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Histoire. L’histoire du jeu de go : un art spirituel millénaire créé par l’Empereur Yao

CHINE ANCIENNE > Histoire

Dans la Chine antique, les sages ne concevaient pas le jeu de go comme une simple compétition, mais comme une voie vers l’élévation spirituelle. Cette pratique millénaire, transmise par l’Empereur Yao à son fils Danzhu, visait à cultiver la vertu, à affiner le caractère et à développer l’intelligence tout en exprimant des pensées profondes. À travers une partie, on peut percevoir le raffinement d’une personne. Cette sagesse remonte à l’enseignement donné par le souverain légendaire à son héritier.

L’histoire du jeu de go révèle une origine divine

La légende de l’Empereur Yao (c. 2356 av. J.-C. – 2255 av. J.-C.), l’un des Cinq Empereurs mythiques de la Chine antique, marque les origines du jeu. Le Bowuzhi (博物誌, Livre des merveilles), texte de la dynastie Jin (265-420), rapporte cette transmission ancestrale en affirmant que l’Empereur Yao créa le jeu de go pour éduquer Danzhu.

Le fils du souverain se montrait oisif et incapable de concentration. Il s’adonnait à des paroles vaines et prisait les querelles stériles. Un jour, alors qu’il se promenait au bord de la rivière Fen, l’Empereur Yao aperçut deux immortels assis sous un cyprès verdoyant. Ils traçaient des lignes dans le sable et disposaient des pierres noires et blanches selon un ordre mystérieux.

L’histoire du jeu de go : un art spirituel millénaire créé par l’Empereur Yao
L’immortel expliqua l’origine et le rôle du jeu de go. (Image : Musée National du Palais de Taïwan / @CC BY 4.0

Le souverain s’approcha respectueusement pour solliciter leurs conseils sur l’éducation de son fils. L’un des immortels lui répondit que Danzhu, bien qu’intelligent, se complaisait dans les disputes et manquait de sagesse. Il fallait donc canaliser son goût pour la compétition afin d’apaiser son esprit.

Désignant alors les lignes tracées et les pierres disposées, l’immortel expliqua qu’on nommait cela le plateau de jeu, également appelé weiqi (go). Le plateau est carré et immobile, les pions sont ronds et mobiles, imitant ainsi le Ciel et la Terre. On raconte qu’après avoir appris le jeu de go, Danzhu connut une véritable transformation.

Une cosmologie sur le plateau

Le jeu de go entretient des liens profonds avec les mystères célestes et les principes du Yijing (易經, Livre des mutations). Le plateau de go symbolise un univers composé de 360 corps célestes. C’est pourquoi il comporte 19 lignes verticales et 19 lignes horizontales, formant 361 intersections au total. L’intersection supplémentaire au centre, le tianyuan (ciel originel), représente le taiji(principe suprême) etincarne le centre de l’univers.

Le nombre 360 correspond aux jours de l’année dans l’ancien calendrier lunaire. En divisant ce nombre par quatre, on obtient les quatre coins du plateau qui symbolisent le printemps, l’été, l’automne et l’hiver, tandis que les pierres blanches et noires incarnent le jour et la nuit.

Le plateau s’inspire du Luoshu (洛書, Livre de la rivière Luo), diagramme cosmologique révélé dans l’Antiquité. Le Qijing (棋經, Livre du jeu de go) fut découvert dans les grottes de Mogao à Dunhuang, dans la province du Gansu. Datant de la période des dynasties du Nord et du Sud (420-589), ce texte mentionne que les 361 intersections imitent le cycle céleste. Les pierres noires et blanches symbolisent le yin et le yang.

L’histoire du jeu de go : un art spirituel millénaire créé par l’Empereur Yao
Plateau de go de la dynastie Sui. (Image : wikimedia / Zcm11, CC BY-SA 3.0)

Les Chunqiu (春秋, Annales des Printemps et Automnes) attestent que le jeu de go se pratiquait déjà largement durant la période des Printemps et Automnes (770-476 av. J.-C.) et des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.). Sous la dynastie Tang (618-907), il connut un développement sans précédent.

L’Empereur Xuanzong des Tang créa même un poste officiel spécifiquement destiné aux joueurs de go, les « joueurs de go attendant les ordres impériaux » (qi daizao, 棋待詔), classés au neuvième rang, au même titre que les « peintres attendant les ordres » et les « calligraphes attendant les ordres », tous rattachés à l’Académie Hanlin.

Un héritage préhistorique

Du point de vue des pratiquants spirituels, le jeu de go, tout comme le Bagua (八卦, huit trigrammes), le Yijing (易經, Livre des mutations), le Hetu (河圖, Diagramme de la rivière Jaune) et le Luoshu (洛書, Livre de la rivière Luo), ne constitue pas une création de cette civilisation humaine actuelle, mais appartient à une culture préhistorique.

En réalité, il s’agit d’une culture transmise par les divinités à l’humanité. Comme l’exprime un dicton, ces connaissances célestes ne devraient exister que dans les cieux. Le Lixuan Manyan (梨軒曼衍) précise d’ailleurs que le jeu de go n’appartient pas au départ au monde humain, mais constitue un outil permettant aux immortels de perfectionner leur être et de suivre la voie.

Confucianisme et taoïsme sur l’échiquier

Une comparaison pertinente affirme que les échecs chinois incarnent l’esprit confucéen, tandis que le jeu de go reflète la philosophie taoïste. Aux échecs chinois, chaque pièce – le général, les chars, les chevaux, les canons, les conseillers, les éléphants et les soldats – possède ses propres règles de déplacement et ses fonctions spécifiques, à l’image du principe confucéen selon lequel chacun doit tenir son rôle : le souverain doit gouverner, le ministre conseiller, le père éduquer et le fils obéir.

L’histoire du jeu de go : un art spirituel millénaire créé par l’Empereur Yao
Échiquier chinois. (Image : wikimedia / Inductiveload / Domaine public)

Le jeu de go, quant à lui, se compose simplement de pierres noires et blanches, sans aucune restriction formelle, ce qui permet une infinité de coups possibles. Des principes taoïstes comme l’alternance du yin et du yang, l’idée que les excès se retournent contre eux-mêmes, ou encore la victoire sans combat s’y déploient de manière vivante.

Cette profondeur insondable et cette subtilité mystérieuse dépassent largement ce que l’intelligence humaine pourrait concevoir. Depuis les temps anciens, d’innombrables empereurs, généraux, lettrés, artistes et gens du peuple s’y sont passionnés, donnant naissance à des légendes extraordinaires, à de magnifiques poèmes et essais, voire à des stratégies militaires et à des principes de gouvernance.

Quand les gens modernes perdent le sens spirituel

À l’époque moderne, beaucoup de joueurs ont progressivement perdu la compréhension du sens profond et de la dimension spirituelle du jeu. La pratique s’est réduite à une simple capacité de calcul, orientée vers la victoire utilitaire, allant jusqu’à recourir à l’ordinateur comme substitut. La véritable voie du go est presque tombée dans l’oubli.

En réalité, le go n’est pas le seul domaine menacé de disparition. Dans la Chine ancienne, tous les métiers cherchaient à élever la dimension spirituelle de l’individu. On accordait une importance capitale à l’apaisement de l’esprit et à la maîtrise de soi. La manière de jouer révélait le caractère du joueur, tout comme la calligraphie révélait celui de l’écrivain.

L’histoire du jeu de go : un art spirituel millénaire créé par l’Empereur Yao
Les tournois de go modernes privilégient la victoire, ce qui s’éloigne beaucoup du sens initial pour lequel il fut créé. (Image : wikimedia / fabiocosta0305, CC BY-SA 2.0)

Cette société chinoise ancienne incarnait véritablement ce que l’humanité devrait être. Par contraste, dans la société moderne, le développement technologique apporte certes la prospérité matérielle, mais les gens perdent progressivement le sens de la vertu morale. Attirés par les biens matériels, devenus habiles dans les calculs et obsédés par le gain, ils s’éloignent peu à peu de ce qu’un être humain devrait incarner.

Pourquoi chaque partie est-elle unique ?

Le jeu de go présente une forme simple, avec seulement deux couleurs de pierres, noir et blanc, et des règles également simples. Pourtant, sa subtilité surpasse tous les autres jeux. Sur les 361 intersections, les possibilités de jeu sont pratiquement illimitées. Si l’on comptait une disposition différente par seconde, il faudrait plusieurs centaines de millions d’années pour les parcourir toutes.

Shen Kuo (沈括, 1031-1095), littré sous la dynastie Song, dans son livre Mengxi Bitan (夢溪筆談, Notes au fil du pinceau du ruisseau des rêves), évoque la complexité du jeu de go en mentionnant un nombre astronomique de configurations possibles. Les calculs modernes montrent que ce nombre correspond à 3 puissance 361. C’est pourquoi on dit qu’il n’existe pas deux parties identiques à travers les millénaires.

Rédacteur Yi Ming

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