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Chine. Des épargnants de la province chinoise du Henan ayant perdu l’accès à leurs comptes bancaires se heurtent à la police

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Des centaines de manifestants en colère de la province chinoise du Henan sont descendus dans les rues le 10 juillet, après que leurs comptes bancaires aient été gelés du jour au lendemain sans explication.

L’incident a suscité un tollé général, les épargnants désespérés exigeant une explication de la part des quatre banques impliquées, situées dans la province de Zhengzhou. Les banques en question ont gelé tous les retraits d’espèces depuis la mi-avril, laissant des milliers de clients sans accès à leurs économies.

Fraude fiscale et escroquerie

Les manifestants faisaient partie des milliers de clients ayant ouvert des comptes dans les banques du Henan et de la province voisine d’Anhui, offrant des taux d’intérêt relativement élevés. Les épargnants ont découvert par la suite qu’ils ne pouvaient pas effectuer de retraits après que les médias d’État aient révélé que le directeur de la société mère des banques était poursuivi pour fraude fiscale, escroquerie et autres délits financiers.

Des épargnants de la province chinoise du Henan ayant perdu l’accès à leurs comptes bancaires se heurtent à la police
Des centaines d’épargnants en colère ont affronté la police le 10 juillet. Certains ont été blessés alors qu’ils étaient brutalement emmenés par la police locale. (Image : Capture d’écran / YouTube)

Pour les experts, la crise bancaire de Zhengzhou est un autre exemple des difficultés de l’économie chinoise, suite à la politique implacable de zéro Covid, aux confinements prolongés et aux restrictions ayant entraîné des perturbations massives de la chaîne d’approvisionnement, avec un impact sur les dépenses de consommation.

« Nous sommes venus aujourd’hui pour récupérer nos économies, car j’ai des personnes âgées et des enfants à la maison, et l’impossibilité de retirer des économies a sérieusement affecté ma vie », a déclaré une femme du nom de Zhang, originaire de la province adjacente de Shandong, dans une interview accordée à CNBC.

Les manifestants se sont rassemblés le 10 juillet avant l’aube devant le bâtiment de la Banque populaire de Chine (PBoC) à Zhengzhou. Les lumières clignotantes émises par les véhicules de police étaient visibles dans la lumière brumeuse du matin, a indiqué Mme Zhang, ajoutant qu’à 8 heures, la rue entière avait été fermée et que des dizaines de policiers étaient arrivés sur les lieux.

Des femmes et des personnes âgées ont été traînées dans les escaliers et violemment poussées dans des bus banalisés et des véhicules de police.

Selon elle, la police a alors annoncé depuis un véhicule équipé d’un mégaphone que les manifestants violaient la loi en se rassemblant illégalement et qu’ils seraient arrêtés s’ils ne partaient pas. Vers 10 heures, des hommes en T-shirts se sont précipités pour disperser la foule. Mme Zhang a ajouté qu’elle avait vu des femmes et des personnes âgées être traînées dans les escaliers de l’entrée de la banque et violemment poussées dans des bus banalisés et des véhicules de police.

Mme Zhang a dit qu’elle avait aussi été frappée, et que lorsqu’elle a demandé à l’officier, « Pourquoi m’avez-vous frappé ? », il a répondu, « Quel est le problème de vous frapper ? ».

Des personnes handicapées violemment battues

Des manifestants ont été « frappés, blessés et certains saignaient de la tête ». « Des personnes handicapées ont également été violemment battues », a déclaré un participant à l’Associated Foreign Press (AFP), qui a estimé le nombre de manifestants à « au moins plusieurs milliers. »

Des épargnants de la province chinoise du Henan ayant perdu l’accès à leurs comptes bancaires se heurtent à la police
Des centaines de manifestants munis de banderoles se sont réunis devant la succursale de la banque centrale de Chine à Zhengzhou, dans la province centrale du Henan, le 10 juillet 2022. Selon des témoins, des manifestants ont été frappés par les policiers et des personnes handicapées ont même été violentées. (Image : Capture d’écran / YouTube)

« Nous sommes venus jusqu’à Zhengzhou pour récupérer notre argent, et nous ne voulions pas avoir de conflits avec qui que ce soit », a déclaré au New York Times Feng Tianyu, 31 ans, qui réside dans la ville de Harbin, dans le nord du pays. « Mais le gouvernement a envoyé tant de personnes pour s’occuper de gens qui n’étaient pas armés. Nous avons été floués financièrement, battus physiquement et traumatisés mentalement. »

Mme Feng, qui est enceinte de deux mois, a déclaré que des agents en civil l’avaient traînée par les cheveux et les bras, jusqu’à un bus. Elle a finalement été emmenée à l’hôpital pour des douleurs au ventre, mais son admission a été refusée en raison des protocoles Covid en cours dans le pays.

Des économies qui partent en fumée

Bien que la PBoC, la banque centrale chinoise, garantisse les dépôts des clients jusqu’à 500 000 yuans (74 000 dollars), cela ne suffira pas à couvrir les pertes pour certaines personnes.

« Cela ne résout pas vraiment le problème », a déclaré Xu Zhihao, un autre client de la banque qui n’a pas pris part aux violentes manifestations.

Une manifestante, qui n’a donné que son nom de famille, Ding, a déclaré qu’elle et sa mère avaient 800 000 yuans (environ 119 000 dollars) de dépôts d’épargne dans plusieurs banques de Zhengzhou.

« Ils ont fait cette annonce parce que nous avons mis nos vies en danger. Ces moins de 50 000 yuans ne sont pas ce qui nous est dû. Il s’agit plutôt d’un paiement pour maintenir la stabilité sociale », a déclaré Mme Ding.

Elle a expliqué qu’elle et son mari avaient été frappés par des agents de sécurité en civil pendant la manifestation, et a indiqué à l’AFP qu’elle avait également vu plusieurs personnes blessées qui saignaient.

Après la manifestation, la plus importante manifestation de groupe à ce jour, les autorités de règlementation bancaire du Henan ont publié un bref avis sur leur site Internet indiquant que les autorités étaient en train « d’accélérer la vérification des fonds des clients dans quatre des banques » et qu’elles travaillaient à la formulation d’un plan qui permettrait de résoudre la situation et de protéger les droits et les intérêts du public.

Le code santé utilisé comme arme de répression

Entre-temps, le gouvernement central chinois a menacé d’arrêter toute personne qui prendrait part à de futures manifestations, sous l’accusation de « chercher querelle et d’inciter au chaos ». Il a même utilisé une application de suivi du Covid-19 pour empêcher les foules de se rassembler en faisant passer leur état de santé en « rouge ».

Dans le but de suivre l’état de santé de chaque citoyen, chaque résident en Chine est actuellement tenu de posséder un téléphone portable indiquant son statut Covid.

Les personnes dont le code de santé est vert sont autorisées à voyager librement. Celles dont le code est jaune ou rouge ne sont pas autorisées à se rendre dans des lieux publics tels que supermarchés, salles de sport, hôtels, restaurants, etc. La personne affectée doit ensuite signaler tous ses contacts proches aux autorités sanitaires, se soumettre à une quarantaine et à plusieurs tests d’acide nucléique avant de pouvoir être débloquée et de se voir attribuer à nouveau le statut vert.

De nombreux manifestants qui se sont rendus à Zhengzhou pour demander aux autorités bancaires d’agir ont constaté que leur état de santé sur l’application était passé au rouge, ce qui les empêchait de voyager et les exposait au risque d’être arrêtés pour avoir enfreint les protocoles Covid. Certains ont même déclaré avoir été interrogés par des policiers, après leur enregistrement à l’hôtel, sur les raisons de leur venue dans la ville.

Rédacteur Fetty Adler
Collaboration Jo Ann

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