La Sainte-Chapelle, un lieu d’élévation de l’âme

Par Ève Saint-Michel
Le 23/09/2020

Un symbole de la puissance du royaume de France dans le monde de la chrétienté et de Saint Louis

 

Sainte-Chapelle de Paris, chapelle basse, vue d’ensemble vers l’entrée Commentaire :  La Sainte-Chapelle est une chapelle palatine. Elle a été conçue pour mettre en valeur la Sainte-Couronne d’épines, une pièce provenant de la Croix sur laquelle le Christ a été crucifié et d’autres éléments considérés comme les reliques de la Passion du Christ (6. Sainte-Chapelle de Paris, chapelle basse, vue d’ensemble vers l’entrée © Romaric Pech – Centre des Monuments nationaux – Photo de Presse)
La Sainte-Chapelle est une chapelle palatine. Elle a été conçue pour mettre en valeur la Sainte-Couronne d’épines, une pièce provenant de la Croix sur laquelle le Christ a été crucifié et d’autres éléments considérés comme les reliques de la Passion du Christ. (6. Sainte-Chapelle de Paris, chapelle basse, vue d’ensemble vers l’entrée © Romaric Pech – Centre des Monuments nationaux – Photo de Presse)
 

Au cœur de Paris, sur l’île de la Cité dans le 1er arrondissement, se dresse la Sainte-Chapelle, ou Sainte-Chapelle du Palais, l’un des plus beaux chef-d ’œuvres de l’art gothique rayonnant du XIIIe siècle. En devenant un écrin pour les Saintes Reliques de la chrétienté, elle a été le témoin de la puissance du monarque détenteur de ces reliques et du royaume de France dans le monde chrétien occidental.

 

En devenant un écrin pour les Saintes reliques de la chrétienté, la Sainte-Chapelle traduisait la puissance du monarque détenteur de ces reliques et du royaume de France dans le monde chrétien occidental (Sainte Chapelle extérieur © Philippe Berthé – Centre des monuments nationaux – Photo de Presse)
En devenant un écrin pour les Saintes reliques de la chrétienté, la Sainte-Chapelle
traduisait la puissance du monarque détenteur de ces reliques et du royaume de France
dans le monde chrétien occidental. (Sainte Chapelle extérieur © Philippe Berthé –
Centre des monuments nationaux – Photo de Presse)
 

La Sainte-Chapelle est une chapelle palatine. Elle a été conçue pour mettre en valeur la Sainte-Couronne d’épines, une pièce provenant de la Croix sur laquelle le Christ a été crucifié et d’autres éléments considérés comme les reliques de la Passion du Christ. Ces reliques ont été acquises par Louis IX, dit Saint Louis, à partir de 1239.

Saint Louis, roi sacré le 29 novembre 1226 dans la cathédrale de Reims, descendait de la lignée de rois français qui en plus de leur couronnement avaient reçu l’onction d’une huile sainte sur le corps lors de la cérémonie de leur sacre. Son enfance avait baigné dans un environnement très pieux de par l’éducation religieuse et stricte dispensée par sa mère Blanche de Castille. Il souhaitait que les Saintes Reliques reposent dans un bel endroit, une châsse géante : un écrin de verre. Il a fait construire ce monument qui sera un emblème de la puissance de sa dynastie et de sa mission terrestre de roi chrétien. Le 24 mai 1244, le pape Innocent IV avait écrit à Saint Louis : « Tu as entrepris de construire sur tes fonds personnels une œuvre dépassant la matière ».

 

Sainte-Chapelle de Paris, chapelle basse, vue d’ensemble vers l’abside Commentaire : La Sainte-Chapelle a été construite sur deux niveaux : la partie basse était pour les messes de la noblesse et employés du palais et la partie haute était réservée au roi, à sa famille et à ses hôtes de marque. (Sainte-Chapelle de Paris, chapelle basse, vue d’ensemble vers l’abside © Romaric Pech – Centre des Monuments Nationaux – Photo de Presse)
La Sainte-Chapelle a été construite sur deux niveaux : la partie basse était pour les messes de la noblesse et employés du palais et la partie haute était réservée au roi, à sa famille et à ses hôtes de marque. (Sainte-Chapelle de Paris, chapelle basse, vue d’ensemble vers l’abside © Romaric Pech – Centre des Monuments Nationaux – Photo de Presse)
 

Commencée à l’automne  1241, la Sainte-Chapelle a été consacrée le 26 avril 1248, au bout de seulement 7 ans : ce qui était considéré comme un record à l’époque. Elle a été construite sur deux niveaux : la partie basse était pour les messes de la noblesse et employés du palais et la partie haute était réservée au roi, à sa famille et à ses hôtes de marque. La chapelle haute, dédiée à la Sainte-Couronne et à la Sainte-Croix, a été consacrée par le légat du Pape,Eudes de Châteauroux, tandis que la chapelle basse, dédiée à la Vierge, l’a été par l’archevêque de Bourges, Nicolas Berruyer.

 

Blanche de Castille et Saint Louis. Extrait de la Bible Moralisée de Tolède, dite Bible de Saint Louis, l’un des plus beaux manuscrits produits sous le Moyen-Âge. Cette Bible composée de trois volumes servait à l’éducation du roi et de sa famille et aurait été réalisée à la demande de Blanche de Castille, la mère de Saint Louis.
Blanche de Castille et Saint Louis. Extrait de la Bible Moralisée de Tolède, dite Bible de Saint Louis, l’un des plus beaux manuscrits produits sous le Moyen-Âge. Cette Bible composée de trois volumes servait à l’éducation du roi et de sa famille et aurait été réalisée à la demande de Blanche de Castille, la mère de Saint Louis. (Image : wikimedia / Domaine public)
 

La Sainte-Chapelle construite pour être un lieu d’élévation de l’âme

Dans la Sainte-Chapelle, classée au Patrimoine Mondiale de l’Unesco, sont disposés de remarquables vitraux qui transmettent l’impression d’être suspendu dans le temps. Elle se doit d’être un reliquaire exceptionnel, l’expression parfaite de l’élévation de l’âme, comme l’a voulu Saint Louis. C’est ainsi plus de 600m2 de vitraux qui ont été exécutés par des Maîtres verriers et imagiers français de l’époque médiévale. Ces Maîtres étaient au faîte de leur art et rayonnaient dans toute l’Europe. Sur les 15 verrières de 15 mètres de haut, 1113 scènes ornent la Chapelle haute : des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, notamment la Passion du Christ. Ces scènes racontent l’histoire du monde chrétien et celle des rois de la chrétienté : Constantin, Charlemagne et Saint Louis, jusqu’à l’arrivée des reliques dans la capitale du Royaume de France.

 

Saint Louis fera de la Sainte-Chapelle un lieu de recueillement et de vénération : un lieu « d’élévation de l’âme », comme le laisse entendre le choix du style gothique (Vue générale de la Sainte-Chapelle © Didier Plowy - Centre des monuments nationaux – Photo de Presse)
Saint Louis fera de la Sainte-Chapelle un lieu de recueillement et de vénération : un lieu « d’élévation de l’âme », comme le laisse entendre le choix du style gothique (Vue générale de la Sainte-Chapelle © Didier Plowy - Centre des monuments nationaux – Photo de Presse)
 

Certaines de ces scènes sont inspirées par la Bible Moralisée de Tolède, dite Bible de Saint Louis, l’un des plus beaux manuscrits produits sous le Moyen-Âge. Cette Bible composée de trois volumes servait à l’éducation du roi et de sa famille et avait été réalisée à la demande de Blanche de Castille, la mère de Saint Louis. Blanche de Castille a également supervisé la construction des vitraux dont l’ensemble laisse apparaître le reflet de la Jérusalem Céleste. Saint Louis a fait de la Sainte-Chapelle un lieu de recueillement et de vénération : un lieu « d’élévation de l’âme », comme le laisse entendre le choix du style gothique. Ce style traduit une technique avancée qui se fonde sur la verticalité des constructions, une élévation importante et la suppression quasi totale des murs au niveau des fenêtres de la chapelle haute, en signe « d’élévation de l’âme ».

Des vitraux dans un ensemble unique composé de 1113 scènes

Les milliers de petits verres des vitraux procurent une vision éblouissante, comme l’éclat de pierres précieuses. Ce travail du vitrail était un chef d’œuvre pour l’époque. Les vitraux étaient teints dans la masse. Une exception pour le rouge qui était en fait un verre doublé et la brillance de la couleur provenait des stries de cuivre réparties de manière inégale dans une mince couche de verre, d’une épaisseur comprise entre 2 à 5 millimètres. Cette inégalité permettait aux peintres verriers d’augmenter les effets procurés par la couleur. On retrouve dans ces vitraux les trois couleurs primaires que sont le bleu, le rouge et le jaune et cinq couleurs composées à partir des couleurs secondaires : deux violets , deux verts et un blanc qui tire sur le verdâtre.

 

La rose ouest ou rosace occidentale, qui se trouve au-dessus du portail d’entrée, est de style gothique flamboyant et est dédiée à l’Apocalypse selon Saint Jean. (Vue générale de la rose © Franck Badaire - Centre des monuments nationaux – Photo de Presse)
La rose ouest ou rosace occidentale, qui se trouve au-dessus du portail d’entrée, est de style gothique flamboyant et est dédiée à l’Apocalypse selon Saint Jean. (Vue générale de la rose © Franck Badaire - Centre des monuments nationaux – Photo de Presse) 
 

Parmi ces vitraux, le vitrail de la Passion du Christ, composé de cinquante-sept scènes, transmet un récit qui se conclut par la Pentecôte dont la symbolique est la rédemption et le rachat de l’humanité par le sacrifice du Christ qui donne toute sa dimension à la Passion du Christ.

En ce qui concerne le vitrail de l’histoire des reliques de la Passion du Christ, Sophie Lagabrielle,experte dans le domaine des vitraux du Moyen-Âge, met en relief trois cycles superposés : celui de Constantin, celui de Charlemagne et celui de Saint Louis. À travers le choix des couleurs des draps recouvrant les reliques, elle met en avant trois couples de rois et de prélats : tissu vert pour Saint Louis et l’évêque Gauthier, tissu jaune pour Charlemagne et l’évêque Turpin, tissu rouge pour Constantin et l’évêque Sylvestre.

 

Plus de 600m2 de vitraux seront exécutés par des Maîtres verriers et imagiers français de l’époque médiévale. Ces Maîtres étaient au faîte de leur art et rayonnaient dans toute l’Europe (Sainte-Chapelle - Didier Plowy – Centre des Monuments Nationaux – Photo de Presse)
Plus de 600m2 de vitraux seront exécutés par des Maîtres verriers et imagiers français de l’époque médiévale. Ces Maîtres étaient au faîte de leur art et rayonnaient dans toute l’Europe. (Sainte-Chapelle - Didier Plowy – Centre des Monuments Nationaux – Photo de Presse)
 

L’histoire des Saintes Reliques

L’acquisition des Saintes Reliques a fait de Paris, la plus grande capitale européenne de l’époque, une cité comparable en prestige à Rome et à Jérusalem, et de Saint Louis, un puissant monarque du monde chrétien occidental.

C’est à partir du VIIe siècle que les Saintes Reliques ont été transférées de Jérusalem à Constantinople. Elles ont été pieusement conservées et vénérées dans la Chapelle Impériale, devenant le Trésor des empereurs  byzantins.

 

Saint Louis IX de France recevant la couronne d’épines, la Sainte Lance, la Vraie Croix et d’autres reliques de Constantinople. (Image : Chroniques de Saint-Denis / Domaine public)
Saint Louis IX de France recevant la couronne d’épines, la Sainte Lance, la Vraie Croix et d’autres reliques de Constantinople. (Image : Chroniques de Saint-Denis / Domaine public)
 

Le 18 Août 1239, La Sainte Couronne est arrivée à Paris. Le lendemain, Saint Louis a quitté ses vêtements royaux, pour mettre une simple tunique. Pieds nus et aidé de son frère, il l’a portée  jusqu’à Notre-Dame de Paris avant de la déposer dans la chapelle Saint Nicolas du Palais de la Cité.

Deux ans plus tard, en 1241, le roi s’est porté acquéreur du premier morceau de la Sainte Croix et de sept autres reliques, dont le Saint Sang et la Pierre de Sépulcre. Par la suite, iI fera l’acquisition de la Sainte Lance et de la Sainte Éponge : soit un total de 22 reliques de la Passion du Christ qui ont été conservées dans des coffres forts d’orfèvrerie. Chaque année, le Vendredi Saint devient l’occasion pour Saint Louis de les montrer au peuple.

Les reliques de la Passion du Christ sont aujourd’hui dans l’enceinte du Palais de justice de Paris et des procédures spécifiques encadrent leur accès aux personnes.

La Sainte-Chapelle à travers les siècles

Du Xe au XVe siècle, le Palais de la Cité  a été la résidence de rois de France. Au XIIe siècle, Philippe Auguste, roi  de France et grand -père de Saint Louis, a fait installer une administration. C’est l’actuel Palais de justice.

Une première Chapelle, la Chapelle Saint-Nicolas, avait été construite par Robert le Pieux , le Carolingien, au Xe siècle  ( 996- 1031), puis restaurée par le  Capétien  Louis VI le Gros (1080-1137). Par ailleurs, le Palais de la Cité a connu un développement qui allait de pair avec le rayonnement et la centralisation du pouvoir royal. La partie occidentale était réservée aux appartements privés de la famille royale, une partie orientale était ouverte sur la Cité et une partie méridionale était dévolue aux chanoines de la Sainte-Chapelle et aux chapelains du roi.

 

Louis XV sortant du lit de justice tenu au parlement en septembre 1715, Pierre-Denis Martin. (Image : Musée Carnavalet / Domaine public)
Louis XV sortant du lit de justice tenu au parlement en septembre 1715, Pierre-Denis Martin. (Image : Musée Carnavalet / Domaine public)
 

Du XIIIe au XIVe siècle, ainsi qu’au XVe siècle, la Sainte-Chapelle, a été un grand centre musical, avec une importante liturgie chrétienne.En 1630, un incendie a causé de graves dégâts aux combles et à la flèche. En 1689, une inondation a endommagé la chapelle basse. De nouvelles dégradations ont été enregistrées en 1776, provoquées cette fois par l’incendie du palais.

Sous la Révolution, plus d’une trentaine d’édifices religieux ont été détruits, suite au décret de l’Assemblée nationale pour la suppression des édifices religieux et des congrégations religieuses : la Sainte-Chapelle a été transformée en entrepôt. Le grand reliquaire qui protégeait la Couronne  a été envoyé à l’hôtel de la monnaie pour y être fondu. Les reliques seront dispersées. Le linge, ainsi que les ornements et le mobiliers ont été envoyés au dépôt des Petits Augustins. Survivra La Couronne d’Épines,  ainsi que des fragments et un clou de la Croix.

Après le Concordat de 1801, les reliques ont été envoyées en 1804 à l’archevêque de Paris. Quant à la Couronne d’Épines, elle a été protégée et déposée au cabinet des médailles de la bibliothèque nationale, puis enfermée dans un coffre-fort. Elle reposera par la suite dans Notre Dame de Paris et sera sous la garde des chevaliers du St Sépulcre de Jérusalem.

Louis Philippe en 1840, va décider de la restauration de la Sainte-Chapelle. Ces travaux ont duré vingt-huit ans. L’acte de charte de fondation de la Sainte Chapelle, avait pour objectif d’instituer une collégiale des chapeliers, des prêtres  destinés à assumer les messes avec comme autre fonction de veiller nuit et jour sur les Saintes Reliques. Restaurée au XIXe siècle, la Sainte Chapelle ne sera plus affectée au culte.

 

Phase de rénovation des vitraux de la Sainte Chapelle Commentaires :  Phases de rénovation des vitraux de la Sainte-Chapelle. (Centre des Monuments Nationaux)
Phases de rénovation des vitraux de la Sainte-Chapelle. (Centre des Monuments Nationaux)
 

Au XXe et XXIe siècle, de vastes campagnes de restauration vont permettre à la Sainte-Chapelle de recouvrer son lustre d’antan. En 2008, l’importante campagne du Centre des monuments nationaux, menée sous la maîtrise d’oeuvre de l’architecte en chef des monuments historiques, Christophe Bottineau, va venir achever une longue chaîne d’interventions destinées à préserver cet ensemble de verrières médiévales unique au monde : un témoignage d’une époque des grands  bâtisseurs de notre histoire : une époque où les rois sacrés pouvaient témoigner de leur lien avec le monde divin.


Avec l’aimable collaboration du Centre des monuments nationaux : https://www.monuments-nationaux.fr/