Selon un article publié le 25 juillet par le quotidien britannique The Telegraph, la Chine s’engage dans une véritable révolution de l’intelligence artificielle pilotée par l’État. Pékin espère que l’IA, la robotique et l’automatisation, permettront à Made in China de franchir un nouveau cap industriel. Mais ce modèle chinois d’intelligence artificielle, où l’État chinois sous le Parti communiste chinois (PCC) joue un rôle central, suscite en Occident les craintes d’une emprise croissante du pouvoir sur l’économie et la technologie.
L’« IA communiste » : le modèle chinois d’intelligence artificielle du PCC inquiète l’Occident
Sous le titre évocateur de Xi’s ’AI communism’ sparks new era for Made in China (L’IA communiste selon Xi Jinping ouvre une nouvelle ère pour Made in China), The Telegraph décrit une Chine en quête d’une voie de développement radicalement différente du modèle occidental, fondé sur la libre concurrence des marchés.
À Pékin, c’est le gouvernement qui fixe le cap, concentre les ressources et impose l’intégration profonde de l’intelligence artificielle dans l’appareil manufacturier du pays. Un choix qui pourrait, selon le journal britannique, renforcer l’efficacité industrielle chinoise, mais qui transforme surtout l’IA : d’une simple technologie commerciale, elle devient un instrument central de la compétition entre puissances.
En évoquant une « IA communiste », The Telegraph entend souligner le rôle central de l’État dans le développement de l’intelligence artificielle chinoise. Là où les États-Unis s’appuient avant tout sur des entreprises technologiques comme OpenAI, Google, Microsoft ou Meta pour porter l’innovation, le gouvernement chinois oriente, lui, la trajectoire de l’IA à travers sa politique industrielle, ses capitaux publics, les investissements locaux et son cadre réglementaire.
Pékin cherche ainsi à instaurer une coordination étroite entre l’État, les entreprises et les chaînes industrielles, afin de permettre un déploiement rapide et une application à grande échelle.
Pour ses défenseurs, cette approche permet de concentrer les ressources et d’accélérer la mise en œuvre des technologies. Pour ses détracteurs en revanche, elle porte un risque tout aussi concret : les mêmes algorithmes conçus pour optimiser une chaîne de production pourraient tout aussi bien servir à noter, trier ou surveiller une population, faisant de l’intelligence artificielle un outil de gouvernance politique aussi puissant que ses applications industrielles.
Plusieurs analystes occidentaux estiment ainsi que le Parti communiste chinois cherche, à travers l’IA, à renforcer à la fois ses capacités industrielles et sa capacité de gestion de l’économie et de la société.
De « Made in China » à l’IA industrielle : Pékin mise sur l’automatisation pour prolonger son avantage manufacturier
Pendant des décennies, la Chine a bâti sa réputation d’« usine du monde » sur une main-d’œuvre bon marché, des chaînes d’approvisionnement complètes et une capacité de production hors norme. Mais le vieillissement démographique, la hausse du coût du travail et la reconfiguration des chaînes logistiques mondiales fragilisent aujourd’hui cet avantage historique.
Le gouvernement de Xi Jinping mise sur l’intelligence artificielle pour inverser la tendance, en s’appuyant sur des robots, des algorithmes et des systèmes automatisés capables d’accroître la productivité. Ces dernières années, Pékin a mis en avant la stratégie dite des « nouvelles forces productives de qualité », plaçant l’intelligence artificielle, les véhicules à énergie nouvelle et les équipements industriels de pointe au cœur de ses priorités de croissance.
La Chine a d’ores et déjà réalisé des progrès notables dans les véhicules électriques, les batteries, les drones et la robotique industrielle. Ces avancées reposent toutefois en grande partie sur des subventions publiques massives, une concentration des données entre les mains de l’État et un encadrement étroit de l’autonomie des entreprises privées.
The Telegraph souligne cependant que la spécificité du développement technologique chinois ne tient pas tant à la concurrence entre entreprises qu’à l’action de l’État, qui oriente les percées technologiques par sa politique industrielle, ses financements et sa planification stratégique.
Puces, normes technologiques et influence mondiale : la rivalité sino-américaine s’intensifie
La stratégie chinoise en matière d’intelligence artificielle attise davantage la rivalité technologique entre Washington et Pékin.
Ces dernières années, les États-Unis ont restreint l’exportation de puces avancées destinées à l’IA, afin de freiner l’accès de la Chine aux capacités de calcul les plus performantes. En retour, Pékin a accéléré le développement de semi-conducteurs nationaux, dans l’espoir de réduire sa dépendance aux technologies occidentales.
Les entreprises chinoises promeuvent aussi activement leurs propres modèles et applications d’intelligence artificielle, dans l’espoir d’étendre leur rayonnement international. Le Financial Times a d’ailleurs rapporté que les entreprises chinoises d’IA rattrapaient rapidement leurs homologues américaines, l’écart technologique se réduisant dans certains domaines.
Les responsables politiques occidentaux redoutent néanmoins que, si le modèle chinois d’intelligence artificielle, piloté par l’État, venait à s’imposer, Pékin puisse peser davantage encore sur les normes et les règles industrielles de l’IA à l’échelle mondiale.
Droits humains et libertés individuelles : les risques de gouvernance soulevés par l’intelligence artificielle chinoise
Selon The Telegraph, la Chine s’efforce de bâtir un système d’intelligence artificielle porté par une stratégie nationale, où l’État mobilise capitaux, données et ressources industrielles afin de faire entrer l’IA aussi bien dans l’industrie manufacturière que dans la gouvernance sociale.
Ce modèle pourrait aider la Chine à préserver sa compétitivité industrielle, mais il suscite aussi des inquiétudes croissantes quant à ses répercussions politiques et sociales à long terme. Certains observateurs soulignent que, dans le système politique chinois actuel, l’intelligence artificielle ne se limite pas à un simple outil de productivité : elle pourrait aussi devenir un moyen de renforcer le contrôle social et la surveillance.
Avec l’essor de la reconnaissance faciale, de l’analyse des mégadonnées, des systèmes d’identité numérique et des technologies de surveillance intelligente, des organisations de défense des droits humains et des responsables politiques occidentaux craignent qu’en l’absence de contrôle indépendant et de mécanismes de transparence, l’IA n’élargisse l’emprise du gouvernement sur les informations personnelles et les comportements sociaux des citoyens.
Ils avertissent que la Chine pourrait, à l’avenir, exporter non seulement des produits et des technologies, mais aussi une conception de la gouvernance numérique plaçant la sécurité nationale et la stabilité sociale au-dessus de tout.
Enjeux de société : une rivalité qui dépasse la seule technologie
Cela signifie que la rivalité sino-américaine en matière d’intelligence artificielle dépasse désormais la seule question des puces, des algorithmes ou de la puissance industrielle : elle est devenue une compétition de modèles de société, opposant une technologie mise au service des libertés individuelles à une technologie érigée en instrument de contrôle étatique.
De la collecte massive de données aux systèmes de surveillance intelligente, en passant par la gestion d’internet et la gouvernance sociale, cette approche chinoise de l’intelligence artificielle inquiète : l’orientation future de l’IA pourrait ne pas seulement déterminer qui détient la technologie la plus avancée, mais aussi la manière dont les sociétés du monde entier parviendront à concilier innovation, gouvernance et respect des droits individuels.
Alors que Pékin cherche à étendre l’influence internationale de son modèle de développement de l’intelligence artificielle, le monde n’est pas seulement confronté à une révolution technologique, mais aussi à une compétition plus vaste, portant sur la gouvernance des technologies, les valeurs relatives aux droits humains et les formes futures de la société.
Rédacteur Yi Ming
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