Appuyez sur “Entrée” pour passer au contenu

Monde. L’Iran au bord du gouffre : les manifestations font rage alors que le rial s’effondre

ACTUALITÉ > Monde

Le paysage géopolitique du Moyen-Orient, ​​et du monde entier, a  connu un bouleversement majeur. L’Iran, jadis un régime théocratique redoutable, est au bord de l’effondrement sous la pression financière extrême exercée par les États-Unis. La vague de protestations qui a éclaté fin 2025 a déjà largement dépassé en ampleur la « Révolution du hijab » de 2022. Son moteur n’est plus seulement la liberté sociale, mais l’asphyxie économique totale. Pendant ce temps, en Asie de l’Est, le Parti communiste chinois (PCC) observe Téhéran avec une profonde inquiétude, craignant que le scénario d’un effondrement du régime déclenché par l’inflation ne se reproduise bientôt en Chine.

Apocalypse économique : la chute du rial

« Si vous voulez acheter un simple téléphone Samsung à Téhéran, il vous faut non pas quelques billets, mais de quoi recouvrir tout le comptoir. »

C’est le scénario surréaliste de l’Iran en 2025. Le rial iranien a subi un effondrement en chute libre sans précédent. Selon les derniers taux du marché noir, 1 dollar américain s’échange désormais contre 1 450 000 rials. Comparée aux 70 rials pour un dollar des années 1980, la monnaie a perdu 20 000 fois sa valeur en 35 ans.

L’Iran avait déjà connu des manifestations en 2022 contre la hausse des prix, dont celui du pain. En 2023, un mouvement de protestation consécutif à la mort d’une jeune Kurde aux mains de la police des mœurs, Mahsa Amnini, avait aussi été violemment réprimé.

L’hyperinflation provoque un effondrement social total en Iran

Les dépôts bancaires ont été réduits à néant : le système bancaire iranien est en faillite. Pour sauver leur liquidité, les banques ont proposé un taux d’intérêt annuel de 23 % afin d’attirer les dépôts, mais les citoyens préfèrent disperser leurs rials dans la rue en signe de protestation plutôt que de les déposer sur un compte.

Le seuil de survie au plus bas : un fonctionnaire iranien récemment retraité a déclaré avec désespoir face à la caméra que sa pension « ne lui permettrait de vivre que pendant 10 jours » compte tenu des prix actuels.

L’explosion des prix : malgré ses richesses énergétiques, le prix du gaz domestique a été multiplié par 60. Les stocks de médicaments sont réduits à deux mois, et de nombreuses personnes âgées risquent de mourir faute d’accès aux médicaments qui subissent une hausse de 50 % et de 72 % pour les denrées alimentaires par rapport à l’année précédente

Pour survivre, la population considère désormais le rial comme un déchet. Les commerçants, qui tentent de préserver la valeur de leur argent, ont fermé boutique car « l’argent gagné aujourd’hui ne permettra pas d’acheter des marchandises équivalentes demain ; ne pas vendre, c’est limiter les dégâts ». L’activité commerciale du pays est au point mort.

Trahison fondamentale : bazars renégats, transferts de financement vers la révolution

Si la colère du peuple est un combustible qui brûle lentement, la défection de la classe marchande des bazars en est l’étincelle qui ravive la révolution.

Dans le paysage politique iranien, les bazars contrôlent non seulement les deux tiers du commerce de gros du pays, mais constituent également un centre de pouvoir social traditionnel. En 1979, c’est la promesse de Khomeiny de protéger leurs intérêts qui a permis d’obtenir le soutien financier massif nécessaire au renversement de la monarchie Pahlavi.

Aujourd’hui, l’histoire se répète cruellement. Face à la mauvaise gestion économique du gouvernement théocratique et aux aides étrangères incessantes (au Hamas et au Hezbollah), les bazars sont furieux.

- Alliés devenus ennemis : les marchands des bazars, jadis milliardaires et exhibant leurs lingots d’or, ont vu leur fortune s’évaporer sous l’effet de l’hyperinflation. Ils ne sont plus des piliers du régime des mollahs, mais les financiers de la révolution d’aujourd’hui. 

- Les grèves dégénèrent en émeutes : le Grand Bazar de Téhéran est en grève générale, non pas pour soutenir les chefs religieux, mais pour les renverser. Les commerçants financent les manifestants et versent des « indemnités de relogement » aux grévistes. Tout comme ils ont autrefois financé Khomeini, ils consacrent aujourd’hui leurs ressources à Hameini.

Rues ensanglantées : « l’homme au char iranien » et portraits de dirigeants brûlés

La peur a cédé la place à la fureur. À Téhéran, Ispahan, Chiraz et dans d’autres grandes villes, les manifestations, loin des marches pacifiques, sont devenues des affrontements mortels.

Un écho de « l’homme au char » : dans des images qui ont choqué le monde entier, un manifestant iranien se tient seul dans des rues enfumées, les bras tendus, bloquant des soldats lourdement armés et des véhicules blindés. Protégeant la retraite de ses camarades manifestants, il forme un bouclier humain. Surnommé « l’homme au char iranien de 2025 », il symbolise une population qui a fait fi de toute prudence.

Un déchaînement de colère extrême : contrairement aux manifestations passées qui se limitaient à des slogans, les citoyens utilisent désormais des cocktails Molotov artisanaux contre les portraits géants et les panneaux de propagande de Khamenei. Sous un régime autoritaire, il s’agit d’un crime capital, mais la fureur populaire ne peut plus être contenue. A Fasa, ville de la province du Fars, « un groupe organisé a tenté (mercredi) de pénétrer dans le bâtiment du gouvernorat », selon l’agence de presse Tasnim, bien que « leur attaque ait échoué après l’intervention des forces de sécurité ».

Appels royalistes : les rues résonnent du slogan incroyable « Vive le roi ! ». Les citoyens se souviennent de l’ère Pahlavi de 1979, époque où les Iraniennes pouvaient porter des bikinis, aller à l’université et où l’économie prospérait. Le prince héritier en exil, Reza Pahlavi, a publié une déclaration exhortant l’armée et les forces de l’ordre à « ne pas s’opposer au peuple, mais à se joindre à lui », perçue comme un dernier avertissement avant l’effondrement du régime.

« Les manifestations pacifiques pour la défense des moyens de subsistance […] sont compréhensibles », a reconnu le procureur général de la République islamique, Mohammad Movahedi-Azad, cité par la télévision d’État. Avant toutefois de mettre en garde : « Toute tentative visant à transformer les manifestations économiques en un outil d’insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l’étranger sera inévitablement suivie d’une réponse légale, proportionnée et ferme. »

Cauchemar du PCC : l’effondrement de l’alliance des dictateurs

Alors que les incendies font rage en Iran, un froid glacial s’empare du Zhongnanhai à Pékin. Les troubles en Iran frappent le PCC d’un triple choc :

  • « Axe du mal » brisé : La tentative du PCC d’unir la Russie et l’Iran au sein d’une alliance anti-américaine s’effondre sous le poids des sanctions financières américaines. Les États-Unis ont montré que le simple fait de couper les vivres économiques (« frappes nucléaires financières ») peut renverser un État totalitaire – un avertissement inquiétant pour la Chine, confrontée à un ralentissement économique, à l’effondrement du marché immobilier et à une crise de la dette locale.
  • Maladies similaires : L’hyperinflation, l’effondrement des retraites, l’appauvrissement de la classe moyenne (révolte des Bazars) et le chômage des jeunes en Iran sont autant de phénomènes qui se produisent ou s’aggravent en Chine. Les images d’Iraniens affrontant courageusement les forces militaires pourraient inspirer des actions similaires.
  • Crise de légitimité : L’effondrement de l’Iran prouve que les régimes autoritaires s’appuyant sur la force et l’endoctrinement idéologique ne peuvent résister à un effondrement économique. Quand les finances sont au plus bas, les armes peuvent aussi s’abaisser (comme le montrent l’appel à la défection lancé par les Bazars aux militaires).

Le crépuscule des dictateurs de 2025

La stratégie du gouvernement américain a porté ses fruits. Sans guerre, des frappes ciblées sur les piliers économiques de la dictature ont provoqué une explosion interne en Iran.

Étudiants et professeurs des universités de Téhéran et de Beheshti (anciennes écoles du parti) se sont soulevés ; la télévision d’État iranienne a même diffusé des images de manifestations, montrant la machine de propagande hors de contrôle. À l’instar du prélude à l’effondrement de l’Union soviétique, les fondations de la théocratie sont gangrenées.

Au cours des trois derniers jours de 2025, les Iraniens ont illuminé le ciel nocturne d’une rage ardente, scandant : « Hameini doit mourir ! », « À bas les dictateurs ! ». Ce n’est pas seulement le grondement du plateau persan, c’est le glas qui sonne pour toutes les dictatures, et en particulier pour le PCC.

Le monde retient son souffle : si c’est l’Iran aujourd’hui, qui sera le prochain demain ?

Rédacteur Yasmine Dif

Source : Iran on the Brink: Protests Rage as Rial Collapses

Soutenez notre média par un don ! Dès 1€ via Paypal ou carte bancaire.

Pour améliorer votre expérience, nous (et nos partenaires) stockons et/ou accédons à des informations sur votre terminal (cookie ou équivalent) avec votre accord pour tous nos sites et applications, sur vos terminaux connectés.
Accepter
Rejeter