raison encore : son nom en chinois qiu se prononce comme celui de l'automne lui-même qiu. Rédigé par le lettré Lu Dian (1042–1102) sous la dynastie Song du Nord, Le Compléments au Erya (埤雅, Pi Ya), dictionnaire consacré à la faune et à la flore du Classique des vers, note que le catalpa perd ses feuilles aussi tôt que le parasol de Chine, d'où ce lien avec l'automne.
2. Le rite officiel pour accueillir l’arrivé de l'automne
Selon le chapitre des Ordonnances mensuelles du Livre des rites (礼记, Liji), cette coutume remonte à la dynastie Zhou (1046–256 av. J.-C.). Chaque année, à Liqiu, le souverain menait lui-même ses ministres jusqu'aux abords de la capitale pour exercer un rite d'accueil de l'automne, avant d'ordonner aux généraux de faire manœuvrer les soldats.

Sous la dynastie Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.), ce cérémonial est devenu plus élaboré, comme le rapporte le Livre des Han postérieurs (后汉书·志·礼仪, Hou Han Shu · Zhi · Liyi), traité des Rites. Le jour de Liqiu, les hauts fonctionnaires revêtaient une robe blanche à col noir et se rendaient à l'ouest de la capitale pour y accueillir le premier vent d'automne. La cérémonie close, ils reprenaient leur robe pourpre foncé, portée jusqu'à Lidong, le Début de l'hiver.
Sous la dynastie Song, ce rite est devenu plus raffiné encore : selon les Chroniques du rêve de millet, un parasol de Chine en pot était porté à l'intérieur du palais, et la chute de ses feuilles, au moment dit par l'astronome, scellait l'arrivée de l'automne.
3. Faire sécher les récoltes au soleil
Liqiu marque le début de la saison des récoltes. Dans certains villages du Hunan, du Jiangxi et de l'Anhui, on fait sécher les récoltes devant ou derrière la maison, sur le rebord des fenêtres ou sur des claies posées sur les toits. Cet usage est devenu une coutume à part entière.
Dans l'ancien village de Huangling, au Jiangxi, à l’est de la Chine, cette pratique est même devenue une petite fête, et un paysage emblématique de la région : chaque année, elle attire de nombreux visiteurs venus l'admirer et la photographier.
4. Croquer l'automne
Zhang Tao, lettré de la dynastie Qing installé à Tianjin, note dans ses Miscellanées de Jinmen (津门杂记, Jinmen Zaji), publiées en 1884, que manger une pastèque au moment de Liqiu était un geste appelé « croquer l'automne » (咬秋, yao qiu) dans le but d’éviter la diarrhée. Dans des régions comme le Jiangsu, on garde l'habitude de manger de la pastèque ce jour-là, sous ce même nom de « croquer l'automne ». On dit qu'ainsi, on évite l'apparition de boutons de chaleur.

Outre la pastèque, on peut aussi croquer, le jour de Liqiu, du melon sucré, du melon musqué ou du maïs comme symbole d’abondance et pour célébrer la récolte.
Dans certaines régions, on mange aussi une pêche ce jour-là, et l'on garde son noyau jusqu'à la veille du Nouvel An chinois, où on le brûle pour éloigner la maladie.
5. Bien se nourrir à l'automne
Depuis la dynastie Qing (1644–1912), on avait coutume de se peser le jour de Liqiu, à l'aide d'une balance suspendue, et de comparer ce poids à celui mesuré à Lixia, le Début de l'été. Une perte de poids appelait alors une alimentation plus riche, censée réparer le corps fatigué par la chaleur estivale.
La Chronique des coutumes de la capitale (京都风俗志, Jingdu Fengsu Zhi), rédigée par le lettré Rang Lian sous le règne de l'empereur Guangxu, en 1899, rapporte qu'à Liqiu, certaines familles se nourrissaient plus richement, un usage appelé « Bien se nourrir à l'automne » (贴秋膘, tie qiu biao), expression toujours en usage aujourd'hui.
Cet usage était surtout répandu dans le nord de la Chine, où l'on disait : « Bien se nourrir à l'automne, c'est éviter la maladie en hiver. » Dans les cours carrées traditionnelles du vieux Pékin, on préparait ainsi à Liqiu des plats de viande mijotée, du poisson braisé et du poulet ou du canard en ragoût, le porc étant le plus souvent braisé à la sauce soja, servi froid en fines tranches, ou mariné en jarret fait maison.
Deux croyances populaires attachées à Liqiu
Une interdiction, plutôt curieuse, concernait le grillon. Dans l'écriture des dynasties Shang (v. 1600–1046 av. J.-C.) et Zhou (1046–256 av. J.-C.), le caractère « 秋 » (qiu), qui désigne l'automne, était représenté par un pictogramme figurant cet insecte, associé à cette saison. On s'interdisait donc de jouer avec les grillons le jour de Liqiu.

Liqiu était aussi, dans les campagnes, un moment de protection des récoltes : on veillait à ne pas endommager les céréales encore sur pied, de peur d'attirer la colère du dieu des Céréales.
Rédacteur Yi Ming
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