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Monde. La relation entre le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg et l’Institut de virologie de Wuhan

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Alors que le monde entier a les yeux rivés sur Anthony Fauci et les National Institutes of Health américains dans le cadre de leurs recherches pour savoir si le coronavirus serait issu d’un « Gain de Fonction », impliquant le laboratoire de virologie P4 de biosécurité Wuhan Institute of Virology (WIV), le gouvernement canadien tente d’étouffer discrètement un dangereux scandale entre le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg de type BSL4 et le WIV, qui aurait vu le jour en juillet 2019.

L’histoire a été rapportée pour la première fois par l’agence de presse canadienne The Canadian Press, après que la Dr Qiu Xiangguo, son mari Cheng Keding, et plusieurs étudiants chinois de l’équipe de recherche aient été discrètement écartés du Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg (LNM) par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), à la demande de l’Agence de santé publique du Canada (ASPC) en raison d’une « possible violation de politique », le 24 mai 2019.

Après que l’affaire ait été mentionnée discrètement dans les médias canadiens, l’Université du Manitoba a pris ses distances avec le couple, mettant fin aux « nominations auxiliaires non salariées de Qiu Xiangguo et Cheng Keding. »

La relation entre le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg et l’Institut de virologie de Wuhan
Un scandale impliquant une chercheuse d’origine chinoise ayant des liens avec la Chine communiste a éclaté après qu’elle et son mari aient été écartés du Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg par la Gendarmerie royale du Canada (GRC). (Image : wikimedia / Daver112 / Domaine publique)

L’un des premiers rapports de suivi, paru dans un article du National Post le 17 juillet 2019, indiquait que Qiu Xiangguo avait « travaillé avec une entreprise chinoise, contribuant au développement d’un traitement contre le virus Ebola. » La publication s’est appuyée sur les déclarations de Gary Kobinger, un microbiologiste et enseignant universitaire canadien et collègue de Qiu Xiangguo, qui a déclaré que lorsque lui et Qiu Xiangguo étaient employés dans l’installation financée par le gouvernement fédéral, ils se coordonnaient avec une entreprise de Pékin connue sous le nom de Mabworks.

L’article cherchait à minimiser les relations de Qiu Xiangguo et de Gary Kobinger avec MabWorks, disant que « la société de Pékin était franche sur ce qu’elle avait fait - malgré le fait que le médicament était breveté », ajoutant que la collusion « a probablement sauvé des vies en augmentant la production du produit expérimental à ses propres frais ».

Gary Kobinger, qui a quitté le LNM pour occuper un poste de chaire de recherche à l’Université Laval, a profité de son entretien avec le National Post pour présenter le licenciement de Qiu Xiangguo et Cheng Keding sous un jour plus acceptable : « L’aspect qui ressort de cette affaire est, je pense, malheureux. Ce sentiment de paranoïa, que les gens volent, et ceci et cela ».

« C’est un peu triste, c’est une sorte de politisation de la science, en raison des tensions entre deux pays ».

Gary Kobinger s’est retrouvé quelque peu embarrassé le 2 août, lorsque l’ASPC a rendu publique la véritable raison de l’enquête de la GRC sur le duo chinois : ils avaient expédié, via le LNM, des échantillons d’Ebola et de Henipavirus à l’Institut de virologie de Wuhan. Le Henipavirus, un genre de virus incluant les virus Nipah et Hendra est l’agent pathogène qui cause la maladie mortelle connue sous le nom de Marburg.

Une étude de septembre 2018 publiée dans Scientific Reports a révélé que l’agent pathogène Henipavirus a un taux de mortalité compris entre 75 et 100 %, évoquant les craintes qu’il puisse être utilisé comme arme. L’étude est particulièrement accablante car elle a été rédigée par des scientifiques de l’Université du Manitoba et du LNM.

Dans une simulation de pandémie identique au tristement célèbre « Event 201 » organisé par le Johns Hopkins Center for Health SecurityHopkins, le Forum économique mondial et la Fondation Bill et Melinda Gates d’octobre 2019 alors que le SRAS-CoV-2 se répandait comme une traînée de poudre à Wuhan, les chercheurs de l’université John Hopkins avaient organisé en 2018 la simulation Clade X qui portait sur une nouvelle souche d’un virus parainfluenza couplée avec le Nipah. Les résultats de la simulation faisaient état de 150 millions de morts dans le monde.

Selon le National Post, un porte-parole du Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg a déclaré que le transfert des échantillons des virus faisait partie d’un partage de « routine » entre lui-même et le Wuhan Institute of Virology.

Après ces révélations dans les médias canadiens, la piste s’est rapidement arrêtée là. Quelques mois plus tard, le monde faisait face à l’émergence du coronavirus SARS-CoV-2 à l’origine de l’épidémie de Covid-19, qui a frappé comme une onde de choc pendant toute l’année 2020.

Ce n’est que le 5 mai 2020 que le National Post a reparlé de cette affaire, l’utilisant pour démystifier les « théories du complot » selon lesquelles Qiu Xiangguo et Cheng Keding étaient liés à l’apparition de la Covid-19. S’il semble vrai que les chercheurs chinois n’étaient pas liés au SRAS-CoV-2, l’article a révélé que les employés du LNM étaient frustrés par le silence total entourant le retrait de leurs collègues de l’établissement. « Ils n’ont rien dit au personnel, à part un ordre ridicule l’été dernier selon lequel nous ne sommes pas autorisés à en discuter ou à spéculer sur ce qui peut se passer », a déclaré un employé de l’ASPC qui n’était « pas autorisé à s’exprimer officiellement. »

« Beaucoup d’entre nous pensent que cette histoire est tellement énorme que les raisons qui font qu’ils essaient de la garder secrète doivent être très sérieuses. Nous ignorons tout simplement quelles sont ces raisons. »

Près de 12 mois après la publication de l’histoire, la Gendarmerie royale du Canada et l’Agence de santé publique du Canada n’ont rien communiqué au National Post sur l’évolution de l’enquête. L’ASPC a maintenu qu’il s’agissait simplement d’un « examen administratif », tandis que la plus grande force de police du Canada a seulement déclaré que « l’affaire est toujours sous enquête ».

La relation entre le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg et l’Institut de virologie de Wuhan
Justin Trudeau, le 4 septembre 2016 à Hangzhou, en Chine, à l’occasion du G20. Pour de nombreux Canadiens, la proximité de Trudeau avec le Parti communiste chinois n’est pas confortable. (Image : wikimedia / Barack Obama Presidential Library / Domaine publique)

L’ASPC a en fait gardé le couple jusqu’au 20 janvier 2021. Un comité parlementaire sur les relations entre le Canada et la Chine a lancé un ultimatum au président de l’ASPC, Iain Stewart, pour qu’il révèle les raisons du licenciement de Qiu Xiangguo et Cheng Keding en mars, mais Ian Stewart l’a repoussé en disant qu’il n’était « pas libre d’en discuter davantage » pendant que la GRC enquêtait sur l’affaire.

Le sujet se révèle encore plus épineux. Dans un article publié le 14 juin 2020 par le diffuseur public d’extrême gauche canadien CBC, la chaîne a découvert, grâce à des demandes d’accès à l’information (AIPRP), que Qiu Xiangguo, Cheng Keding et le LNM avaient en fait envoyé deux flacons contenant 15 virus différents au WIV. Ces virus comprenaient :

Des versions distinctes d’Ebola Makona

Mayinga
Kikwit
Côte d’Ivoire
Bundibugyo
Soudan Boniface
Soudan Gulu
MA-Ebov
GP-Ebov
GP-Soudan
Hendra
Nipah Malaisie
Nipah Bangladesh

Les documents de l’AIPRP révèlent que le directeur général du LNM, Matthew Gilmour, a demandé dans un courriel adressé à David Safronetz, le chef du service des agents pathogènes spéciaux : « Il est bon de savoir que vous faites confiance à ce groupe. Comment sommes-nous entrés en contact avec eux ? », ce à quoi David Safronetz a répondu « Ils nous demandent du matériel en raison de leur collaboration avec le Dr Qiu Xiangguo. »

Matthew Gilmour a quitté le LNM en juillet 2020 pour occuper un poste au Quadram Institute Bioscience, au Royaume-Uni.

Les documents montrent également que le LNM allait expédier les trente flacons d’agents pathogènes dans un « emballage inapproprié », qui n’a été rectifié qu’après une plainte de la partie chinoise de la transaction.

Amir Attaran, professeur de droit et épidémiologiste à l’Université d’Ottawa, a déclaré à la CBC, exaspéré : « La seule raison pour laquelle l’emballage correct a été utilisé est que les Chinois leur ont écrit et ont dit : " Ne faites-vous pas une erreur ici ? " Si cela n’était pas arrivé, les scientifiques auraient placé sur un vol d’Air Canada, plusieurs d’entre eux en fait, un virus mortel incorrectement emballé. Cela a failli se produire. »

Et ce n’est qu’en juin de cette année que l’ASPC a révélé qu’une autorisation de sécurité de niveau secret est nécessaire pour travailler au LNM, avec une autorisation supplémentaire en vertu de la Loi sur les agents pathogènes humains et les toxines pour les chercheurs travaillant sur des substances mortelles, autorisation que Qiu Xiangguo et Cheng Keding auraient dû posséder.

La CBC a également découvert, grâce à des enquêtes de l’AIPRP, que Qiu Xiangguo s’était rendue en Chine continentale au moins cinq fois pour former des scientifiques au WIV. Le radiodiffuseur public a déclaré que les documents montrent que les voyages ont été financés par un tiers, dont l’identité a tenue secrète.

La CBC a également découvert que Qiu Xiangguo a ajouté 32 publications à son nom depuis son retrait du LNM, la plupart concernant Ebola et Marburg, en partenariat avec des scientifiques et des fonds chinois.

Qiu Xiangguo a notamment cosigné au moins huit études avec Yan Feihu, un chercheur de l’Académie chinoise des sciences, un pilier de l’Armée de libération du peuple (ALP) dans le cadre de l’initiative de fusion militaro-civile du PCC.

CBC a déclaré que des sources non identifiées au LNM ont confirmé avoir « vu le scientifique militaire chinois au LNM ».

Le radiodiffuseur a également déclaré que Qiu Xiangguo et Cheng Keding n’ont pas été vus depuis leur déménagement en 2019. Deux maisons de Winnipeg associées au couple sont vides. Des voisins ont dit à CBC que les propriétés étaient vides depuis plusieurs mois.

« D’anciens collègues disent que Qiu Xiangguo s’est également vantée de posséder un manoir en Chine », a ajouté CBC.

Leurs maisons de Winnipeg sont évaluées à environ 1,7 million de dollars au total, un détail suspect à la lumière de leurs salaires annuels combinés de 250 000 $ au LNM.

La relation entre le Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg et l’Institut de virologie de Wuhan
Le scandale lié à l’envoi de 15 différents agents pathogènes mortels depuis le Canada vers l’Institut de virologie de Wuhan, par la Dr Qiu Xiangguo et son mari Cheng Keding, met en lumière le grave conflit d’intérêts opposant le gouvernement canadien à Pékin. (Image : wikimedia / Prime Minister’s Office / OGL 3)

En avril, le Comité spécial sur les relations Canada-Chine, un organe parlementaire, a donné 20 jours à l’ASPC pour fournir des documents non expurgés concernant le scandale. Non seulement l’ASPC n’a pas respecté ce délai, mais elle a eu l’audace de fournir simplement des copies de la documentation tenue secrète, ce qui a valu à Iain Stewart et au vice-président par intérim de LNM, Guillaume Poliquin, d’être appelés à comparaître devant le Parlement pour s’expliquer le 10 mai.

Iain Stewart a déclaré au Comité que lui et les avocats du gouvernement avaient déterminé  : « En tant que fonctionnaires, nous sommes tenus par la loi de garder les renseignements confidentiels », malgré le fait que le Comité et le légiste parlementaire Philippe Dufresne aient affirmé que le Comité et ses représentants élus avaient pleine compétence pour recevoir l’information en tant que députés par intérim.

Le ministre du cabinet fantôme des Affaires étrangères du Parti conservateur, Michael Chong, s’est indigné pendant la procédure : « Le parallèle entre ces deux situations est épouvantable. Nous vivons dans une démocratie parlementaire et nous sommes confrontés aux mêmes entraves à nos enquêtes que les enquêteurs qui tentent de découvrir les origines de la pandémie de Covid-19 en Chine. »

Lors d’une séance du Parlement le 26 mai, la chef adjointe du Parti conservateur, Candice Bergen, a carrément ciblé le premier ministre Justin Trudeau au sujet du scandale en déclarant : « Nous avons un problème dans ce pays lorsque des agents qui font partie du régime de la Chine communiste sont autorisés à entrer dans nos laboratoires très sensibles ici au Canada, plus précisément à Winnipeg. »

Elle a demandé à Justin Trudeau : « Le premier ministre s’engagera-t-il aujourd’hui à mettre fin à la coopération en matière de recherche avec l’armée communiste chinoise ? »

Justin Trudeau, qui avait déclaré lors d’une collecte de fonds pour sa campagne en 2013 : « J’ai un certain niveau d’admiration pour la Chine parce que leur dictature de base leur permet en fait de faire tourner leur économie en un clin d’œil », a dévié les questions du parti de l’opposition, tentant de transformer les critiques concernant les relations entre le Canada et le PCC en une problème de race.

« La montée du racisme anti-asiatique à laquelle nous assistons depuis quelques mois devrait préoccuper tout le monde. Je recommanderais aux membres du Parti conservateur, dans leur zèle à faire des attaques personnelles, de ne pas pousser trop loin l’intolérance envers les Canadiens de diverses origines », a insisté Justin Trudeau.

Le 26 mai, Michael Chong et Kenny Chiu, le ministre conservateur de l’ombre pour la diversité, l’inclusion et la jeunesse, ont contesté les propos de Justin Trudeau dans une déclaration publiée le 27 mai : « Lorsque le Premier ministre Trudeau associe la critique du gouvernement chinois au racisme anti-asiatique, il joue le jeu des efforts de propagande des dirigeants communistes chinois. L’objectif de Pékin est de faire l’amalgame entre la critique légitime du gouvernement chinois et l’intolérance envers toute personne d’origine chinoise. »

« C’est le genre de rhétorique que les Canadiens en sont venus à attendre des dirigeants communistes chinois. »

Le 2 juin, la Chambre des communes a de nouveau adopté une motion obligeant l’ASPC à fournir des documents non expurgés sur le cas de Qiu Xiangguo et de Cheng Keding. Cette fois, les ministres de la Santé publique Patty Hadju, et des Affaires étrangères, Marc Garneau, ont tous deux bloqué le transfert des documents.

On peut considérer que la complaisance de l’administration Trudeau à l’égard du PCC est sans doute devenue systémique. En décembre 2020, le média canadien indépendant Rebel News a obtenu des documents via l’AIPRP, indiquant que le Global Affairs Canada (le ministère du gouvernement fédéral chargé des relations diplomatiques et consulaires), a reçu l’ordre de fermer les yeux lorsque le Canada a invité des généraux une et deux étoiles de l’ALP sur le sol canadien pour participer à une formation de survie en hiver, après que des officiers supérieurs de l’armée aient voulu mettre leur veto à cet engagement.

Rédacteur Fetty Adler

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