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Histoire. Un vrai héros de grand tempérament : Zhou Yu (3/4)

CHINE ANCIENNE > Histoire

Zhou Yu était grand, fort et beau, il était un homme de plume talentueux et avait un don exceptionnel pour l’art de guerre. (Image : wikimedia / Domaine public)
 

Dans son poème Nian Nu Jiao - Souvenirs du passé sur les falaises rouges (念奴嬌·赤壁懷古), Su Shi (蘇軾), un grand poète de la dynastie des Song (宋,960 - 1279), a mentionné un certain Monsieur Zhou aux allures exceptionnelles : « Majestueux et élégant, il tenait à la main un éventail de plumes et portait un chapeau en soie azur. Il était calme et fringant, tandis qu’il parlait et plaisantait, les troupes puissantes de Cao Cao (曹操) étaient anéanties comme de la poussière et de la fumée ». Ce monsieur Zhou aux allures exceptionnelles et au comportement héroïque fait référence au général Zhou Yu (周瑜, 175 - 210), un stratège militaire chinois de la fin de la dynastie Han et du début de la période des Trois Royaumes (三國), général de Sun Quan (孫權), le roi du Royaume de Wu (吴).

La bataille de la Falaise rouge

Pour les Chinois, la bataille de la Falaise rouge, ou bataille de Chi Bi (赤壁之戰), qui s’est déroulée à l’époque des Trois Royaumes, au cours de l’hiver de l’an 208, est une bataille très célèbre. Cette bataille, au cours de laquelle la troupe dirigée par Zhou Yu a vaincu l’armée de Cao Cao avec cinq fois moins de soldats, a inscrit le nom de Zhou Yu et son talent militaire dans l’histoire de la Chine. La bataille de la Falaise rouge a également été un combat clé, conduisant à une période de confrontation entre les trois royaumes, de 208 à 263 : le royaume de Wei de Cao Cao, le royaume de Shu de Liu Bei (劉備) et le royaume de Wu de Sun Quan. Sans Zhou Yu, il n’y aurait pas eu de victoire pour le royaume Wu lors de la bataille de la Falaise rouge, il n’y aurait peut-être même pas eu cette bataille dans l’histoire. Car à cette époque, même assisté par Zhuge Liang (諸葛亮), Liu Bei n’avait tout simplement pas la force de lutter contre l’armée de Cao Cao.

Au printemps de l’an 208, l’armée navale de Wu dirigée par Zhou Yu a occupé Jiangxia. En septembre, Cao Cao a mené une grande armée pour occuper Jingzhou (荆州). La guerre entre l’armée du Royaume Wu et l’armée du Royaume Wei de Cao Cao était imminente, les deux armées stationnant respectivement sur les rives sud et nord du fleuve Yangtsé. Cao Cao, qui avait l’ambition de dominer toute la Chine, voulait annexer le Royaume Wu.

Les Trois Royaumes en 262. (Image : wikimedia / CC BY-SA 4.0)
Les Trois Royaumes en 262. (Image : wikimedia / CC BY-SA 4.0)
 

Face à l’armée écrasante de Cao Cao, deux opinions s’opposaient au sein du royaume Wu : l’une prônait la reddition et l’autre la poursuite du combat. La première avançait que Cao Cao avait une place légitime pour attaquer le royaume Wu car il était le Premier ministre de Han Xiandi (漢獻帝), le dernier empereur de la dynastie Han, et que son armée était trop puissante. Le royaume Wu n’aurait aucune chance de gagner. Cependant, Zhou Yu, qui avait été rappelé par Sun Quan, résista avec insistance. Contrairement au roman Les Trois Royaumes (三國志演義) de Luo Guanzhong (羅貫中) où il est dit que Zhou Yu, motivé par les arguments de Zhuge Liang, était déterminé à se battre contre Cao Cao, les archives officielles relatent que Zhou Yu aurait rejeté avec force toutes les propositions et fait une analyse incisive et précise de cette guerre.

En premier lieu, Zhou Yu a dit à Sun Quan : « Général, vous êtes admirable et vous avez d’ extraordinaires talents martiaux, vous avez également hérité des mérites de votre père et de votre frère et occupé la zone de Jiangdong (江東, partie Est du Fleuve Yangtsé) couvrant une superficie de milliers de kilomètres carrés, vous êtes doté d’une belle armée, d’abondantes fournitures, et de héros déterminés à servir leur pays, vous pouvez conquérir l’est et l’ouest sans crainte de l’ennemi ». Il a également souligné que l’armée de Cao Cao n’était pas apte à mener une bataille sur l’eau et qu’en raison de l’hiver glacial leurs chevaux manquaient de fourrage, ajoutant que leurs soldats avaient parcouru un long chemin du nord au sud et qu’ils étaient incapables de s’adapter au climat et à l’alimentation de Jiangdong, et feraient très probablement face à des maladies. Tous ces détails étaient des obstacles pour une armée en guerre.

Carte du déroulement supposé de la bataille de la Falaise Rouge. (Image : wikimedia / © Sémhur)
Carte du déroulement supposé de la bataille de la Falaise Rouge. (Image : wikimedia / © Sémhur)
 

Il a dit ensuite à Sun Quan qu’il n’y avait rien à craindre de l’armée de Cao Cao, et que 50 000 soldats d’élite suffiraient pour gagner le combat. Sun Quan, très heureux d’entendre cela a déclaré : « J’ai du mal à rassembler 50000 soldats d’élite dans l’immédiat, mais j’en ai sélectionné 30 000 pour le moment, alors s’il vous plaît, avec Zi Jing (nom d’usage de Lu Su,172-217) et Cheng Pu(程普), défendez notre royaume contre l’ennemi ». Zhou Yu a ainsi été nommé commandant en chef (主帥佐都督), et a mené ses troupes vers l’ouest en remontant le Fleuve Yangtsé, rejoignant l’armée de Liu Bei pour se battre ensemble contre Cao Cao.

La guerre qui a suivi a également fait ressortir l’incontestable talent militaire de Zhou Yu, sa vision unique et sa stratégie audacieuse. Zhou Yu a mené 30 000 soldats à se battre sur l’eau face aux 150 000 soldats de Cao Cao, les anéantissant en un tour de main comme de la poussière et de la fumée.

L’histoire raconte qu’après leur alliance, les armées de Sun Quan et de Liu Bei se sont battues contre l’armée avant-gardiste de Cao Cao, à la Falaise rouge. Sous le commandement avisé de Zhou Yu et du fait que les soldats de Cao Cao ne pouvaient pas s’adapter aux conditions climatiques et n’étaient pas habitués à se battre sur l’eau, l’armée alliée a été victorieuse et l’armée de Cao Cao s’est temporairement retirée. Après cela, d’une part, l’armée de Cao Cao a formé ses soldats à se battre sur l’eau, et d’autre part, elle a exigé que tous les navires de guerre soient reliés avec des chaînes de fer, afin de résoudre pour les forces terrestres le problème de l’incapacité à se battre sur l’eau.

Huang Gai (黃蓋,145-223) - le général de Sun Quan - a alors suggéré à Zhou Yu : « L’armée de Cao Cao a maintenant relié ses navires de guerre avec des chaînes de fer, nous pouvons donc les attaquer par le feu ». Zhou Yu a pensé que c’était une bonne stratégie et a demandé à Huang Gai d’écrire une lettre à Cao Cao lui laissant croire qu’il comptait se rendre à Cao Cao, trahissant ainsi Zhou Yu . En lisant la lettre, Cao Cao a pensé que si un vieux ministre comme Huang Gai avait décidé de se rendre, cela signifiait que les courtisans avaient perdu confiance en Sun Quan et que Cao Cao devrait bientôt pouvoir le vaincre.

a scène où Huang Gai fait semblant de se rendre à Cao Cao, d’après l’édition illustrée du roman populaire des trois royaumes de la dynastie Ming (明朝,1368-1644). (Image : wikimedia / 周曰校(Before 1640 / Domaine public)
La scène où Huang Gai fait semblant de se rendre à Cao Cao, d’après l’édition illustrée du roman populaire des trois royaumes de la dynastie Ming (明朝,1368-1644). (Image : wikimedia / 周曰校(Before 1640 / Domaine public)
 

Ensuite, Zhou Yu a fait préparer pour Huang Gai une dizaine de navires de guerre remplis de soufre, de paille et de roseaux trempés dans la graisse, les a recouverts de bâches et a attaché à l’arrière de chaque navire une embarcation rapide.

Le soir de la confrontation, avec l’aide de dieu, un vent de sud-est s’est mis à souffler. Lorsque les navires « appâts » sont arrivés à seulement un kilomètre du camp de Cao Cao, Huang Gai a ordonné de brûler tous les navires en même temps, puis les soldats ont immédiatement sauté dans les embarcations rapides à l’arrière, après avoir coupé les cordes reliées aux navires en feu. Le vent a poussé les navires en feu directement dans le camp de Cao Cao. L’armée de Cao Cao a été finalement battue, avec de nombreux morts et blessés.

En tant que commandant lors de la bataille de la Falaise rouge, Zhou Yu a remporté une victoire cruciale, et son nom est devenu célèbre dans tout le pays. Même Cao Cao, qui perdait rarement des batailles, soupirait avec tristesse à son retour dans la ville de Xudu (許都), disant : « Je n’ai pas honte de ma perte ! ».  Cela montre à quel point il louait le talent militaire de Zhou Yu.
 

A suivre...

Traduit par Tchen Sixuan

Version en chinois : 器量广大真英雄 告诉你一个真实的周瑜